Coronavirus : un Tour de France à huis clos, une hypothèse plausible ?

Des spectateurs du Tour de France massés sur les bords de routes lors de la 9e étape de l'édition 2019.

DÉCRYPTAGE - La ministre des Sports Roxana Maracineanu a estimé mercredi "imaginable" de maintenir le Tour de France 2020 sans public en raison de la pandémie de coronavirus. Une option vraiment crédible ?

Le Tour de France va-t-il faire de la résistance ? C'est une option à laquelle Roxana Maracineanu réfléchit, à trois mois du départ de la course cycliste la plus célèbre au monde, le 27 juin depuis Nice, pour une arrivée sur les Champs-Élysées le 19 juillet. Alors que l'Euro et les Jeux olympiques ont été reportés à l'année prochaine, en raison de la pandémie de coronavirus qui a frappe violemment le monde avec plus de 450.000 cas déclarés et plus de 20.000 morts, la ministre des Sports envisage, non pas un report mais, bien un déroulement de la Grande Boucle à huis clos, et donc sans spectateurs sur le bord de routes.

"Le modèle économique du Tour de France ne repose pas sur de la billetterie mais sur les droits TV et la retransmission média. En cette période de confinement, tout le monde est conscient et responsable. Tout le monde a compris les bénéfices de rester chez soi et donc de privilégier plutôt le spectacle télévisé que le spectacle en live. Finalement, ce ne serait pas si pénalisant puisqu'on pourrait le suivre à la télévision", a-t-elle déclaré mercredi 25 mars à France Bleu, tout en précisant que "tous les scenarii étaient à l'étude" à savoir : la tenue, le report voire l'annulation pure et simple. "Les discussions sont en cours avec ASO (l'organisateur, ndlr), il est encore trop tôt pour se prononcer" sur ce qu'il adviendra de la Grande Boucle.

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Économiquement, l'hypothèse avancée par Roxana Maracineanu peut se tenir. Depuis sa création en 1903, le Tour n'a dû être interrompu qu'à l'occasion des deux guerres mondiales. L'ancienne championne de natation l'a rappelé : le budget de l'épreuve-reine du cyclisme repose "sur les droits TV et la retransmission média". Au-delà de toute la partie logistique déjà réservée pour l'ensemble des équipes, il en va donc de la bonne santé des diffuseurs, France Télévision en tête, et de l'organisateur ASO, qui s'éviterait un cataclysme financier. "Sauver" la Grande Boucle reviendrait à sauver cette économie. 

Mais ces considérations financières font face à d'autres arguments de taille. Quid de la caravane publicitaire qui précède les coureurs dans laquelle investissent massivement des marques s'il n'y a pas de spectateurs au bord des routes ? Qu'en est-il également des communes qui paient pour accueillir le Tour, espérant en échange accueillir des milliers de visiteurs quelques jours ? 

Une Grande Boucle sans âme, magie ni ferveur ?

D'un point de vue logistique, une Grand Boucle sans public pose aussi question. Romain Bardet, le leader de l'équipe AG2R-La Mondiale, estimait mardi qu'il était "compliqué de penser qu'il puisse se tenir totalement normalement" cette année. En effet, tous les ans, 10 à 12 millions de personnes se massent sur le bord des routes de l'Hexagone pour assister à cet événement populaire. Le huis clos imaginé signifierait d'interdire les spectateurs aux départs et aux arrivées des étapes, ainsi que dans les cols, points de rendez-vous prisés des mordus de vélo, comme le col de la Loze, le septième plus haut de France. 

Mais qu'en sera-t-il du reste du parcours ? Contenir une telle densité de population sur l'ensemble des 3470 kilomètres du tracé paraît tout bonnement impossible. En temps normal, ce sont 29.000 policiers, gendarmes et pompiers qui assurent la sécurité pendant trois semaines. Or, cette année, le contingent des forces de l'ordre est déjà fortement mobilisé par la crise sanitaire du Covid-19. 

Il faudra prendre garde à ne pas dénaturer l'événement- Romain Bardet, leader de l'équipe AG2R-La Mondiale

Événement populaire, festif et rassembleur, le Tour de France peut-il vraiment se passer de ses spectateurs, comme évoqué par la ministre des Sports ? Sans les centaines de milliers de fans qui affluent dans l'Hexagone, la course prendrait le risque de perdre en âme, en magie et en ferveur. "Il ne faut pas faire le Tour pour que le Tour ait lieu à tout prix", prévenait lundi le sélectionneur de l'équipe de France de cyclisme Thomas Voeckler dans un entretien à francetvsport, chez qui il office en tant que consultant. 

Car au delà de la dimension sportive avec des coureurs qui ont besoin du soutien indéfectible de la foule surchauffée dans les coups de moins bien, la Grande Boucle est avant tout un moment de rencontre, où le public vient pour l'ambiance et l'esprit de fête. "Il faudra prendre garde à ne pas dénaturer l'événement", assurait Romain Bardet. De fait, c'est bien là ce qui pend au nez de ce Tour de France.

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