France-Tonga : Nasi Manu, l'histoire d'un miraculé du cancer

Autres sports

Toute L'info sur

Coupe du monde de rugby 2019 au Japon

RÉMISSION - Guéri après un long combat contre un cancer des testicules, Nasi Manu participe avec les Tonga à la Coupe du monde au Japon. Le troisième ligne de Trevise a rejoué pour la première fois depuis plus d'un an contre l'Angleterre (35-3). Dimanche 6 octobre, le XV de France devrait croiser la route du Tongien miraculé.

Nasi Manu est un survivant. À l'automne 2018, quelques semaines après s'être fait enlever une excroissance de chair, le Tongien s'était vu diagnostiquer un cancer des testicules. "Je me préparais au pire, mais j'espérais pour le mieux. Le jour où on m'a annoncé que j'avais un cancer, la nouvelle est tombée à 9h45 et j'ai été opéré à 14h", a raconté le troisième ligne de Trévise lors de la cérémonie des "capes", les casquettes de velours héritées des écoles britanniques et remises aux participants à la Coupe du monde. Il avait été obligé de subir une opération chirurgicale et de suivre un traitement à base de chimiothérapie. Il avait été contraint de se mettre en retrait des terrains, faisant ainsi un trait sur la saison 2018-2019. 

C'est là que son combat pour la vie a commencé. "La chimiothérapie était une montagne russe et une bataille mentale. Je devais avoir quatre cycles tous les 21 jours, mais j'en ai manqué un parce que mes globules blancs étaient trop bas (pour le supporter)", a poursuivi l'ancien capitaine de l'Otago Highlanders au site officiel Rugby World Cup. "Je n'ai pas très bien réagi (aux séances de chimio) et j'ai eu très mal au cœur, mais je ne voulais pas être malade et j'ai lutté contre elle. Je voulais simplement savoir si je serais capable d'avoir plus d'enfants et d'être un bon père pour l'enfant que j'avais déjà."

Lire aussi

Je ne pense pas que quiconque sache ce que j'ai dû accomplir- Nasi MANU, troisième ligne des Tonga

Pendant sa convalescence, le trentenaire d'origine néo-zélandaise avait pu compter sur le soutien indéfectible de sa famille et de ses coéquipiers de son club italien du Benetton Trévise. Ces derniers s'étaient rasés le crâne en guise de soutien. "J'étais au plus bas quand on m'a envoyé cette vidéo", s'est souvenu Nasi Manu. "Quand j'ai pu assister à un match, je suis allé dans le vestiaire après. C'est un moment spécial dont je me souviendrai toujours." Il a aussi reçu le concours de l'ancien demi d'ouverture et champion du monde 2011 Aaron Cruden, diagnostiqué du même cancer à l'âge de 19 ans et qui s'est remis sur pied pour jouer 50 matches avec le maillot des All Black. "Il m'a donné de l'espoir", a-t-il affirmé. 

Ému en racontant son histoire, au point d'éclater en sanglots, le numéro 8 a expliqué que ses larmes étaient "non seulement (pour) la chirurgie et la chimiothérapie, mais aussi la bataille physique pour (se) remettre suffisamment en forme." Guéri de son cancer, il a obtenu le feu vert médical pour reprendre l'entraînement en février. Et s'est lancé dans une (autre) course contre-la-montre pour participer à la Coupe du monde de rugby au Japon. Mais un dernier contre-temps a failli tout faire capoter. Nommé capitaine des Tonga pour la Coupe des Nations du Pacifique, il s'était retiré tardivement en raison d'une lésion pectorale. "Je ne pense pas que quiconque sache ce que j'ai dû accomplir pour arriver ici", a déclamé celui qui n'avait pas non plus pu prendre part à la correction reçue contre les All Black (92-7) juste avant l'envol pour le Mondial.

J'ai réalisé mon rêve de disputer une Coupe du monde- Nasi MANU, troisième ligne des Tonga

Car, moins d'un an après que le ciel lui est tombé sur la tête, Nasi Manu a réussi son pari insensé. Appelé dans le "squad" des 31 Tongiens voués à disputer la Coupe du monde, il a refoulé les terrains, pour la première fois, 13 mois après sa dernière sélection face aux Fidji. Et quel retour ce fut avec, pour premier match depuis sa victoire sur le cancer, une rencontre (perdue) face à l'Angleterre (35-3), championne du monde 2003. Le rugbyman de 31 ans est sorti du banc à la 57e minute, sous le regard de sa femme et de sa fille, assises en tribunes. "Toute la journée a été très difficile pour moi, juste pour contrôler mes nerfs. Je n'ai pas pu dormir la veille, j'étais trop excité. Après cinq minutes sur le terrain, j'ai senti que mes jambes avaient disparu. Aucune préparation physique ne peut vous y préparer", a réagi le troisième-ligne après le match. "J'ai réalisé mon rêve de disputer une Coupe du monde, quoi qu'il se passe, et je remercie beaucoup de gens pour m'avoir fait venir ici. Je ne vais pas citer de noms, parce que j'ai bien peur d'en oublier."

L'émotion passée, Nasi Manu a refermé ce chapitre de sa vie et est désormais tourné vers l'avenir. "Je ne sais pas ce que Toutai Kefu (le sélectionneur des Tonga, ndlr) a prévu pour moi pour le reste du tournoi", a-t-il avoué. Peu importe, lui est prêt à jouer où bon sa sélection aura besoin de lui. Peut-être dès ce dimanche 6 octobre (à 9h45, en direct sur TF1 et en live commenté sur LCI) face au XV de France. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter