Coronavirus : confinés dans un hôtel d'Abu Dhabi, plusieurs cyclistes professionnels "pètent les plombs"

Coronavirus : confinés dans un hôtel d'Abu Dhabi, plusieurs cyclistes professionnels "pètent les plombs"

HUIS CLOS - Deux équipes cyclistes françaises, Cofidis et Groupama-FDJ, qui ont participé la semaine passée au Tour des Emirats (UAE Tour), sont toujours bloquées sur place, ce mardi, en raison du coronavirus.

Au départ, il s'agissait d'une course cycliste parmi d'autres dans la saison, en l'occurrence l'UAE Tour, ou Tour des Emirats. Mais celle-ci a été arrêtée jeudi 27 février, à deux jours de son terme, après l'annonce de deux cas positifs au COVID-19 concernant "deux membres du personnel italien de l'une des équipes participant à l'épreuve", selon le communiqué de l'organisation. L'Union cycliste internationale (UCI) a ensuite évoqué une "suspicion" de positivité. Et puis... Plus rien, si n'est une très longue attente pour les trois seules formations, deux Françaises, Cofidis et Groupama-FDJ, et une Russe, Gazprom, restées confinées aux 2e et 4e étage de leur hôtel d'Abu Dhabi, le Crowne Plaza, depuis. Une longue attente, et une frustration croissante, exprimée dans des déclarations transmises aux médias ces dernières heures.

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On vient courir leur course pourrie sur des parcours inintéressants et voilà dans quoi on se retrouve.- Stéphane Rossetto (Cofidis)

"On pète les plombs ici. Deux mecs ont eu un coup de fièvre, ils ont paniqué et ça nous retombe dessus. Je suis dégoûté. Ca fait des jours qu’on ne fait rien, qu’on attend dans un hôtel fantôme, qu'on mange de la merde ! Et on est dépendants de personnes qui n'en ont rien à foutre de nous. On croise des gens assez désagréables, en blouse blanche, lunettes de soleil et écouteurs dans les oreilles, qui nous surveillent et décident de notre sort. On vient courir leur course pourrie sur des parcours inintéressants et voilà dans quoi on se retrouve. On a effectué des deuxièmes tests, et on attend les résultats. D’ici là, nous ne pouvons toujours pas sortir", fulmine, par exemple, Stéphane Rossetto (Cofidis).

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Pourquoi eux et pas les autres ? Si aucune information officielle n'a été donnée par les autorités, la mise en quarantaine des trois équipes est liée à la suspicion de deux tests positifs au coronavirus pour des personnes résidant au même étage de l'hôtel, selon plusieurs témoignages. "Un 2e test a été effectué, nous serons sûrement 'libres' d’une minute à l’autre", espérait encore, lundi matin, Arnaud Démare (Groupama-FDJ), en soulignant ainsi l'incohérence de la situation: "Les autres étages avec d’autres équipes sont repartis hier (dimanche), même si nous mangions encore vendredi et samedi dans les mêmes lieux."

Lundi 2 mars, son coéquipier, David Gaudu, racontait, incrédule : "On nous apporte des plateaux-repas dans des sachets en plastique. Du coup, ça donne un peu l’impression d’une poubelle énorme sur les paliers. C’est un peu la débandade... Et puis, le truc qui est un peu drôle, c’est que l’on a l’impression qu’ici, les gens ont peur de nous. Quand on nous apporte à manger à midi et le soir, on ouvre la porte de notre chambre et, cinq secondes après, les gens qui nous ont apporté la nourriture partent en courant dans les couloirs afin d’éviter d’être à notre contact."

Grève de la faim

Selon le lieutenant de Thibault Pinot lors du dernier Tour de France, c'est samedi soir que tout a basculé pour eux : "Avant, on nous autorisait à circuler dans l’hôtel, à aller à la piscine, à la salle de sport, à être au contact des équipes, des touristes... Et puis, on nous a dit qu'on allait recevoir les tests dans la nuit (de samedi à dimanche) et que toutes les personnes avec un test négatif allaient avoir l’autorisation de rentrer dans leur pays, du moins où leur passeport a été émis. On était tous négatif. On a attendu, attendu... Et la sécurité du gouvernement a décidé de bloquer le 4e étage. Etant au 2e étage, on m’a fait comprendre que je n’avais plus le droit de quitter ma chambre. Depuis, on ne comprend pas... On se demande toujours pourquoi on est là."

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Dans un communiqué publié ce mardi, Thierry Vittu, président de l'équipe Cofidis, insiste : "Cette situation n'est vraiment pas normale. Nous sommes retenus contre notre gré dans un endroit que nous n'avons pas choisi et pour une durée inconnue. C'est d'ailleurs ce dernier point qui est le plus compliqué à vivre, on espère toujours que les choses vont s'arranger bientôt et rien ne se passe... Nous sommes traités comme des pestiférés, nos chambres n'ont pas été faites depuis que nous sommes arrivés il y a cinq jours, il faut se rendre devant l'ascenseur, il y a un chariot et on se sert en draps, savons, serviettes... Voilà la situation, certains la vivent bien, pour d'autres, c'est plus compliqué."

Roberto Damiani, son directeur sportif, a fait savoir qu’il envisageait de commencer une grève de la faim si la situation perdurait. "J’en ai tellement marre de ce qu’on nous donne à manger que je suis allé fouiller à l’étage du dessous pour essayer de trouver des trucs meilleurs dans d’autres plateaux-repas. J’avais l’impression de faire les poubelles", confie-t-il. De son côté, Stéphane Rossetto ne décolère pas : "Mais personne n’est malade ici ! Ce virus, sur cette course, honnêtement, je crois que c’est de l’affabulation totale. Des gars ont eu un coup de froid, avec la clim' ici qui brasse partout, ça ne m’étonnerait pas... On a tous fait des tests, on est tous négatifs, et on reste là, on rêve ? En plus, on s’est tous croisés, on prenait le même ascenseur que ceux qui sont partis... Comme si le coronavirus s’arrêtait à un étage d’immeuble ?" Puis le coureur de conclure, lapidaire : "Franchement, personne n’est malade mais à force de ne rien faire et de manger du fast-food, on va le devenir."

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