Uber veut aider ses VTC à passer à l'électrique... mais les chauffeurs n'y croient pas encore

VTC
Automobile

TRANSFORMATION - Le géant du transport de personnes promet des aides à l'achat de véhicules électriques et va augmenter ses tarifs pour financer l'opération, avec comme objectif zéro diesel dès 2024. Reste juste à convaincre des chauffeurs VTC qui accueillent assez fraîchement l'initiative.

Passer la moitié du parc de VTC à l'électrique d'ici à 2025 : c'est l'ambition affichée d'Uber, une campagne de 75 millions d'euros d'aides aux chauffeurs, avec en ligne de mire un parc entièrement électrique à l'horizon 2030. Lancée cette semaine en France, l'opération est calquée sur des campagnes comparables mises en place par l'opérateur aux États-Unis.

Une initiative qui arriverait à point nommé, si l'on en croit l'opinion des consommateurs. Pour appuyer son lancement, Uber a fait réaliser une étude par Harris Interactive pour sonder les Français sur leurs attentes en la matière. Sans surprise, la responsabilité environnementale arrive désormais dans le tiercé de têtes de leurs préoccupations, dans un mouchoir de poche où l'on trouve aussi la sécurité et le pouvoir d'achat. 

Pour financer l'opération, Uber annonce une légère augmentation à venir de ses tarifs, trois centimes par kilomètre. Le surcoût ne concernera pas les voitures de l'offre Uber Green, hybrides ou électriques, qui ne représentent pour l'instant que 17% des VTC travaillant avec lui. Un surcoût que les consommateurs semblent prêts à payer, si l'on en croit encore l'étude commandée par Uber.

Pour les chauffeurs, le compte n'y est pas

C'est sur le fonctionnement de ces aides à l'achat de véhicules électriques que les choses se compliquent. Pour rappel, les chauffeurs VTC sont indépendants, et donc pas salariés par la plateforme. Celle-ci ne possède aucun véhicule en propre. Pour prétendre à une aide, qui peut atteindre 4500 euros, il faudra remplir des conditions précises, et sur la durée. Ainsi, les chauffeurs seront incités à prendre des courses dans l'application pendant 42 heures par semaine au moins pour toucher l'aide maximale. Une obligation à tenir pendant trois ans, avant d'espérer changer de véhicule.

Selon Brahim Ben Ali, Secrétaire Général du Syndicat INV, qui rassemble 1300 chauffeurs, "c'est de l'affichage". "Uber est en train de faire de la politique. Ils ont vu des villes passer aux écologistes après les municipales, ils voient les projets d'Anne Hidalgo à Paris, ils sont bien forcés de réagir", dit-il. Sur l'aide et les conditions de son obtention, le syndicaliste reste méfiant. "Ce serait bien la première fois qu'Uber tiendrait une promesse, on attend encore encore les primes promises pendant le Covid." Mais surtout, c'est sur le fond que le compte n'y serait pas. "Un chauffeur qui travaille 15 heures par jour gagne entre 2000 et 3000 euros nets par mois. Le budget moyen d'achat d'une voiture, c'est 10 à 15.000 euros, pas plus. Comment voulez-vous espérer acheter une voiture électrique qui permette de travailler à ce prix-là ?", interroge Brahim Ben Ali.

Lire aussi

Pourtant, il faudra bien que cette mutation se fasse, et pas seulement sous la pression d'Uber. La plateforme a par exemple annoncé interdire le diesel dès 2024, s'alignant ainsi sur les projets de la Ville de Paris, qui en a fait une date-butoir pour la fin du gasoil tant dans la capitale que sa petite couronne. Mais Uber annonce en outre que les véhicules diesel neufs ne seront plus acceptés à l'inscription sur sa plateforme dès l'année prochaine, et à partir de 2022 pour les véhicules d'occasion. Outre l'aide directe promise, Uber a dévoilé des partenariats avec Renault-Nissan, pour proposer aux chauffeurs des véhicules à tarifs préférentiels, ainsi qu'avec Izy-EDF et d'autres entreprises, pour accéder aux réseaux de recharge et installer des bornes rapides chez eux.

En vidéo

Voiture électrique : est-ce vraiment une bonne affaire ?

Reste que, même en dehors de l'aide d'Uber, passer à une propulsion plus propre a un sens économique pour les chauffeurs. Même notre syndicaliste, chauffeur VTC lui-même, le reconnaît. "Quand j'avais une 508 diesel, j'étais à 700 ou 800 euros de carburant par mois, un budget divisé par deux depuis que je suis passé à l'hybride." Un budget qui serait encore moins élevé pour un véhicule 100% électrique. Reste juste à faire évoluer les mentalités de chauffeurs très habitués au gasoil. "Ils manquent d'informations," plaide Brahim Ben Ali, "beaucoup pensent que les véhicules propres coûtent plus cher en entretien ou que l'électrique a des problèmes d'autonomie. Nous avons un vrai travail de pédagogie à effectuer sur ces sujets."

Toute l'info sur

La voiture électrique, le véhicule de demain ?

Pour que le passage à l'électrique fonctionne, il faudra que l'équation économique tienne pour les chauffeurs, entre le tarif des courses, les économies au long cours sur le carburant et l'empilement des aides à l'achat, comme celles d'Uber mais aussi toutes les autres. Ainsi, les taxis bénéficient aujourd'hui sans condition d'une aide de 4000 euros pour l'achat d'une voiture électrique. Une aide pour l'instant refusée aux VTC. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent