INFOGRAPHIES - Prix à la pompe : quand le pétrole augmente, les carburants augmentent (et inversement !)

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INFOGRAPHIE - Les distributeurs de carburants se sont engagés à répercuter la baisse du prix du pétrole, a assuré Bercy jeudi. Les prix de l'essence et du diesel varient en effet, avec un décalage, en fonction du cours de l'or noir mais aussi des taxes. Cours du Brent, fiscalité, rattrapage essence-diesel... voici les facteurs qui jouent sur la facture.

"L'engagement a été pris par l'ensemble des distributeurs de répercuter la baisse des prix du pétrole au jour le jour sur les prix à la pompe". Cette phrase a été prononcée jeudi soir par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, à l'approche d'une journée d'appel au blocage des routes (le 17 novembre) par des automobilistes très remontés contre l'augmentation des prix à la pompe. 


Différents distributeurs ont cependant profité de cette intervention pour assurer qu'ils répercutaient déjà les hausses comme les baisses. Les délais d'approvisionnement de quelques semaines peuvent cependant expliquer un décalage entre le cours quotidien de l'or noir et le prix dans les stations-services. 


Pour le vérifier, LCI a comparé l'évolution des prix des carburants à celui du pétrole sur ces dernières années.

En un an, le prix du diesel a grimpé de 23% et celui de l'essence de 15%. La dernière semaine d'octobre, au litre, le premier (désormais baptisé B7) coûtait 1,5150 euro et le sans plomb 95 (E10), 1,5353 euro, selon les moyennes hebdomadaires publiées lundi 5 novembre par le ministère de la Transition énergétique. Ces dernières semaines, le prix du diesel a même dépassé celui de l'essence dans certaines stations-services. Ce phénomène inédit est lié à la forte demande de fioul domestique, quasiment identique au gazole routier, en prévision des baisses de température à venir. Le fait que les particuliers soient nombreux à remplir leur cuve a entraîné une hausse des prix de ces deux produits. 


Sur le plus long terme, la hausse généralisée des prix affichés dans les stations-services (dont, surtout, celui du diesel) s'explique par de multiples facteurs. A commencer par le cours de l'or noir, qui a forcément des répercussions à la pompe. Nos deux infographies mettent en évidence cette corrélation. Les évolutions des prix du litre de Brent, de diesel et de SP95 sont mises en parallèle, sur dix ans (2008 à 2017) dans le premier graphique et sur les premiers mois de 2018 (janvier à octobre) dans le second.

Comme on peut le voir, la hausse, engagée début 2016 (le baril de Brent, qui comprend 159 litres, était alors descendu à 30 dollars, son plus bas depuis très longtemps) s'est installée. Si bien que, petit à petit, en deux ans et demi, les cours ont plus que doublé. Le baril a ainsi franchi la barre des 80 dollars le 24 septembre et a dépassé les 86 dollars le 3 octobre (tout en étant encore loin des pics de 2018 et 2011)... avant de retomber à près de 72 dollars ce jeudi 8 novembre. Sans pouvoir affirmer à l'heure actuelle que la tendance va s'inverser sur le long terme, les cours ont en tout cas chuté de 17%  sur un mois. Un recul qui s'est bel et bien traduit à la pompe : en octobre, le  prix de l'essence a perdu 4 centimes. 

Le contexte géopolitique, et notamment l'embargo des Etats-Unis sur l'Iran mis en place le 4 novembre, est moins tendu que prévu. Ces sanctions susceptibles de créer une tension sur les prix ont en fait été moins dures qu'attendu. Le président américain Donald Trump a en effet accordé des exemptions, à la veille de l'entrée en vigueur de l'embargo, à huit pays dont la Chine et l'Inde.  


Guy Maisonnier, ingénieur économiste à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles, interrogé dans un précédent article consacré à la possible envolée des cours de l'or noir, rappelle cependant qu'il est impossible d'annoncer des prévisions avec certitude en raison de leur grande volatilité. Pour l'heure, en tout cas, les prix sont donc néanmoins encore bien inférieurs aux moyennes oscillant entre 100 à 120 dollars le baril entre 2011 et 2014. Et encore loin du record ponctuel de 2008 à 143 euros.

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Comparaison des prix du pétrole et des carburants : un décalage dans la répercussion de la baisse

Au total, 36 milliards d'euros de taxes sur le carburant en 2017

Quoi qu'il en soit, l'or noir n'est pas le seul à intervenir dans le prix à la pompe. Les taxes sur le carburant représentent en effet environ 60% du prix final ! L'an dernier, elles ont pesé 36 milliards d'euros en France, selon l'édition 2018 du Budget de l'automobiliste de l'Automobile club association. 


Entre la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et la TVA sur la TICPE, le litre de SP95 (à 1,37 euro en moyenne en 2017) était ainsi taxé à 182% et celui de diesel (1,23 euro) à 157%, selon cette même étude.  

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Carburants : les distributeurs s'engagent à répercuter la baisse du prix du pétrole

En janvier 2019 : + 6,5 cts sur le diesel et +2,9 cts sur l'essence

Et cette fiscalité sur les carburants fossiles s'alourdit chaque année. Objectif : faire changer les habitudes afin de lutter contre le réchauffement climatique mais aussi réduire l'écart de prix entre l'essence et le diesel. En détails, la composante carbone de la TICPE est passée de 7 euros la tonne à sa création en 2014 à 44,6 euros actuellement. Celle-ci va progressivement monter jusqu'à 2022 pour atteindre 86,2 euros la tonne. En prenant également en compte l'alignement du diesel sur l'essence (rattrapage de 2,6 centimes), les taxes ont grimpé de 7,6 centimes par litre pour le diesel et 4 centimes pour l'essence en janvier dernier. 


Des augmentations similaires vont très vite avoir lieu : le projet de Budget 2019 prévoit en effet une hausse de la fiscalité de 6,5 centimes sur le diesel et de 2,9 centimes sur l'essence dès janvier.  Et ce, bien que les courbes du diesel et de l'essence sont déjà sur le point de se croiser. 

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