"Tu te dis tout de suite que c'est grave" : ils racontent la chute mortelle de Bjorg Lambrecht sur le Tour de Pologne

Autres sports
ENQUÊTE - Le cycliste belge Bjorg Lambrecht est décédé ce lundi des suites d'une grave chute sur le Tour de Pologne. Une enquête a été ouverte par la justice locale pour déterminer les causes de l'accident qui a coûté la vie au coureur de 22 ans. Deux jours après ce décès brutal, les premiers témoignages recueillis racontent un début d'histoire.

Au-delà du désarroi, qui noue les gorges, les interrogations. Lundi 5 août, au 48e kilomètre de la 3e étape du Tour de Pologne, entre Chorzow et Zabrze, le grand espoir belge Bjorg Lambrecht a soudainement quitté la route et s'est retrouvé dans un fossé. Dans sa chute, sur une ligne droite détrempée, le coureur de la Lotto-Soudal, âgé de 22 ans, a percuté de plein fouet une structure en béton. Pris en charge à l'endroit même de sa chute puis évacué à l'hôpital en ambulance, son état ne permettant pas son transfert en hélicoptère, le vice-champion du monde espoirs 2017 de la course en ligne a succombé à ses blessures. 


Deux jours après ce décès brutal, le mystère demeure sur les circonstances de la chute qui lui a coûté la vie. Le parquet de la ville de Rybnik a ouvert une enquête, comme le veut la procédure, et une autopsie a été réalisée sur le défunt. Marek Rutkiewicz, lui, se trouvait juste derrière le cycliste belge quand l'accident a eu lieu. "Huit coureurs nous séparaient, lui et moi", raconte le coureur de l'équipe Wibatch à La Dernière Heure. "J'ai vu quand il a perdu le contrôle de son vélo. Tout de suite, il a chuté dans un fossé. Malheureusement, il y avait cette passerelle en béton. Il n'avait aucune chance d'y échapper, il est rentré droit dedans. Je l'ai vu replié sur lui au fond du fossé." Mais que s'est-il passé pour qu'il chute dans une ligne droite ? 

Un séparateur à l'origine de la chute ?

"Nous ne savons pas pourquoi il est tombé, c'est arrivé sur une route totalement plate", a avoué Ryszard Wisniewski, le médecin de course. Il n'y a pas d'image de la chute, puisqu'elle est survenue avant le début de la retransmission télévisée. Pour comprendre ce qui est arrivé, il faut s'appuyer sur les témoignages des coureurs. A entendre Clément Chevrier, la chaussée n'était pas dangereuse. "On serrait sur la file de gauche, deux par deux. Tous les 50 mètres, il y avait un séparateur réfléchissant. Ce n'était pas l'idéal pour un peloton mais cela ne représentait pas un immense danger", décrit le grimpeur d'A2GR La Mondiale au Dauphiné. "Des coureurs nous ont expliqué qu'il aurait roulé dessus et aurait perdu le contrôle de son vélo. Il a terminé dans le fossé où il a heurté un bloc en béton. C'est un enchaînement, la fatalité..." 


"Il pleuvait un peu", ajoute Jelle Wallays, coéquipier de Bjorg Lambrecht depuis l'an dernier chez Lotto-Soudal, interrogé par WielierFliets. Une information confirmée par une vidéo (voir-ci-dessous) tournée depuis une voiture de directeur sportif, où on peut constater que la chaussée est détrempée. "À mon avis, il a surtout eu une terrible malchance. Il roulait tranquillement dans le peloton et a dû heurter quelque chose à 30-35 km/h, donc pas tellement vite. C'est pourquoi je pense que ce drame est un coup du sort." 

Sur son vélo, Wallays a très vite compris que quelque chose ne tournait pas rond. Et ce, bien qu'il n'ait pas été témoin de l'accident de son partenaire. "La nouvelle de la chute de Bjorg a été communiquée à l'oreillette", a-t-il expliqué. J'entendais qu'il y avait de la panique, j'ai tout de suite su que c'était grave. Kevin de Weert, notre directeur sportif nous a prévenus que Mario Aerts, notre autre directeur sportif, et le médecin étaient restés avec Bjorg. Quand tu entends cela, tu te dis tout de suite que c'est grave."

Il nous répétait : "pas bien, pas bien, pas bien"Ryszard WISNIEWSKI, médecin de la course

Arrivé quelques minutes après à la hauteur de Lambrecht, Ryszard Wisniewski, le chef de l'équipe médicale, a tout de suite pris conscience de la gravité de la situation qui se présentait à lui. Il a raconté les derniers instants de Bjorg Lambrecht à l'agence polonaise PAP. "Juste après l'accident, on a pu communiquer un instant avec lui. Il nous répétait : 'Pas bien, pas bien, pas bien'. Nous ne nous attendions pas à de si graves blessures, mais le niveau de sucre dans son sang était étonnamment bas. Il a perdu conscience dans l'ambulance", a-t-il détaillé. "Quand un coureur tombe, il a un réflexe automatique de tendre les bras, pour amortir la chute. Tout indique que Lambrecht ne l'a pas fait. Le choc était très important. La rate arrachée, le foie écrasé. On avait assez de sang, mais cela n'a pas aidé. C'était un petit coureur maigre, sans protection sous forme de tissu adipeux." Réanimé sur place puis évacué en urgence en ambulance, Lambrecht est décédé à l'hôpital de Rybnik où les chirurgiens n'ont pas réussi à lui sauver la vie.

Touché par ce décès brutal, le peloton a rendu hommage au meilleur jeune du dernier Critérium du Dauphiné mardi 6 août . La 4e étape a été ramenée à 133,7 kilomètres et neutralisée, c'est-à-dire sans incidence sur le classement général. Après une minute de silence au départ, les coéquipiers de Lambrecht ont ouvert la route symboliquement et roulé jusqu'au kilomètre 48, où un nouveau moment de recueillement a été respecté. Juste avant de passer la ligne d'arrivée, la Lotto-Soudal s'est arrêtée sous un portique noir avec le nom de Bjorg Lambrecht et son numéro de dossard, 143, écrit dessus. L'occasion de saluer une dernière fois, en présence de sa famille, la mémoire du jeune cycliste disparu. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter