Il a accueilli Kobe Bryant à Mulhouse : "Il avait toujours un ballon de basket dans les mains"

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La légende Kobe Bryant est décédée dans un accident d'hélicoptère

INTERVIEW - Dans son adolescence, Kobe Bryant a vécu plusieurs mois en France, à Mulhouse, où a évolué son père Joe au début des années 90. Une histoire peu connue que Thierry Jung, qui travaillait dans l'hôtel ayant accueilli la famille de la future star des Lakers, nous raconte. À l'époque, le jeune Kobe ne pensait déjà qu'au basket.

"J'ai passé de très bons moments à Mulhouse". Voilà comment Kobe Bryant, décédé dimanche 26 janvier dans un accident d'hélicoptère en Californie, avec huit autres personnes dont sa fille de 13 ans, Gianna, a décrit en 2017 les quelques mois de son adolescence qu'il a passés en Alsace. En 1991, après sept années passées en Italie, son père Joe signe pour une pige à Mulhouse. Dans ses bagages, l'ancien joueur NBA en fin de carrière emmène avec lui, sa femme Pamela, ses deux filles, Shaya et Sharia et son plus jeune fils Kobe. Là-bas, toute la famille s'installe dans un hôtel, à proximité du Palais des sports. 

Joint par LCI, Thierry Jung a été un témoin privilégié de cette période méconnue de la vie de Kobe Bryant avant qu'il ne devienne une légende de la NBA qui a régné en maître sur son sport pendant deux décennies. Il a supervisé l'installation du clan Bryant à l'Espace Squash 3000, où était hébergé tous les basketteurs en transit. Le président du Mulhouse Squash Club nous raconte le jeune Kobe, alors âgé de 13 ans.

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Un gamin jovial, souriant et irréprochable- Thierry JUNG, président du Mulhouse Squash Club

LCI : Comment avez-vous réagi à l'annonce de la mort de Kobe Bryant ?

Thierry JUNG : J'ai appris ça hier soir (dimanche). Un ami m'a appelé pour me dire que Kobe Bryant était décédé dans un crash d'hélicoptère. Cette nouvelle m'a bouleversée. L'image que je garde de lui et que j'ai toujours en tête, c'est celle d'un gamin, d'un adolescent jovial, souriant et irréprochable. Il avait beaucoup de talent pour un enfant de son âge. Je suis rempli de tristesse. C'est presque incroyable. Je me joins à toutes les personnes touchées par cette disparition. Je ressens une immense peine. 

LCI : Racontez-nous votre première rencontre avec la famille Bryant.

Thierry JUNG : Je les ai rencontrés en 1991, à l'hôtel-restaurant avec complexe de loisirs, où j'étais responsable technique. Joe, le papa de Kobe, venait de rejoindre l'équipe du MBC en provenance de Reggio Emilia en Italie. On était fin juillet. Ils n'étaient pas encore là. Un camion de déménagement, avec deux Italiens à bord, est arrivé chez nous. Ils m'ont dit : "Voilà on a des affaires pour Joe Bryant et sa famille". Je leur ai répondu : "Pas de problème, vous pouvez les installer". Mais ils n'ont pas voulu s'en charger. J'ai donc cherché du monde pour m'aider à le déménager. À l'époque, nous n'avions pas de place pour tout stocker. On a donc tout mis sur le parking en attendant que les dirigeants du MBC trouvent une solution pour loger tout leur matériel. Il y avait un baby-foot, un billard, des clubs de golf, des dizaines de paires de chaussures... Bref, il y en avait partout. Deux jours après, Joe a débarqué avec sa famille, des gens très sympathiques et polis. Ils étaient cinq en tout et occupaient deux chambres d'hôtel. Kobe était le plus jeune, il avait deux sœurs aînées. Normalement, ils étaient destinés à n'être qu'en transit. Ils sont finalement restés sept à huit mois chez nous. Joe a joué 11 matches avec l'équipe de Mulhouse.

J'étais vraiment étonné du talent de ce gamin, sachant qu'il n'a pas fait d'école de basket- Thierry JUNG, président du Mulhouse Squash Club

LCI : Comment avez-vous fait la connaissance de Kobe Bryant ? 

Thierry JUNG : Je l'ai connu très jeune. Il n'avait que 13 ans. Pour moi, au départ, c'était le fils d'un grand joueur. Joe Bryant avait un grand palmarès, pas aussi grand que celui de son fils, mais à l'époque il avait des statistiques impressionnantes. Quand il est arrivé à Mulhouse, il était meilleur marqueur du championnat d'Italie, il avait joué à Philadelphie et à Los Angeles. Il était d'ailleurs toujours sous contrat. Quand Joe partait s'entraîner, le jeune Kobe se promenait dans le centre. Il découvrait toutes les activités de loisirs que l'on proposait. On avait installé des terrains de squash, de badminton et de tennis. Comme j'étais moi-même un ancien basketteur, d'un petit niveau, j'ai aussi posé un un panneau de basket. J'y faisais souvent des shoots les après-midis. Un jour, Kobe est venu me voir. Il m'a demandé, très gentiment, s'il pouvait jouer avec moi. J'ai accepté très naturellement. C'est comme ça que j'ai commencé à le côtoyer. 

LCI : Kobe Bryant a souvent été dépeint imbu de lui-même. Était-il déjà ainsi plus jeune ?

Thierry JUNG : Je ne vais pas revenir sur ce qui a été dit et écrit sur lui en NBA mais j'ai vu tout à fait l'inverse. Après il faut remettre notre rencontre dans son contexte. C'était un garçon de 13 ans. Une personne peut être amenée à changer et évoluer au cours de sa vie. Moi, j'ai connu un gamin très sympathique et très bien éduqué. Il était en découverte et en admiration devant son père. Pendant les matches, il était souvent derrière les panneaux. À chaque temps-mort, il prenait la balle et faisait des dribbles. Il avait toujours un ballon dans les mains, même quand il était au centre chez nous. Quand j'allais jouer, deux à trois fois par semaine, Kobe était toujours là. Peu importe le jour, peu importe l'heure. J'étais vraiment étonné du talent de ce gamin, sachant qu'il n'a pas fait d'école de basket. Il a appris beaucoup de lui-même ou en regardant son père jouer. C'est vraiment étonnant de l'avoir vu devenir le meilleur joueur au monde. J'ai réalisé bien après avoir été la première personne en France à avoir échangé avec lui.

Quand je l'ai revu aux Los Angeles Lakers, je me suis demandé si ce n'était pas un homonyme- Thierry JUNG, président du Mulhouse Squash Club

LCI : Pressentiez-vous à l'époque qu'il allait devenir une légende de la NBA ?

Thierry JUNG : Très vite, j'ai vu que c'était un gamin qui avait énormément de talent. Mais rien ne laissait présager ce qui l'attendait. Il était en pleine puberté quand il était à Mulhouse. Il ne faisait pas tout à fait 1,80m.  Il avait quelque chose en plus mais c'était le cas de beaucoup de basketteurs américains.  Quand je l'ai revu quelques années après aux Los Angeles Lakers, je me suis demandé si ce n'était pas un homonyme. Je n'y croyais pas. J'ai dû m'y reprendre à deux fois. Il s'était développé, il faisait presque 2m.

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LCI : Aviez-vous gardé contact avec lui après toutes ces années ? 

Thierry JUNG : Le seul contact que j'ai eu, c'était avec son père Joe. Après les avoir bien installés à Mulhouse, il m'avait demandé si je connaissais une école en langue anglaise pour ses enfants. Mon épouse travaille à l'école de commerce de Bâle et l'a aidé à les scolariser à l'école américaine. Ses petits sont allés tous les jours à l'école à Bâle, à 27 kilomètres de Mulhouse. Comme je lui ai rendu des services de bon cœur, Joe Bryant voulait m'offrir quelque chose. Il m'a demandé : "Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?" Et donc je lui ai demandé de me donner ses chaussures de basket. Il me les a envoyées à son retour aux États-Unis. Malheureusement, je ne les retrouve plus. C'est dommage, c'est un souvenir que je voulais garder. 

LCI : Quelle image garderez-vous de Kobe Bryant ? 

Thierry JUNG : L'image d'un gamin très gentil et poli, loin de tout ce qu'on a pu dire. Je suis content d'avoir pu le rencontrer. J'aurais peut-être un regret, c'est de ne pas l'avoir revu lors de son passage à Paris en 2017 (à l'occasion d'une tournée avec son équipementier, Nike, ndlr) pour relater cette période.  

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