Le prix de l'essence et du diesel n'évolue pas forcément de la même façon : existe-t-il des "saisons des carburants" ?

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STATIONS-SERVICE - Depuis le début du printemps, l'essence s'affiche environ 10 centimes plus chère que le diesel alors que les deux carburants coûtaient à peu près le même prix cet automne. La première a en effet augmenté de 14 centimes entre janvier et juin tandis que le second s'est contenté de 6 centimes. En cause : notamment la "driving season" Outre-Atlantique. Explications.

Les temps sont durs pour le budget des conducteurs de voiture essence. Depuis le début du printemps, le litre de Super sans plomb 95 coûte environ 10 centimes de plus que celui du diesel. La première semaine de juin, le premier s'affichait ainsi en moyenne à 1,5429 euro tandis que le second s'écoulait à 1,4356 euro. 


Tout ceci est la faute aux... Américains. Non pas à la politique internationale de leur président Donald Trump, même si celle-ci joue sur le cours du pétrole, qui influence lui-même largement les prix à la pompe (mais avec la même incidence sur le diesel et l'essence). L'agrandissement de l'écart de prix entre les deux carburants ces dernières semaines est en fait lié au goût prononcé  pour les road trips des conducteurs Outre-Atlantique au retour des beaux jours.

La "driving season" explique une hausse plus importante du prix de l'essenceGuy Maisonnier, ingénieur économiste à l'Institut français du pétrole Énergies nouvelles

Chaque année, "la reprise de la consommation d'essence aux Etats-Unis [motorisation très majoritaire là-bas], appelée driving season [...] explique une hausse plus importante du prix de l'essence à la pompe", rappelle en effet Guy Maisonnier, ingénieur économiste à l'Institut français du pétrole Énergies nouvelles, dans son analyse publiée début juin.  


Depuis le début de l'année, le SP95 s'est ainsi renchéri de près de 14 centimes (entre la première semaine de janvier et la première semaine de juin), contre à peine 6 centimes pour le diesel. Comme le montre notre graphique ci-dessous, l'essence a donc progressé à un rythme bien plus rapide sur ces six mois.  

La situation était pourtant bien différente à l'approche de l'hiver. Les prix des deux carburants s'étaient alors progressivement rapprochés, jusqu'à se croiser début novembre (voir notre graphique ci-dessous). Au point que, situation inédite, le diesel s'était même retrouvé plus cher (d'un quart à trois-quarts de centime) que l'essence pendant trois semaines. 

La difficulté à circuler sur le Rhin a créé un déficit pour le dieselGuy Maisonnier, ingénieur économiste à l'Institut français du pétrole Énergies nouvelles

Si le prix du diesel était monté en flèche à l'époque, c'était en raison des conditions de transport difficiles entre novembre et mars, précise l'économiste dans son rapport : "La faiblesse du niveau du Rhin a perturbé la navigation aboutissant à une décote de l'essence et, au contraire, à une certaine pression pour le diesel". 


Pourquoi ces difficultés de circulation ont-elles entraîné deux effets opposés (baisse du prix de l'essence et hausse de celui du diesel) ? "La situation des marchés de ces deux carburants en Europe est très différente. L'Europe exporte en effet une partie de son essence. Mais elle est déficitaire en diesel, qu'il faut donc importer. Or la difficulté à circuler sur le Rhin a perturbé ces flux, créant un excédent pour l'essence et un déficit pour le diesel", explique à LCI Guy Maisonnier. 

Les prix à la pompe largement influencés par le cours du pétrole

Les courbes des prix de ces deux carburants se sont donc, à l'époque, rapprochées l'une de l'autre avant de s'éloigner, comme c'est toujours le cas aujourd'hui. Rappelons toutefois que les tarifs pratiqués à la pompe restent essentiellement corrélés à l'évolution du cours du pétrole. Comme le montre notre graphique ci-dessous, quand le prix de l'or noir monte, ceux du diesel et de l'essence montent aussi. Et inversement. 

Forcément, cette matière première représente environ un tiers du prix final. Il convient d'y ajouter le coût de distribution (logistique et marge commerciale) qui n'excède pas 10% du total et, surtout, les taxes. En France, elles totalisent actuellement 59% du prix à la pompe pour le diesel et 61% pour l'essence. En dépit d'une volonté des pouvoirs publics de rapprocher la fiscalité des deux carburants, la hausse des taxes sur le diesel initialement prévue en janvier a été annulée. La fiscalité n'est donc pour rien dans l'évolution récente des prix à la pompe.  


Ainsi, quelques jours après un pic à près de 87 dollars, intervenu début octobre, du prix du baril de Brent (la référence en Europe), le diesel coûtait alors 10 centimes de plus que début juin, quant le baril était à 60 dollars (en moyenne 1,5331 euro la deuxième semaine d'octobre, contre 1,4356 euro la première de juin). Le phénomène inverse s'est en revanche produit pour le SP95, qui coûte désormais 3 centimes moins cher qu'à l'époque (en moyenne 1,5735 euro la deuxième semaine d'octobre contre 1,5429 la première de juin).

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