LA CHRONIQUE AUTO - Un permis plus vite décroché : bonne idée ou pas ?

Automobile

Toute L'info sur

La chronique auto

RÉCAP' DE L'ÉTÉ – Vous étiez sur la plage et vous n’avez pas suivi les dernières nouveautés en matière de sécurité routière ? On vous rappelle ce qu'il s'est passé pendant les vacances. Cette semaine, Maître Jean-Baptiste le Dall, avocat des automobilistes, fait le point sur la possibilité pour les jeunes de décrocher rapidement le permis de conduire.

La rengaine est toujours la même. Et les paroles du tube de Téléphone résonnent déjà : "Trop grand… La vie n'a pas de prix… ". Concernant le permis de conduire, le débat revient ainsi toujours avec les mêmes considérations : pour un jeune, l'obtenir coûte cher. Les forfaits proposés par les auto-écoles peuvent effectivement faire hésiter plus d’un candidat, d’autant plus que celui-ci devra souvent prendre plus d’heures que le nombre initialement envisagé. 

Mais on répondra à ces considérations que la sécurité a un coût. Et, pour être très terre-à-terre, que pour chaque heure de conduite, il faut compter le salaire du moniteur, le carburant, l’assurance, la location du véhicule, les charges de structure comme la location des locaux, le chauffage, le site internet, le comptable, sans parler des charges et des impôts… Bref, on comprendra que oui, une auto-école ne peut pas offrir une formation dans un paquet cadeau. 

Lire aussi

Simulator 2019

L’une des pistes pour diminuer l’addition peut passer par le recours à des simulateurs ou une diminution du nombre d’heures de conduite. La durée de formation sur simulateur est ainsi passée de 5 heures à 10 heures, sur les 20 heures de conduite obligatoire. A l’évidence, une heure de simulateur revient moins cher à l’auto-école qu’une heure dans une véritable voiture avec un moniteur sur le fauteuil passager. Mais si la technologie permet aujourd’hui de très beaux outils de simulation, on peut légitimer se poser la question de la qualité de l’enseignement. 

Une autre piste pour réduire le coût pour le candidat réside tout simplement dans la diminution du  nombre d’heures. Elle a été retenue avec le permis "boîte auto" : la délivrance de cette catégorie du permis de conduire n’implique qu’un minimum de 13h de formation, contre 20 pour la catégorie B normale. Mais par définition, la détention de cette catégorie ne permet pas au conducteur de prendre le volant d’un véhicule équipé d’une boîte manuelle. Jusqu’à présent, les conducteurs qui venaient de décrocher le carton rose avec la mention "boîte automatique" devaient attendre 6 mois avant de pouvoir transformer leurs permis en titre normal. Avec la nouvelle réglementation en date du 16 juillet 2019, le délai est abaissé à 3 mois.

Bénéfice du doute

Il est difficile de savoir si cette évolution répond à une réelle demande. On comprend néanmoins la logique derrière cet abaissement du délai : encourager les jeunes à opter pour le permis "boîte auto". Au fond, cela n'a rien d'illogique. Ce dispositif a en effet réalisé d’énormes progrès et l’automatisation de la conduite peut aller dans le sens d’une recherche d’une consommation moindre. Mais encourager le permis "boîte auto", c’est également priver des jeunes conducteurs de la possibilité de conduire des véhicules d’occasion en boîte manuelle moins chers à l’achat.

Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse de l’usage plus important du simulateur ou du coup de pouce au permis "boîte auto", on peut laisser à ces mesures le bénéfice du doute  et le temps de faire leurs preuves. Il est même rassurant de voir que la réflexion en matière de permis de conduire laisse de côté pour une fois les radars automatiques. 

Décrocher le permis à 17 ans !

En revanche, une autre nouveauté pourra susciter quelques interrogations sur sa pertinence. Les jeunes qui ont choisi la conduite accompagnée peuvent désormais passer l'épreuve pratique du permis dès 17 ans (contre 17 ans et demi jusqu’alors), en vertu de l'arrêté du 16 juillet 2019 modifiant l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire.

L’intérêt (financier notamment) pour le candidat de gagner 6 mois ne semble pas évident, et ce d’autant plus que la réussite de l’épreuve pratique ne lui donnera par le droit de conduire immédiatement. Il aura juste validé et décroché son permis et ne pourra conduire qu’à sa majorité. Surtout, on ne pourra que se poser la question de la perte de compétences du jeune conducteur qui pourrait rester éloigné du volant pendant de nombreux mois. 

Maître le Dall, docteur en droit et vice-président de l'Automobile club des avocats intervient sur son site et LCI.fr.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter