Tour de France : qui est Tadej Pogačar, le prodige qui a rendu l'impossible possible ?

À la veille de ses 22 ans, Tadej Pogačar va parader en jaune sur les Champs-Élysées.
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PORTRAIT - Vainqueur du Tour de France dès sa première participation, Tadej Pogačar a marqué de son empreinte cette édition 2020. À bientôt 22 ans, le coureur slovène a réussi l'impensable pour ramener le maillot jaune à Paris.

"Je vous suggère de bien retenir le nom de Tadej Pogačar", nous avertissait Giuseppe Sarroni, le manager général du Team Emirates, avant ses premiers coups de pédale avec l'équipe émiratie en janvier 2019. "Nous tenons là un des grands champions de demain." Et le rival de Francesco Moser au début des années 80 a eu le nez creux. Moins de deux ans après cette prédiction, le prodige de Klanec - qui signifie "pente" en slovène - lui a donné raison. Tel un jeune loup aux dents longues, son emblème, Pogačar a renversé le Tour, samedi 19 septembre, au terme d'un contre-la-montre ébouriffant. Au sommet de la Planche des Belles Filles, il a repris près de deux minutes à son compatriote Primož Roglič, en jaune depuis la sortie des Pyrénées, que l'on pensait, à tort, intouchable à la veille de l'arrivée sur les Champs-Élysées. 

Neuf ans après Cadel Evans, qui s'était emparé de la tête du général aux dépens d'Andy Schleck, à l'issue du chrono de l'avant-dernière étape, le Slovène a triomphé ce dimanche 20 septembre à Paris après une seule journée dans la peau du leader. À la veille de ses 22 ans - il les fêtera lundi -, le coureur de la formation UAE Emirates efface des tablettes le Colombien Egan Bernal, vainqueur l'an dernier à 22 ans et 197 jours. Il devient ainsi le deuxième plus jeune lauréat après Henri Cornet (19 ans et 352 jours) en 1904. Et ce dès sa première participation à la Grande Boucle. Ce que seuls sept cyclistes - et non des moindres - ont réussi depuis 1947 : Fausto Coppi (1949), Hugo Koblet (1951), Jacques Anquetil (1957), Felice Gimondi (1965), Eddy Merckx (1969), Bernard Hinault (1978) et Laurent Fignon (1983).

C'est incroyable, je ne l'aurais jamais imaginé- Tadej Pogačar, futur vainqueur du Tour de France

Vainqueur de trois étapes sur cette édition 2020, à Laruns, au Grand Colombier puis à la Planche des Belles Filles, Tadej Pogačar s'est également offert un triplé de tuniques inédit. En plus du général, il remporte deux classements annexes, ceux de meilleur grimpeur et de meilleur jeune. Une première dans l'histoire du Tour de France depuis l'apparition du maillot blanc en 1975. Seul le Belge Eddy Merckx a fait mieux que lui en 1969 en ramenant dans la capitale les maillots jaune, à pois et vert.

"Je suis en plein rêve, je ne sais pas quoi dire, j'ai l'impression que ma tête va exploser", a affirmé "Tamau Pogi" ("le petit Pogi", le surnom dont il a été affublé en raison de sa croissance tardive) à l'issue de la 20e et avant-dernière étape. "Je n'ai jamais pensé au maillot jaune parce que c'est la plus grande course au monde. Mon rêve était juste de participer au Tour de France et aujourd'hui je l'ai gagné lors de la dernière étape. C'est incroyable, je ne l'aurais jamais imaginé." Lui, qui se décrit humblement comme "un gamin de Slovénie aux deux sœurs et un frère", a pourtant parader en jaune sur "la plus belle avenue du monde".

Un jeune loup aux dents longues

Et quel chemin a-t-il parcouru pour en arriver là, lui qui plus petit se voyait footballeur plutôt que cycliste. "Même si je me sens vraiment chez moi sur le vélo, j'ai commencé avec un ballon", raconte-t-il sur son site officiel. "Puis un changement s'est produit. Mon frère aîné Tilen a commencé le cyclisme au club de Rog Ljubljana". C'est finalement pour imiter son grand-frère que Tadej a souhaité se mettre au vélo, à l'âge de 9 ans. "Malheureusement, au club, ils n'avaient pas un vélo à ma taille", rapporte-t-il. Pas de quoi le démotiver pour autant. "Quand les courses ont commencé au printemps, on m'a trouvé un vélo. Ma première course (...) je ne savais pas du tout quoi faire. Mais l'entraîneur m'a rapidement appris." 

Très vite, il se fait remarquer. Le jeune Pogačar tape dans l'œil de l'ancien coureur Andrej Hauptman, médaillé de bronze en 2011 lors des Championnats du monde sur route. "Un jour, je suis arrivé en retard à une course. C'était une boucle en plusieurs tours. J'ai vu un petit gamin, plus jeune, à la traîne 100 mètres derrière le peloton", se souvient pour Procycling le sélectionneur de l'équipe nationale slovène. Après avoir demandé aux organisateurs de "faire quelque chose pour l'aider", ils lui répondent : "Mais pas du tout, ce n'est pas ce que tu crois, il est en tête." Avec presque un tour d'avance sur une concurrence plus véloce. "Ce petit jeune, c'était Tadej", affirme-t-il. "Hauptman m'a montré le chemin du cyclisme", confiera plus tard le prodige au sujet de son mentor, désigné sportif slovène de l'année en 2001.

N'ayant pas l'âge légal pour boire de l'alcool, il reçoit un ours en peluche au lieu d'une bouteille de champagne

Après avoir remporté le Tour de l'Avenir 2018, l'équivalent du Tour de France pour les meilleurs espoirs mondiaux, et briller sur le Tour de Slovénie, où il accroche une 4e place au général à seulement 19 ans, "Pogi" voit sa carrière décoller. Début 2019, Hauptman facilite sa signature chez UAE Emirates, grâce à sa proximité avec la direction émiratie. Dès sa troisième course avec sa nouvelle équipe, il remporte le Tour d'Algarve. En mai, il remporte le Tour de Californie, devenant à 20 ans le plus jeune vainqueur de l'histoire d'une course par étapes UCI World Tour, le plus haut échelon mondial. N'ayant pas l'âge légal pour boire de l'alcool aux États-Unis, il reçoit un ours en peluche au lieu d'une bouteille de champagne. 

Dès qu'il monte sur un vélo, il se transforme- Andrej Hauptman, mentor de Tadej Pogačar

En septembre, aligné sur la Vuelta, sa première course de trois semaines, le natif de Komenda se révèle définitivement avec trois succès d'étape. Troisième au classement général, à 2'38" du vainqueur, son compatriote Primož Roglič, il devient au passage le plus jeune coureur à terminer sur le podium d'un grand Tour depuis le Giro 1974. "Même s'il ne frappe pas du poing sur la table, il sait ce qu'il veut. Il est peut-être calme quand il boit son café, mais dans une course, c'est un vrai guerrier", assure son mentor. "Dès qu'il monte sur un vélo, il se transforme. Il est intelligent et il veut tout le temps gagner.

Gagner et ne pas calculer, voilà le leitmotiv de Tadej Pogačar. Et il l'a prouvé sur ce Tour de France. Piégé dans une bordure dès la 7e étape, où il a concédé plus d'une minute sur les favoris, et obligé de ne compter que sur lui après les abandons de ses meilleurs soutiens en montagne, Fabio Aru et Davide Formolo, le champion slovène du contre-la-montre ne s'est pas dégonflé. Vainqueur dans les Pyrénées et dans le Jura, il a eu les jambes pour dompter les Vosges. Il s'est débrouillé tout seul pour venir à bout des l'équipe cinq étoiles des Jumbo-Visma et réussir ce qui, hier encore, était impensable. Au grand désarroi de Roglič. 

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