Relancer l'apprentissage de l'arabe à l'école : derrière les fantasmes, que disent les chiffres ?

Société
ENSEIGNEMENT - Le rapport de l'institut Montaigne sur l'islam remis au gouvernement préconise notamment de renforcer l'enseignement de l'arabe à l'école pour ne pas laisser cette prérogative aux islamistes. Un sujet qui éveille à nouveau les passions. Que disent les chiffres ?

C'est l'un des points chauds du rapport sur l'islam piloté par Hakim El Karoui. Parmi les pistes suggérées pour contrer l'influence de l'islamisme en France, le document remis par l'Institut Montaigne au gouvernement préconise de "relancer l'apprentissage de l'arabe à l'école". L'argumentaire consiste à dire que la division "par deux" du nombre d'élèves apprenant l'arabe au collège et au lycée en vingt ans se serait accompagnée d'une "multiplication par dix" de son enseignement dans les lieux de culte, sous une forme plus religieuse que littéraire, et donc susceptible d'être récupéré par des mouvances intégristes. 


Dans la foulée du rapport, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a également estimé qu'il fallait "redonner du prestige aux langues comme l'arabe", et que cette langue ne devait "pas être apprise seulement par les personnes d'origine maghrébine ou de pays de langue arabe". La proposition a en revanche suscité la controverse avec la droite et le Rassemblement national, qui l'accusent de "communautarisme". 

Quelle réalité à l'école ?

Les polémiques sur l'enseignement de l'arabe à l'école sont récurrentes. Sous le précédent quinquennat, Najat Vallaud-Belkacem avait été accusée de vouloir imposer l'enseignement de l'arabe à l'école primaire. En réalité, l'ancienne ministre de l'Education nationale avait organisé la transformation des Elco (enseignements de langue et culture d'origine) en Eile (enseignements internationaux de langues étrangères) à compter de 2018. Ces enseignements facultatifs d'1h30 par semaine faisant l'objet d'accord bilatéraux avec d'autres pays (dont la Tunisie, le Maroc ou le Portugal) permettent toujours à des enseignants étrangers d'intervenir dans les écoles élémentaires, mais ces professeurs sont désormais intégrés aux équipes éducatives, inspectés et tenus de maîtriser la langue française. Près de 85.000 élèves étaient inscrit en Elco à la rentrée 2016.


Dans le cadre de l'école primaire, la loi du 8 juillet 2013 a en outre rendu obligatoire l'enseignement d'une langue vivante étrangère dès le CP, en fonction des ressources humaines disponibles pour assurer cet enseignement. Une disposition encouragée par le Cadre stratégique européen éducation et formation 2020, qui préconise l'enseignement de deux langues vivantes étrangères dès le plus jeune âge. 

L'arabe quasi-absent

Pour autant, l'enseignement de l'arabe reste extrêmement marginal tout au long du parcours scolaire. Selon le rapport de l'Institut Montaigne, il aurait même été divisé par deux depuis les années 1980. L'incitation à apprendre une langue étrangère à l'école a profité presque exclusivement à l'anglais au cours de la décennie écoulée.


Selon les statistiques de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), l'anglais représentait ainsi 91.7% des effectifs pour l'enseignement de langue étrangère à l'école élémentaire à la rentrée 2016 (contre 82% en 2005), suivi de l'allemand (9.4%). La proportion de l'anglais passait à 97.3% dans les établissements privés sous contrat. L'enseignement de l'arabe est quasi inexistant dans les statistiques depuis 2007... 

Le constat se répète dans l'enseignement secondaire. A la rentrée 2016, sur 5.5 millions d'élèves scolarisés, seuls 13.041 élèves apprenaient l'arabe au collège ou au lycée (0.2%). Bien loin derrière l'anglais (99.2%), l'espagnol (57%), l'allemand (15.7%), l'italien (4.9%) et le chinois (0.7%).

Si l'argumentaire du rapport sur la nécessité d'enseigner davantage l'arabe à l'école peut être sujet à débat, le diagnostic initial, lui, est totalement confirmé : s'il y a un enseignement de l'arabe en France actuellement, il ne se fait pas dans le cadre de l'Education nationale. 

Sur le même sujet

Plus d'articles