Huit questions (et réponses) pour comprendre la hausse du prix de l'essence... et réduire la facture

Automobile
DÉCRYPTAGE - La colère des automobilistes ne faiblit pas et pourtant le gouvernement l'a annoncé : il ne cédera pas. Les Français vont devoir s'habituer à payer encore un peu plus cher leur carburant. Mais n'est-ce vraiment dû qu'aux taxes ? Atteint-on vraiment des records à la pompe? Pourquoi le kérosène des avions est-il exempté de toutes taxations ? LCI livre les réponses aux questions que cette flambée des prix soulèvent.

Depuis plusieurs semaines, la grogne des automobilistes monte. Et pour cause : en un an, le prix du diesel a augmenté de 23%, celui de l’essence de 14%. De nombreux Français dénoncent une hausse des prix impossible à suivre, notamment dans les communes rurales, peu desservies en transports en commun. Une pétition en ligne réclamant une baisse des prix à la pompe a rassemblé plus de 750.000 signataires. Le coup de gueule d’une automobiliste, Jacline Mouraud, diffusé sur Facebook a dépassé ce week-end les 5 millions de vues, forçant la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Emmanuelle Wargon à lui répondre via réseaux sociaux interposés.


Mais si la colère est réelle, quelle est la responsabilité gouvernementale dans cette hausse des tarifs à la pompe ? Le prix des carburants bat-il vraiment des records ? Et surtout, comment faire pour dépenser moins ? LCI répond aux nombreuses questions soulevées.

Hausse du prix du pétrole ou taxes : comment expliquer la flambée des prix de l’essence ?

Pour les "gilets jaunes", ces Français qui réclament du gouvernement une baisse des prix à la pompe, la hausse est clairement due aux taxes de l’Etat. Si le Premier ministre a reconnu que "20 à 25 % (de l’augmentation) résultent de décisions assumées par le gouvernement d'augmentation de la mise en œuvre de la taxe carbone", il assure que le reste, soit 70 à 75% "vient de l’augmentation de la matière première." Dit-il vrai ?


Effectivement, le prix du baril a flambé depuis l’année dernière passant de 60 à 80 dollars, sa plus forte hausse en 4 ans. "Il faut bien comprendre que le cours du pétrole est très erratique, je ne vois donc rien d'étonnant à cette augmentation", analyse ainsi Céline Antonin, économiste spécialisée dans le marché du pétrole à l'OFCE (observatoire Français des conjonctures économiques). "Sur le marché du pétrole, il suffit d'une annonce de sanction à l'image de celle prononcée par Trump à l'égard de l'Iran, d'un conflit comme en Libye ou en Irak, pour qu'il y ait un effet sur le prix." D’ailleurs, le prix du baril de pétrole brut ayant baissé de 14% ces deux dernières semaines, le coût à la pompe a légèrement diminué : le SP 95 coûte ainsi 4 centimes de moins qu’il y a un mois.


Pour découvrir les stations les moins chères près de chez vous, consultez notre carte interactive en cliquant ici. 

Cependant, ce que la communication du gouvernement se garde bien d’avouer, c’est que les taxes représentent près de 60% du prix final et qu’elles doivent encore augmenter dans les années à venir. Selon nos calculs, le diesel est ainsi taxé à 144%, le sans plomb 95 à 164%. 

Dans les détails : au-delà du prix du pétrole raffiné, il faut ajouter la TVA à 20% - si le prix du baril grimpe, cette taxe suite forcément la hausse. Autre taxe : la TICPE, autrement dit la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques qui intègre la taxe carbone. Et le gouvernement est clair : cette fiscalité va s’alourdir d'année en année. Cette taxe carbone était de 7 euros la tonne en 2014, date de sa création, elle est actuellement à 44,60 euros la tonne et montera en 2022 à 86,20 euros. C’est également cette TICPE qui permet un rattrapage de fiscalité sur le diesel. Ainsi en 2019, la TCIPE augmentera de 6,5 centimes en 2019 et l’essence de 2,9 cts. Enfin cette TICPE est elle-même soumise à la TVA.


En clair, les taxes n’ont pas changé depuis le mois de janvier, les fluctuations sont donc bien dues aux variations des coûts du pétrole brut. Mais les taxes, qui représentent bel et bien la majorité du prix final, sont en constante augmentation : le coût de du gazole est le même qu’en 2012 alors que le baril coûtait 130 euros contre 80 aujourd’hui…

Le prix de l’essence n’a-t-il vraiment jamais été aussi haut ?

Les prix des carburants atteignent-il vraiment des records ? En réalité oui et non. Le prix du gazole a effectivement crevé le plafond en dépassant 1,50 euro en moyenne en octobre. Dans une station-essence sur 5, le diesel dépasse même dorénavant le prix de l’essence ! Il n’a jamais été aussi élevé, comme le démontre le graphique comparatif de Zagaz


Concernant l’essence, les automobilistes ont connu pire. Souvenez-vous en 2012, le prix du litre de sans plomb 95 avait atteint 1,67 euro en moyenne, celui du sans plomb 98, 1,71 euro, selon des chiffres du ministère du Développement durable. A cette époque, deux stations essence parisiennes proposaient même le litre de sans plomb 98 à 2,02 euros ! Cette hausse, qui faisait suite à une explosion des coûts du pétrole brut, avait perduré jusqu’en 2014.

Part du budget dédié aux carburants par foyer : en hausse ou en baisse ?

Il convient également de noter que ces tristes records ne tiennent pas compte de l’inflation. 1,60 euros ne représente pas la même chose aujourd'hui qu'en l'an 2000, encore moins qu'en 1960. Il faut donc s'intéresser à la part du budget dédié aux carburants par foyer.


Selon l'INSEE, 3,6% des dépenses des ménages sont actuellement dédiées au carburant utilisé pour leur transport individuel. Une part qui est stable voire en légère diminution depuis les années 80. Les tarifs à coûts constants sont plutôt en baisse - les salaires et notamment le SMIC ont progressé plus vite - mais dans le même temps certains ménages ont emménagé de plus en plus loin des centres-villes... et sont devenus plus dépendants de la voiture.

Cette moyenne cache toutefois de grandes variations selon le lieu d’habitation. Dans la capitale par exemple, les Français vont utiliser 2,4% de leur budget dans le carburant contre 4,4% dans les zones rurales. 

Pourquoi ne taxe-t-on pas le kerosène des avions?

Si l'on peut comprendre l'objectif écologique du gouvernement à long terme, il est un peu plus difficile d'accepter que le kérosène utilisé dans les avions ne soit pas logé à la même enseigne. Ce carburant échappe en effet aux taxes imposées aux automobilistes : TVA et TICPE. Et pourtant le kérosène pollue et pas qu'un peu : "le transport aérien émet 14 à 40 fois plus de CO2 que le train par km parcouru et personne transportée", rapporte ainsi le Réseau action climat (ARC), s'appuyant sur des chiffres de l'ADEME. "Un vol aller-retour Paris-Pékin émet 1239 kg d’émissions de CO2 par passager, soit l’équivalent des émissions d’une famille pour se chauffer pendant un an en France". 


Tout d'abord, cette exonération de taxes est "imposée" par un accord international : la convention de Chicago de 1944. "Parmi les clauses de ces accords figure l’exemption de toute taxe pour le carburant aérien destiné aux vols internationaux", détaille le RAC. Certains pays ont toutefois choisi de taxer les vols intérieurs - non concernés par cette convention - comme les Etats-Unis, le Japon, le Brésil ou la Suisse. De son côté, la France a choisi de ne soumettre le kérosène à aucune taxe. 


Les Echos souligne que le secteur n'est pas exempt de taxes pour autant : "L'avion est ainsi le seul mode de transport à financer intégralement le coût de ses infrastructures par des taxes et redevances", écrit le quotidien, "jusqu'à même certaines tâches régaliennes théoriquement du ressort de l'impôt, comme les contrôles de sûreté dans les aéroports". Le transport aérien doit également payer une taxe sur les nuisances sonores et est soumis à la taxe de solidarité, une taxe imaginée par Jacques Chirac pour financer Unitaid, une organisation internationale d'achats de médicaments pour les pays en voie de développement.


Au total, ces taxes et redevances représentent 50% du prix du billet faisant du transport aérien français l'un des plus chers d'Europe. Pas étonnant qu'aucun élu écologiste n'ait réussi à légiférer sur la taxation du kérosène jusqu'à aujourd'hui.

Comment se passer de sa vieille voiture polluante ?

"Je ne nie pas le fait que ce soit difficile pour certains Français qu'on augmente la fiscalité sur le gazole. Mais nous avons 3,8 milliards d'euros de dispositifs d'aide pour accompagner ces Français dans la transition écologique", a martelé la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson, au micro de Sud Radio.


Le gouvernement a en effet mis en place des aides et le fait savoir. Face aux succès rencontré, il a annoncé son intention de prolonger en 2019 la prime à la reconversion et le bonus écologique, qui peuvent atteindre 8.500 euros à eux deux.


La prime à la reconversion a pour but de pousser les automobilistes à lâcher leur vieille voiture pour une voiture électrique ou un véhicule thermique peu polluant (moins de 130g de CO2 par km). 220.000 primes à la conversion ont été versées en seulement un an (entre 1000 et 2500 euros par véhicule). Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, aimerait que cette prime soit également élargie à l'achat d’un véhicule hybride rechargeable. Le bonus écologique est quant à lui versé pour tout achat de véhicule électrique neuf (6000 euros maximum).


Le gouvernement souhaite aller plus loin pour accélérer le renouvellement du parc automobile en proposant une surprime à la casse. Les constructeurs ont récemment donné leur accord mais pour le moment son financement n’est pas encore acté.

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Les constructeurs automobiles vont doubler la prime à la conversion

Et les propositions de l’opposition ?

Les députés LR Guillaume Peltier et et Damien Abad ont proposé la création d'un "chèque carburant" sur le modèle du "chèque restaurant". Ces chèques d'un montant de 100 euros seraient versés mensuellement aux "salariés des territoires". "Cela correspond aux frais de carburant professionnels dépensés, en moyenne chaque mois, par les 13 millions de Français qui n’ont pas accès aux transports en commun" a expliqué Guillaume Peltier. Pour le financer, les Républicains proposent de taxer les sociétés d'autoroute. Une idée qu'a immédiatement écarté le Président de la République.


Emmanuel Macron se montre moins réticent au projet d'un autre républicain : Xavier Bertrand. Le président des Hauts-de-France a mis en place en 2016 dans sa région une aide aux transports à hauteur de 20 euros pour ceux qui doivent effectuer pus de 30 km par jour pour rejoindre leur lieu de travail. "J’ai demandé au gouvernement de voir comment nous pouvons accompagner cela”, a indiqué le président dans un entretien au Courrier Picard, à L’Union et à la Voix du Nord. “Dans le prochain projet de loi de finances, cette aide sera défiscalisée, afin que les ménages soient accompagnés au quotidien." Et cette aide pourrait également être étendue à d'autres régions.

En attendant, comment faire pour baisser la facture ?

Certains astuces permettent individuellement de limiter la casse. L'éco-conduite permet ainsi de baisser sa consommation de 40%, ce n'est anodin. Parmi les différentes techniques : passer rapidement les vitesses - la première étant la plus consommatrice - anticiper les freinages ou encore bien entretenir son véhicule. Les experts estiment qu'un conducteur moyen pourra ainsi économiser 500 euros par an.

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Carburants : les astuces pour faire baisser la facture

Des applications permettent également de retrouver les stations-service qui proposent les prix les plus bas autour de vous, comme Gasoil Now, Essence  Co, carburant moins cher ou encore Zagaz. Les magasins Leclerc proposent de leur côté leur carburants à prix coûtant tout le mois de novembre, Carrefour suivra le mouvement du 5 au 17 novembre. Une carte interactive est également disponible sur notre site internet.


Dernière possibilité pour les frontaliers : aller faire son plein de l'autre côté de la frontière. A Fontarrabie, une ville du pays basque espagnol situé à 2 kilomètres de la France, TF1 a rencontré de nombreux Français venus profiter de prix de 30 à 40 centimes moins cher (au litre) qu'en France.

Et maintenant, la ruée vers le superéthanol ?

Certains automobilistes préfèrent tout simplement changer de carburant. Depuis quelques mois, le Superéthanol E85 a le vent en poupe : composé à 85% de biocarburant, il coûte deux fois moins cher que l'essence ou le diesel. Interviewé par TF1, Jean-Marie explique ainsi qu'avec "20/25 000 km par an, (il) économise 2000 euros". "C'est considérable" souligne cet automobiliste. 


Pour pouvoir utiliser ce carburant, il a dû poser un boitier spécifique. Coût de l'opération : entre 700 et 1500 euros tout de même. Mais selon les experts, le rentabilité s'effectue en 8 à 12 mois selon le type de véhicule. Autre coup de pouce : de nombreuses régions offrent la gratuité de la carte grise aux voitures équipées d'un boîtier bioéthanol.

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Le superéthanol, une solution à la hausse des prix des carburants

Alors pourquoi ce biocarburant reste pour le moment une niche ? Tout d'abord, il n'est pas si facile à trouver. Seules 1200 stations-service sur les 11000 que comptent la France en proposent. Autre hic : sa fabrication - à partir de fermentation et de distillation de matières organiques comme la canne à sucre, les céréales ou les betteraves - n'est pas encore très écologique, notamment car elle occupe de grandes zones agricoles pour une faible rentabilité. La hausse des carburants pourrait changer la donne, et permettre d'accélérer la mise sur le marché de biocarburants de troisième génération, plus "verts" et plus durables.

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