De la suspension au record de France du marathon : retour sur l'affaire Clémence Calvin

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ATHLÉTISME - Elle était bien au départ du marathon de Paris dimanche 14 avril. Clémence Calvin, vice-championne d'Europe de la discipline visée par une procédure antidopage pour s'être soustraite à un contrôle inopiné le 27 mars dernier avait obtenu un sursis lui permettant de disputer la course de laquelle elle a terminé quatrième, le Conseil d'Etat ayant levé sa suspension provisoire. Retour sur cette histoire rocambolesque, au dénouement encore incertain.

L'affaire a éclaté à quelques jours du marathon de Paris, duquel elle a terminé à la quatrième place en battant le record de France le dimanche 14 avril. Le 4 avril, à dix jours de cette course cruciale qu'elle avait prévu de courir et où elle espérait réaliser les minima pour se qualifier aux Jeux olympiques de Tokyo-2022, l'athlète française Clémence Calvin, qui s'est soustraite à un contrôle antidopage, se retrouve au cœur de la tempête. 

Vice-championne d'Europe du marathon en 2018 à Berlin, troisième du dernier semi-marathon de Paris et désignée athlète de l'année 2018 par la Fédération française d'athlétisme aux côtés du décathlonien Kevin Mayer, Clémence Calvin risque la suspension. C'est d'ailleurs ce que prononce à son encontre l'AFLD (Agence française de lutte contre le dopage), avant que le Conseil d'Etat ne la lève pour lui permettre de prendre le départ du marathon de Paris. Retour sur la chronologie des faits.

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Un contrôle inopiné au Maroc

Le Monde révèle le 4 avril que l'athlète française s'est soustraite à un contrôle inopiné au Maroc le 27 mars. Son avocat, Me Arnaud Péricard, indique n'avoir reçu "aucune notification de l'AFLD, ni sa cliente" pour justifier le déroulé des faits. Des faits pour le moins rocambolesques. Et pour cause : son compagnon, le coureur de demi-fond Samir Dahmani, qui se trouvait alors avec elle, s'est interposé entre les préleveurs et Clémence Calvin lorsque celle-ci a pris la fuite pour éviter le contrôle. 

Selon le code mondial antidopage, une soustraction à un contrôle antidopage est passible d'une suspension de 4 ans. Le code prévoit le même tarif pour "le fait de volontairement perturber ou tenter de perturber dans son travail un agent de contrôle du dopage".

Le couple s'entraînait à Ifrane, une station d'altitude marocaine prisée des athlètes et dont le nom a déjà été associé à des affaires de dopage dans le passé. Selon le Directeur technique national de la Fédération française d'athlétisme, Patrice Gergès, Clémence Calvin n'avait pas officiellement déclaré être en stage au Maroc fin mars.

Suspension provisoire

Mercredi 10 avril, l'AFLD suspend provisoirement l'athlète. Clémence Calvin s'est vue notifier deux manquements, "un manquement à une obligation de géolocalisation, un no show, le 27 mars après 20h" et "une suspension à titre provisoire, dans le cadre d'une procédure disciplinaire qui est motivée par une soustraction, j'ouvre les guillemets, à un prélèvement d'échantillon", a expliqué Me Arnaud Péricard. Son compagnon et entraîneur Samir Dahmani a également été suspendu provisoirement par l'AFLD, le temps de l'enquête, pour "obstruction à un contrôle antidopage".

Des explications en conférence de presse

Clémence Calvin prend la parole le 10 avril lors d'une conférence de presse organisée dans les locaux de son avocat. "Le 27 mars, c'était tout sauf un contrôle antidopage. C'était d'une grande violence, une incompréhension totale", se défend la marathonienne. Elle explique qu'alors qu'elle se promenait avec son fils de 2 ans et que son mari était quelques mètres plus loin en train d'acheter un gâteau d'anniversaire : "Trois personnes sont arrivées derrière moi en courant, l'un m'a saisi par le bras, et ils m'ont dit : 'Police française, il est où Dahmani ?'". 

Après avoir retrouvé son compagnon, elle assure qu'une des trois personnes lui a tapé dans le bras, faisant tomber son fils à terre, ce qui a lancé une dispute, sans contact d'après elle, entre son mari et les contrôleurs, qui ne s'étaient toujours pas présentés comme tels. Clémence Calvin, qui lors de cette conférence de presse assure "n'avoir pas de doute sur (son) intégrité", a porté plainte au Maroc pour "violences et menaces" et précise n'avoir jamais pris la fuite.

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L'AFLD a formellement démenti cette version des faits. "Jamais un préleveur de l'AFLD n'use de la force", assure son secrétaire général, Mathieu Toeran.

Une enquête judiciaire ouverte

Vendredi, le parquet annonce qu'une enquête préliminaire a été ouverte à Marseille pour "infractions à la législation sur les produits dopants". Selon le site internet de L'Equipe, cette enquête a été ouverte le 22 mars après un record de France sur 5 km, établi par l'athlète le 10 mars - mais non homologué - à l'occasion du semi-marathon de Paris. Les investigations, distinctes de l'enquête administrative de l'AFLD, sont menées par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp), précise une source proche du dossier à l'AFP. Dans l'après-midi, son domicile situé à Martigues a été perquisitionné, sans qu'"aucun produit dopant" n'ait été retrouvé, a indiqué samedi le procureur de la République de la cité phocéenne.

Sa participation au marathon finalement validée

Vendredi toujours, à deux jours du marathon de Paris, le Conseil d'Etat lève finalement la suspension ordonnée par l'AFLD. La plus haute juridiction administrative considère que l'athlète aurait dû être en mesure de s'expliquer devant l'instance antidopage "en temps utile", une fois sa suspension décidée, alors que le marathon, "une étape importante de son calendrier sportif", se déroule dimanche. Si l'AFLD dénonce un camouflet, Clémence Calvin est donc bien au départ du marathon de Paris ce dimanche.

Record de France et 4e place

Clémence Calvin termine quatrième en 2 h 23 min 41 sec et efface le précédent record de France de Christelle Daunay établi en 2010 (2 h 24 min 22 sec). "Je me suis accrochée jusqu'au bout, n'en déplaise à mes détracteurs", a déclaré l'athlète en zone mixte à l'issue de l'épreuve. "Il n'y avait qu'une très faible minorité de personnes malveillantes (...) J'ai le courage de ceux qui tiennent le coup et qui sont plantés comme la Tour Eiffel. Je n'ai peur de rien ni de personne."

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