France-Argentine : les "Pumas", une bête à craindre que les Bleus devront apprivoiser

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FÉLINS - En guise d'apéritif avant l’Angleterre, le XV de France va en découdre avec l'Argentine ce samedi. Un match déjà décisif pour les Bleus dans ce Mondial japonais. Thierry Dusautoir, Serge Blanco, Christian Califano et Jean-Pierre Élissalde, qui ont fait les belles heures de cette équipe, décryptent ce premier adversaire redouté et redoutable.

"Ce France-Argentine, c'est déjà un huitième de finale". L'expression revient à longueur de conversations. Pour leur entrée en lice dans la Coupe du monde au Japon, les Bleus de Jacques Brunel affrontent les "Pumas" argentins samedi 21 septembre au Tokyo Stadium (à 9h15, en direct sur TF1 et en live commenté sur LCI). Si le sélectionneur tricolore s'époumone à répéter - à qui le veut - que cette mise en bouche "ne sera pas décisive" et à "ne pas (y) accorder trop d'importance", avec l'Angleterre dans la même poule et seulement deux places qualificatives, elle a pourtant tout d'un match capital pour le XV de France.

"C'est le match couperet, le match qu'il ne faut pas rater", confie à LCI Serge Blanco, l'ancien arrière du XV de France (93 sélections, 38 essais). Un revers face aux "Pumas" mettraient les Bleus au pied du mur. Ils n'auraient plus de joker dans la perspective d'une qualification pour les quarts, stade du tournoi qu'ils ont toujours atteint depuis l'édition inaugurale de 1987. "C'est le match de tous les dangers. Quasiment tout se joue contre l'Argentine", surenchérit Thierry Dusautoir, l'ex-capitaine tricolore (80 sélections, détenteur du record de capitanats français avec 56 matches et vainqueur du Tournoi des VI Nations 2010) que LCI a rencontré lors de la présentation de la saison 3 de la web-série documentaire "Terrain favorable" de la Société générale. "C'est inédit d'avoir autant de tension dramatique sur un premier match. Il va falloir s'appliquer à gagner ce match, quel qu'en soient le prix et les efforts à fournir, pour avoir une chance de sortir des poules. Il n'y a pas d'autre option." 

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Au regard des précédents entre les deux nations, qu'il faut relativiser, le XV du coq part avec un avantage psychologique. En 51 affrontements entre ces "frères ennemis", la balance penche en la faveur des Bleus (36 victoires, 1 nul et 14 défaites), qui n'ont plus perdu contre les "Pumas" depuis un revers 30-19 le 16 juin 2016. Mais les rugbymen sud-américains ont pris la fâcheuse habitude de leur jouer des mauvais tours. Notamment en Coupe du monde, où ils se sont affrontés trois fois pour deux succès argentins en ouverture du Mondial 2007 et surtout lors de la "petite finale" au Parc des Princes que les Bleus n'ont pas oublié. 

Ils ont dans leur référentiel commun ce qui marche ou pas- Thierry DUSAUTOIR, ancien capitaine du XV de France

"Pour moi, les Argentins sont une des références du rugby mondial", nous confie Christian Califano, ancien pilier du XV de France (72 sélections et finaliste de la Coupe du monde 1999), consultant "bord de terrain" pour TF1 pendant le Mondial. Souvent catalogué de "bête noire" des Bleus, le rugby argentin s'est réorganisé. Longtemps obligée de courir après ses joueurs, qui s'étaient expatriés aux quatre coins de l'Europe, l'Argentine a pris un virage à 180 degrés en se tournant vers l'hémisphère sud. Affilié depuis 2012 au Rugby Championship, qui regroupe les ténors de la discipline tels que l'Afrique du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, le pays latin s'est doté en 2016 d'une équipe dans le Super Rugby, le championnat qui oppose quinze franchises japonaises, australiennes, sud-africaines, néo-zélandaises et donc argentines.

"La particularité de cette équipe d'Argentine", à l'exception de Pablo Matera, Nicolas Sanchez (Stade Français), Benjamin Urdapilleta (Castres), Juan Figallo (Saracens) et Tomas Lavanini (Leicester), "c'est que 90% de son effectif évolue ensemble sur la saison en Rugby Championship et dans le Super Rugby avec la province des Jaguares", rebondit Thierry Dusautoir. Treize d'entre eux se présenteront au coup d'envoi face au XV de France ce samedi au Tokyo Stadium. "Ils ont naturellement cette cohésion d'équipe. Ils ont fait une superbe saison avec les Jaguares en arrivant en finale du Super Rugby. Ils ont déjà dans leur référentiel commun ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ils connaissent leur force et leurs faiblesses. L'Argentine a cet avantage sur le papier." Pour "Cali", "quand vous êtes finalistes du Super Rugby contre les Crusaders, ce n'est pas rien. Ce sont des garçons valeureux. De vrais combattants. Cela va être dur mais le défi est beau pour l'équipe de France." 

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Coupe du monde de rugby 2019 : les Bleus préparent leur premier match contre l'Argentine

C'est le match qui est susceptible de tout faire basculer- Serge BLANCO, ancien capitaine du XV de France

Mais, pour rassurer les Bleus, le long parcours des Jaguares en Super Rugby a eu des conséquences indirectes sur l'Argentine. "Leurs performances nous ont beaucoup étonnés", avoue à LCI Jean-Pierre Élissalde, l'ancien demi de mêlée tricolore, fils d'Arnaud et père de Jean-Baptiste. "Mais les Argentins je les trouve un peu au bout du rouleau. Ils étaient usés." Une analyse partagée par Serge Blanco. "On a une équipe d'Argentine qui me semble un peu saturée et fatiguée parce que les joueurs qui la composent ont participé à de nombreuses compétitions. Ils sont empruntés", insiste l'ancien dirigeant de la Fédération française de rugby (FFR), dont l'autobiographie "Mes rebonds favorables" vient de paraître aux éditions Marabout. La preuve par les chiffres : "Les Argentins sortent de neuf matches où ils n'ont pas gagné", rappelle Thierry Dusautoir, dont une défaite 28-13 contre la France en novembre dernier. Plombés il est vrai par une mêlée, la "bajadita", de plus en plus bancale. 

De l'avis de tous nos interlocuteurs, Jean-Pierre Élissalde en tête, "il faut être confiant" pour la France. Tout dépend des Bleus "à eux d'en vouloir plus", poursuit Thierry Dusautoir. "On a les moyens de le faire. L'équipe de France est physiquement prête", estime Serge Blanco. "Après, sur le fond de jeu, est-ce qu'elle a pu l'acquérir et le maîtriser, voire l'améliorer si certains pensent qu'elle en avait un ? C'est là toute la question. C'est le match qui est susceptible de tout faire basculer pour l'équipe de France." Il ne reste qu'à savoir de quel côté. Du bon ou du mauvais, seuls les Bleus pourront influer sur le court de l'événement.

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