Les meilleurs conseils des skippers du Vendée Globe pour supporter le confinement

Le skipper Jérémie Beyou à la barre de son Imoca 60 sur la Route du Rhum 2018.
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RETOUR D'EXPÉRIENCE - Vivre confiné nécessite à la fois organisation et discipline. Des règles que s'appliquent les skippers du Vendée Globe, rompus à l'exercice. Habitués à prendre le large pendant plusieurs mois, ils partagent leurs conseils pour aider à supporter le confinement que les Français doivent respecter depuis le 17 mars.

Vivre confiné dans un espace restreint. Depuis le mardi 17 mars à midi et l'instauration d'un confinement généralisé pour endiguer la pandémie du coronavirus, des millions de Françaises et Français sont appelés à rester chez eux pendant une durée minimum de 15 jours. Il leur est fortement recommandé de réduire leurs déplacements au strict nécessaire - faire les courses, se rendre au travail ou aller chez le médecin - et d'être toujours munis d'une attestation justifiant leurs sorties, sous peine d'être verbalisés. Toutefois, qu'on le vive seul ou avec des proches, ce huis clos imposé peut être mal vécu. Il peut être difficile de demeurer isolé pendant une longue période, claquemuré dans un endroit parfois exigu. 

Cette situation, les skippers la connaissent. A la différence qu'eux sont volontairement confinés pour la compétition. Cette vie sans "espace de respiration" fait partie de leur quotidien, parfois pendant des mois. Sur le Vendée Globe, "le bateau mesure 18 mètres de long mais, à l'intérieur, l'espace de vie est réduit à une dizaine de m²", où il est difficile de tenir debout, raconte à LCI Armel Le Cléac'h, lauréat en 2017 de la mythique course à la voile autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance qu'il a bouclée en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes. Mais "le Chacal" - le surnom du premier marin à terminer trois fois le Vendée sur le podium -  rassure : "au bout de quelques jours, la vie s'organise et on s'habitue".

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Il faut avoir ses petites habitudes au quotidien- Armel LE CLÉAC'H, skipper Banque Populaire

Pour mieux vivre cette période restrictive, le skipper Jérémie Beyou conseille "d'avoir une petite routine" pour tromper la solitude et l'ennui. "En mer, les périodes de découragement arrivent fréquemment. L'erreur, c'est de se laisser aller. On vit dans un petit espace, la moindre chose qui traîne est mouillée. Derrière, on ne peut plus s'en servir", nous explique le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro en 2005, 2011 et 2014. "Là, c'est un peu pareil. D'où la nécessité d'établir quelques règles : manger à des horaires fixes, bien dormir, faire son rangement... Cela vaut pour tout le monde, encore plus pour les gens confinés en famille." 

"Il faut faire en sorte que cela ne devienne pas le bazar, essayer de mettre les choses essentielles au bon endroit et d'avoir ses petites habitudes au quotidien qui vont faire que la vie va se passer plus facilement", rebondit Armel Le Cléac'h. Michel Desjoyeaux, seul marin à avoir réalisé un doublé sur le Vendée Globe en 2001 et 2009, abonde : "Il faut être un peu organisé, garder du rythme, se reposer, bouquiner un bon livre et bien s'alimenter... mais ne pas ouvrir le frigo toutes les cinq minutes parce que sinon on va finir par rouler par terre et on ne sera plus très beau à la sortie", s'amuse "le Professeur". 

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VIDÉO LCI PLAY - #ASKPSY, Hélène Romano : le confinement dans un petit espace

C'est l'occasion d'appuyer sur pause et de profiter- Jérémie BEYOU, skipper Charal Sailing Team

Habitués à vivre loin de leurs proches, lorsqu'ils naviguent sur les mers du monde, les skippers savent l'importance du temps passé en famille. "Dans les phases de préparation, on oublie des fois les gens autour de nous. Souvent, on ne réalise que lorsqu'on est déjà en mer. On se rend alors compte qu'on a coupé tous liens pendant six mois", reconnaît Jérémie Beyou. "La période que nous vivons est l'occasion d'appuyer sur pause et de profiter d'eux". "On peut s'occuper un peu plus des gens autour de nous", ajoute Armel Le Cléac'h, qui compte prendre "plus de temps pour discuter et jouer" avec ses enfants.

Être confiné chez soi, c'est aussi un rare moment pour se trouver en tête-à-tête avec soi-même. Un luxe à l'heure d'un monde hyper-connecté. "À bord d'un bateau, dans un espace confiné, on a moins de choses autour de soi, de sollicitations donc on a le temps de faire plus", assure Armel Le Cléac'h. "À terre, dans la vie de tous les jours, les journées passent très vite. Le soir, on est fatigué après avoir rempli toutes nos obligations, et finalement, même le livre qu'on aimerait bouquiner, on n'a pas le temps de lire. Là, au lieu de rester dans mon canapé, j'essaie d'avancer et de faire des choses. Le temps que je vais utiliser maintenant je l'aurais peut-être moins quand le cours normal de la vie reprendra." "Je vais pouvoir me replonger dans mes mails", affirme Michel Desjoyeaux, "essayer de rattraper le temps perdu ou le temps raté, y compris en matière de sommeil. Prendre du temps à rien faire, c'est bien aussi. Ce n'est pas une catastrophe."

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