Boris Diaw sur la crise sanitaire : "Le sport doit être mieux considéré"

L'ancien basketteur Boris Diaw est le parrain de la 19e édition des Journées nationales de l'Arbitrage.

INTERVIEW - Avec des recettes nulles en raison du huis clos imposé, le sport français subit de plein fouet le reconfinement. L'exécutif a répondu à sa détresse avec un plan de soutien. Mais il n'est pas tiré d'affaire, comme l'explique à LCI Boris Diaw, l'ancien capitaine de l'équipe de France de basket, champion d'Europe et champion NBA.

"Pour la première fois, je suis inquiet pour notre sport, mais aussi pour le sport français en général." Le ton est grave, les mots de Tony Parker sont forts. Après une mise à l'arrêt total au printemps, figeant la France dans sa totalité, les compétitions sportives professionnelles ont été autorisées à se poursuivre pendant la nouvelle période de confinement. Mais toujours sans spectateurs dans les salles et stades, et donc sans recettes. Dans les colonnes de L'Équipe, le quadruple champion NBA et président du club de l'Asvel a prévenu que, sans coup de pouce de l'État, le sport tricolore courrait à sa perte. 

Un appel à l'aide plus ou moins entendu. Mardi 17 novembre, le président Emmanuel Macron a pris le pouls du monde du sport, qui se sent depuis de nombreux mois mis sur la touche. Il a débloqué plusieurs aides financières pour un total d'environ 400 millions d'euros pour l'ensemble du secteur. Un geste salué mais qui n'a pas totalement rassuré les dirigeants des Ligues et clubs professionnels, puisque le retour du public qu'ils demandaient ardemment n'interviendra pas avant janvier 2021 au plus tôt. Par la suite, une jauge proportionnelle, plus souple, devra respectée en lien avec la capacité des stades ou des salles.

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La filière, éprouvée, va devoir encore résister à cette crise sans précédent. Une crise qu'observe Boris Diaw, l'ancien capitaine de l'équipe de France de basket (247 sélections entre 2002 et 2018). Le parrain de la 19e édition des Journées nationales de l'Arbitrage, qui se tient jusqu'au 29 novembre, livre son ressenti sur la situation sanitaire qui "tue à petit feu" le sport.

Il n'y a rien de pire que de jouer dans une salle vide- Boris Diaw, ancien capitaine de l'équipe de France de basket

On a vu votre ami Tony Parker monter au créneau pour défendre le sport français affecté par la crise sanitaire, avec notamment l'absence de public dans les stades et les salles. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Il n'y a rien de pire que de jouer dans une salle vide. On préfère avoir un public contre nous, qui nous hue et nous siffle, plutôt que de n'avoir personne en face de nous. Jouer devant une salle vide, c'est triste. Cette pandémie met en péril beaucoup de clubs et d'entreprises sportives professionnelles. Mais cette crise que traverse le sport, la France la vit également. Ce n'est pas propre au sport malheureusement. Tous les secteurs et corps de métier sont touchés par cette pandémie. 

Le monde du sport se sent délaissé dans cette crise. Jugez-vous que c'est un parent pauvre ?

Une hiérarchie a été établie dès le début de cette crise. On a mis les commerces essentiels, les produits de nécessité, en avant. Le sport a été mis au second plan, au même titre que la culture. Mais il ne faut pas juste penser au sport comme à une lubie. Le sport, ce n'est pas seulement de se dire "tiens, mercredi, je vais aller faire un jogging". Il favorise le bien-être, il a des bienfaits sur la santé. Si vous ne faites pas de sport, si toute la France ne fait pas de sport pendant six mois, cela peut créer pas mal de problèmes physiques et psychologiques. Et puis, le sport c'est aussi une économie, c'est ce que Tony (Parker) essaie d'expliquer. Au même titre qu'on va voir des pièces de théâtre ou des concerts, les gens vont voir des matches. Aujourd'hui, le spectacle essaie de survivre à cette pandémie. Il est important que le sport soit pris en compte et mieux considéré. 

Les clubs bricolent pour limiter au maximum la casse- Boris Diaw, ancien capitaine de l'équipe de France de basket

Y a-t-il un risque de voir des clubs, voire des Ligues, disparaître comme certains le craignent ?

Cette crise met beaucoup de choses en péril. On l'a vu lors de la première vague avec, par exemple, la Ligue nationale de basket (LNB), qui a fait annuler le reste de la saison. La LNB compte sur les droits TV et les sponsors pour fonctionner. Elle a besoin d'argent et payer les salaires des gens qui y travaillent. Les clubs également dans leurs budgets prennent en compte ces droits télé et la billetterie pour pouvoir se maintenir à flot. C'est un équilibre fragile qui est mis en danger. Cela doit être très compliqué en ce moment. Les clubs subissent la crise sans avoir de réels outils ou de réelles solutions. Ils essaient de bricoler pour limiter au maximum la casse et pouvoir survivre dans l'espoir d'un retour rapide à la normale.

La France est le seul pays à appliquer la règle de l'heure et du kilomètre pour le sport. Les appels pour abroger cette limitation se multiplient. Comment percevez-vous que même le sport "plaisir" soit délaissé ?

Personnellement, je ne profite pas de cette heure par jour. Je reste chez moi (en Gironde). Le seul endroit où je vais, c'est pour faire les courses ou sortir les chiens. Dans le kilomètre à côté de chez moi, j'ai la plage et je n'y vais même pas. Mais si je veux faire du sport, j'ai mon jardin. J'ai de la verdure avec un petit bois. Après, si j'étais à Paris et que le premier bois, à Boulogne ou Vincennes, était à plus d'un kilomètre, je serais malheureux. Être tous les jours en télétravail dans un appartement, où tu ne peux pas sortir te défouler, c'est compliqué. Je peux comprendre que les gens aient envie de décompresser.

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