Les départements peuvent désormais repasser aux 90 km/h : voici pourquoi seuls quelques-uns le feront

Les départements peuvent désormais repasser aux 90 km/h : voici pourquoi seuls quelques-uns le feront
Automobile

CHANGEMENT DE VITESSE - La loi mobilités permettant notamment aux départements de revenir à une limitation de vitesse à 90 km/h a été promulguée jeudi 26 décembre. Mais de nombreux élus hésitent encore à franchir le pas. Ces derniers redoutent notamment d'être désignés comme responsables en cas d'accidents mortels.

Après plus d'un an de combat avec l'Etat, les départements ont gagné. La Loi d'orientation des mobilités (LOM) a été promulguée jeudi 26 décembre, ce qui va  permettre de repasser à 90 km/h une partie des routes secondaires à double sens sans séparateur central. Depuis le 1er juillet 2018, la limitation de vitesse y avait été abaissée à 80 km/h, déclenchant une fronde d'automobilistes, de motards et d'élus.

Une victoire sur le papier, mais dans les faits, cette loi sera-t-elle si facile à appliquer ? Rien n'est moins sûr... Pour l'instant, seuls le Cantal et la Corrèze ont annoncé qu'ils reviendront rapidement aux 90 km/h, mais une quarantaine de chefs d'exécutifs locaux - y compris de fervents pro-90 km/h - se montrent méfiants et attendent de voir les modalités qui seront fixées par la loi. 

Voir aussi

Aujourd'hui, ce texte redonne la possibilité aux présidents de département de repasser à 90 km/h mais il ne donne pas les conditions dans lesquelles nous pourrons le faire.- Patrick Septiers, président du conseil départemental de Seine-et-Marne

"Aujourd'hui, ce texte redonne la possibilité aux présidents de département de repasser à 90 km/h mais il ne donne pas les conditions dans lesquelles nous pourrons le faire. Donc, nous sommes encore dans l'attente", estime ainsi Patrick Septiers, président du conseil départemental de Seine-et-Marne, sur LCI. "Il y a des sous-entendus et des non-dits" dans cette loi, déclare pour sa part à l'AFP Jean-Marie Bernard, président du conseil départemental des Hautes-Alpes. Pour beaucoup, l'assouplissement permis par le gouvernement - en réponse à la crise des 'gilets jaunes'- est 'une mascarade', un 'piège grossier'". 

Ce qui cristallise les craintes, c'est notamment un rapport rendu en juin dernier par le comité des experts du Conseil national de sécurité routière qui préconisait de ne pas repasser à 90 km/h sur des tronçons de moins de dix kilomètres, qui comporteraient des intersections ou seraient fréquentés par des engins agricoles. Bien que purement indicatifs, ces "éléments" pourraient être repris dans le décret d'application, ce qui n 'est pas du goût de tous : "Si tel est le cas, ce sera impossible de retourner à 90 km/h. Ce qui veut dire que cette loi n'aura servi à rien", avance Patrick Septiers.

Par ailleurs, de nombreux présidents de départements craignent qu'en cas d'accident, leur responsabilité puisse être engagée s'ils décident tout de même de relever la vitesse : "Le jour où l'on constatera que sur les routes où l'on a augmenté la vitesse, on a augmenté le nombre de morts, chacun devra aussi se regarder dans la glace", déclarait ainsi le ministre de l'Intérieur lors d'un déplacement jeudi 26 décembre en Seine-et-Marne consacré à la sécurité routière. Une menace qui n'effraie pas le président du conseil départemental : "A partir du moment où les présidents appliqueront la loi, je ne vois pas en quoi notre responsabilité serait engagée. Si tel était le cas, il ne fallait pas la voter", analyse Patrick Septiers.

Voir aussi

Un coût dissuasif ?

Enfin, repasser ces routes secondaires à 90 km/h nécessitera la pose de nombreux panneaux, ce qui a un coût. Pour la Seine-et-Marne qui dépense 1 million d'euros pour l'ensemble de ses panneaux, il devrait être négligeable, toutefois "tout dépend comment la législation va être appliquée", insiste Patrick Septiers. "Si on met un panneau au début et à la fin du tronçon, ça ne coûtera pas cher ; en revanche, s'il faut en mettre un à chaque carrefour, cela nécessitera un budget plus important", dit-il. 

Mais dans certains départements, comme la Nièvre, ce coût pourra être dissuasif. Résultat, par choix ou "contraints", vingt départements (dont Gironde, Ardennes, Bouches-du-Rhône, Gard, Morbihan, collectivité de Corse, Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine...) ont annoncé qu'ils resteront à 80 km/h. En revanche, Paris et les départements de petite couronne (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, val-de-Marne) ne sont pas concernés car ils ne possèdent pas de routes hors agglomération. Tandis que les routes nationales gérées par l'Etat resteront à 80 km/h.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent