L'essence est-elle vraiment plus chère qu'avant ? Pas si sûr si on tient compte de l'inflation

Automobile
POUVOIR D'ACHAT - Derrière la récente hausse des prix de l'essence, la réalité est plus nuancée : depuis 40 ans, la part du carburant dans les dépenses des Français est presque stable selon l'Insee. Un chiffre qui masque cependant des inégalités territoriales importantes. Explications.

Plus les prix à la pompe flambent, plus le débat fait rage : quel est la part réelle de l'essence dans le porte-monnaie des Français ? La hausse conjuguée du prix du baril et des taxes sur les carburants a échaudé de nombreux automobilistes ces dernières semaines, mais la prise en compte de l'inflation ainsi que d'autres paramètres dessinent une réalité bien plus nuancée. 


Ainsi, malgré les idées reçues, les chiffres montrent que la part du carburant dans les dépenses des ménages n'a pas augmenté depuis les années ...1970 ! Pourquoi ?


Pour mesurer l'évolution du prix réel de l'essence, il faut d'abord prendre en compte l'inflation, c'est à dire la hausse des prix et des salaires. Car si les carburants coûtent plus cher depuis 40 ans, le salaire moyen a également augmenté. Pour évaluer la hausse du prix de l'essence, il faut donc raisonner en termes de pouvoir d'achat. Et voici ce que disent les chiffres du ministère de l'Écologie.

En prenant en compte l'inflation - on parle donc de prix "constants" - la hausse du prix à la pompe est moins forte qu'il n'y parait. Les prix actuels de 2018- en euros constats - sont  ainsi bien inférieurs à ceux de 2013 et équivalents à ceux de 2005. Plusieurs internautes ont récemment illustré cette hausse réelle en comparant la quantité de carburant qu'il est possible d'acheter avec une heure SMIC à différentes périodes de l'histoire. 

Des voitures (un peu) moins gourmandes

Alors, le débat est clos ? Pas forcément, car si le prix réel de l'essence n'a pas augmenté aussi brutalement que ce que l'on croit, en prenant en compte l'inflation, bien d'autres choses ont changé depuis 1970, par exemple la consommation des véhicules, le nombre de kilomètres parcourus ou encore le nombre de véhicules par ménage.



Selon l'Ademe, la consommation moyenne des véhicules neufs est passée de 7,5 L/100 km en 1995 à 5,1 L/100 km en 2017 pour l'essence et de 6,6 à 4,2 L/100 km pour le diesel. Quant aux chiffres du Comité des constructeurs français d’automobile (CCFA), cités par La Croix, ils montrent une baisse encore plus légère de la consommation moyenne du parc automobile dans son ensemble. Entre 1990 et 2017, cette consommation moyenne n'a baissé que de 1,37 L/100 km pour les voitures à essence et 0,66 L/100 km pour le diesel, notamment car le parc automobile est vieillissant et parce que les tests réalisés par les constructeurs n'étaient pas fiables. Mais il n'empêche : faire 100 kilomètres aujourd'hui ne coûte pas beaucoup plus cher qu'il y a 40 ans.

France des villes contre France périurbaine

Un prix réel de l'essence qui augmente moins s'il on prend en compte l'inflation, une consommation des moteurs qui diminue... Voici pourquoi ,  comme le montrent les statistiques du ministère de l'Écologie ci dessous, la part des dépenses d'énergie pour les déplacements (en bleu), est quasi stable depuis de nombreuses années, après avoir atteint son maximum à cause des pics pétroliers de 1973 et 1979.

La grogne des automobilistes serait donc t-elle peu justifiée ? Pas forcément s'il ont prend désormais en compte les inégalités territoriales . Dans une note statistique de 2010, l'Insee observait ainsi que l'étalement urbain a provoqué  une augmentation plus forte du taux d'équipement en automobiles pour les habitants des zones périurbaines.

Le tableau ci-dessus montre à quel point le coût du carburant touche différemment les territoires, car les ménages ont besoin de plus de voitures au fur et à mesure qu'ils se situent loin des centre-villes. "L'étalement urbain est allé de pair avec le développement de l'automobile. Les ménages habitant de plus en plus loin de leur lieu de travail ont davantage recours à un véhicule personnel. Ainsi, on comptait en 1985 moins d'une voiture par ménage en moyenne, contre 1,2 en 2006. Le nombre de véhicules en zones périurbaines est celui qui a le plus augmenté : + 40 %, contre + 10 % seulement pour les ménages des centres villes (hors Paris) qui bénéficient de réseaux de transports publics plus dense", explique ainsi l'Insee.


En résumé : depuis 40 ans, les Français roulent plus, ont plus de voitures... mais celles ci consomment moins d'essence. En moyenne, l'essence ne pèse donc pas plus dans le budget des ménages mais cette moyenne masque des inégalités territoriales qui , elles, s'accroissent.  France des villes contre France périurbaine, tout le monde n'est pas égal à la pompe.

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