Somnolence au volant : que faut-il manger avant de prendre la route ?

Automobile
SÉCURITÉ ROUTIÈRE - Une étude mesure, pour la première fois en France, l’impact de différents types de repas sur le temps de freinage des conducteurs. Que se passe-t-il au moment de la digestion ? Quels aliments privilégier avant un long trajet ? L'éclairage du professeur Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste à l'hôpital Georges-Pompidou.

C'est la première cause d'accidents sur autoroute. Difficile à évaluer pour les conducteurs, la somnolence au volant fait régulièrement l'objet d'analyses statistiques mais jamais encore aucune étude en France n'avait mesuré l’impact de différents types de repas sur cet assoupissement intermédiaire entre le sommeil et l'état de veille. 


Que se passe-t-il au moment de la digestion ? Quels aliments privilégier avant un long trajet ?  Alors que l'hypovigilance ne doit pas être sous-estimée en cette période de départs de vacances, le docteur Frédéric Saldmann, cardiologue, nutritionniste et auteur de nombreux ouvrages sur la santé et l’hygiène alimentaire, revient pour LCI sur les résultats inédits de l’étude observationnelle "Bien manger pour mieux conduire", menée pour l’association Attitude Prévention sur des automobilistes en situation réelle de conduite sur simulateur.

On parle beaucoup de vitesse, d'alcool, mais la somnolence, c'est un accident sur troisDr Frédéric Saldmann

LCI : En quoi les résultats de cette étude que vous avez coordonnée sont-ils inédits ?


Dr Frédéric Saldmann : On parle beaucoup de l'alcool au volant, de la vitesse, mais statistiquement, cela représente un accident sur dix tandis que la somnolence, elle c'est un accident sur trois. Pour vous donner un ordre d'idée, un conducteur standard sur un trajet Paris-Nice, donc 930 kilomètres, somnole pendant onze minutes soit 24 kilomètres à 130/h. Pour la première fois, on a mis en évidence que la structure du repas, en particulier un repas lourd, joue de façon considérable sur la somnolence au volant et le temps de freinage. Concrètement, l’hypovigilance des conducteurs qui font un repas consistant monte en flèche et ils s'exposent à un risque d'accident bien plus élevé. Pour mesurer cela, on a comparé des repas à 499 calories, à 153  calories et à 0 calorie, puisque l'un des groupes qui a participé à l'étude ne déjeunait pas.

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LCI : Faut-il attribuer cela à la consistance des repas ou au processus de la digestion lui-même?


Dr Frédéric Saldmann : Aux deux bien sûr. Il faut savoir que la digestion fait travailler une dizaines d’organes comme le foie, les reins, et cela représente une énorme dépense d'énergie. Donc à partir du moment où vous digérez, votre énergie, au lieu de se situer dans le cerveau, est mobilisée pour faire progresser le bol alimentaire dans le tractus digestif. C'est énorme, d'où l'état somnolent qui fait souvent suite aux repas. S'agissant de la consistance des repas, ce qui a été une découverte au cours de cette étude, et qui va conditionner les prochaines, c'est qu'on s'est aperçu que lorsque quelqu'un prend un repas à 1500 calories, son temps de freinage est beaucoup plus long que celui qui a pris un repas à 500 calories et encore plus que celui qui n'a rien mangé. En l’occurrence, on passe de 0,6 seconde dans le premier cas à 0,24 secondes dans le second, soit environ 9,7 mètres contre 2,16 mètres, tandis que l'état de vigilance des personnes à jeun relève de l'exceptionnel. En effet, on s'est aperçu que ces personnes qui n'avaient pas mangé depuis 14 heures étaient les plus performantes. Cela s’explique peut-être par le fait que quand vous jeûnez, vous secrétez des hormones qui éveillent, qui augmentent la concentration.

L'idée qui consiste à penser qu'il faut partir en vacances de nuit pour chercher la fraîcheur et éviter le trafic, en ayant beaucoup mangé pour s’arrêter le moins possible, est bien sûr à bannir Dr Frédéric Saldmann

LCI : Quels conseils alimentaires donner à ceux qui s'apprêtent à faire de longs trajets en cette période estivale ?


Dr Frédéric Saldmann : Je n'irai pas jusqu'à conseiller de jeûner malgré ces premiers résultats inattendus car il va falloir les approfondir à l'occasion de prochaines recherches, mais ils sont une source de réflexion formidable. La prochaine étape, pour nous, consistera à s’intéresser aux aliments qui pourraient augmenter la vigilance au volant. A ce stade, il est conseillé de boire beaucoup, pas de l'alcool surtout, et également manger le plus léger possible en privilégiant des aliments riches en eau comme des tomates, de la pastèque... De ce point de vue là, la prochaine étape consistera à inciter les restaurants d'autoroute à faire de la prévention routière dans les formules proposées. A ce jour, il n'est pas rare de trouver des formules entrée-plat-dessert, dans lesquelles vous trouvez du pâté et ou de la charcuterie, suivi d'un steak au poivre accompagné de frites et d'une forêt noire pour finir. A titre d'illustration, cela équivaut environ à un repas à 1500 calories. Tandis qu'un repas à base de radis ou tomates en entrée, puis d'un blanc de volaille et de légumes en plat avec une pomme équivaut plutôt à 500 calories. Pour finir, l'idée qui consiste à penser qu'il faut partir en vacances le soir ou la nuit pour chercher la fraîcheur et éviter le trafic, en ayant beaucoup mangé pour s’arrêter le moins possible, est bien sûr à bannir. 

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