Ysaora Thibus : "Le report des Jeux de Tokyo va rallonger considérablement mon budget"

La fleurettiste tricolore Ysaora Thibus est confiée depuis le 19 mars, à Los Angeles, en Californie.
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INCERTITUDES - Globe-trotteuse du fleuret, Ysaora Thibus a appris lundi le report au 23 juillet 2021 des JO de Tokyo pour lesquels elle se préparait depuis Los Angeles, où elle est confinée. Un ajournement que l'escrimeuse française commente pour LCI, partageant ses doutes et ses interrogations pendant cette pause forcée.

Elle rêvait des Jeux olympiques de Tokyo. Exilée en Californie depuis août 2017, Ysaora Thibus ambitionnait de marcher sur les traces de la guêpe Laura Flessel, médaillée d'or aux Jeux d'Atlanta 1996 en épée individuelle et par équipe. La Guadeloupéenne de 28 ans, octuple championne de France de fleuret et multiple médaillée de bronze et d'argent aux championnats d'Europe et du monde, devra finalement attendre l'été prochain pour ravir l'or olympique, son objectif suprême, après le report des JO 2020, qui ouvriront le 23 juillet 2021, en raison de la pandémie de coronavirus qui frappe le monde. 

Une décision à laquelle souscrit pleinement la vice-championne du monde 2018, bien que cela soulève des doutes et de questions liés à la suite de la saison et au report des Jeux, qu'elle partage avec LCI. Confinée depuis le 19 mars à Los Angeles, l'un des épicentres de la contagion aux États-Unis avec New York, la fleurettiste tricolore nous raconte également comment elle vit cette pause forcée. Un confinement qu'elle surmonte avec son compagnon, l'escrimeur américain Race Imboden, lui aussi spécialiste du fleuret.

Préparer une saison olympique n'est pas quelque chose qui se fait en un claquement de doigts- Ysaora THIBUS, escrimeuse française

LCI : Comment avez-vous accueilli le report d'un an des JO de Tokyo annoncé par le CIO ?

Ysaora THIBUS : J'étais favorable à un report depuis le début, dans le sens où nous n'étions pas dans des situations optimales pour nous préparer. En termes d'équité sportive, tout le monde ne pouvait pas s'entraîner normalement. Certains pays allaient sortir du confinement avant d'autres, donc je ne comprenais pas la volonté de maintenir absolument les JO. D'autant qu'on voyait les autres événements être reportés ou annuler progressivement. Personnellement, avant l'annonce du report, j'avais vraiment du mal à mettre ma tête dans l'entraînement à 100%. Au début, avec le confinement, c'était chaotique. Il fallait retrouver des nouveaux repères, chercher la motivation... Quand il a enfin été évoqué, et confirmé deux jours après, j'ai pensé que c'était la bonne chose à faire. Le sport est secondaire. Des gens meurent tous les jours. Le monde entier est en train de se démener pour arrêter la progression de cette pandémie. 

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LCI : Les Jeux ouvriront le 23 juillet 2021. Quel est l'impact de ce report d'un an sur votre préparation ? 

Ysaora THIBUS : La date choisie me semble être la bonne. Cela laisse du temps à tout le monde de sortir de la crise. Un report en novembre, comme cela a été étudié, ne permettait pas aux athlètes de retomber sur leurs pieds. Préparer une saison olympique n'est pas quelque chose qui se fait en un claquement de doigts. La situation est inconfortable. Nous ne savons rien du déroulement de la prochaine saison. Pour le coup, c'est difficile de se projeter. Pour réorganiser un plan d'entraînement, des stages, etc... il faut avoir certaines données sur les échéances à venir. Ces réponses, nous ne les avons pas. Et, avant de pouvoir prétendre à être performant, on sait qu'on a besoin de retrouver de la stabilité. Il y a des jours où je me lève et où je suis un peu découragée. Il y a d'autres moments où je me dis que l'objectif reste le même et que je ne vais pas perdre mes acquis. J'ai la chance d'avoir déjà ma qualification en poche pour les JO. C'est inestimable. Il s'agit maintenant de savoir comment je vais pouvoir être performante aux nouvelles dates. L'objectif n'a jamais été d'aller aux Jeux mais toujours d'avoir une médaille. La question reste la même : comment mettre en place tout ce qui est possible pour atteindre cet objectif ? 

On a fait beaucoup de sacrifices et d'investissements- Ysaora THIBUS, escrimeuse française

LCI : Financièrement, ce report vous oblige aussi à vous replonger dans vos comptes...

Ysaora THIBUS : Avec le système que j'ai choisi, à savoir sortir du système fédéral et m'entraîner entre Los Angeles et l'Italie (où est son camp de base, ndlr), ce report va rallonger considérablement mon budget. On l'avait établi jusqu'à juillet 2020. On va devoir refaire des calculs. En général, la saison après les Jeux est beaucoup plus calme. On ne fait pas forcément toutes les compétitions, on fait moins de stages à l'étranger. On ne repart pas sur une nouvelle saison avec la même intensité qu'une saison olympique. Là, on sort d'une année où on a fait beaucoup de sacrifices et d'investissements, aux niveaux mental, physique et financier. D'habitude, étant donné que notre sport n'est pas professionnel en France et qu'il n'a pas de visibilité en dehors des JO, l'investissement qu'on met en amont des Jeux, c'est quelque chose de ponctuel. Là, il va falloir étirer cet effort jusqu'à l'été prochain. L'idée n'est pas de perdre en qualité, c'est de bénéficier des mêmes conditions que celles qui avaient été mises en place cette année. 

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ARCHIVE - Portrait : qui es-tu, Ysaora Thibus ?

LCI : Vous vivez avec votre compagnon Race Imboden. À quoi ressemble votre confinement ?

Ysaora THIBUS : On essaie de respecter au mieux les consignes qui nous sont données. On ne sort que pour aller au supermarché. On n'est pas chez nous, on vit chez notre préparateur physique. On a la chance d'avoir plus d'espace, davantage que si nous étions en appartement. Il y a un endroit pour marcher à l'extérieur et une terrasse. Cela aide à mieux supporter le confinement. Après, avec Race, nous ne vivons pas de la même façon. Lui, il a besoin de se dépenser tous les jours. Moi, sans l'objectif des Jeux, j'ai un peu du mal à garder la même motivation. L'intensité n'est pas là, l'implication mentale n'est pas la même. Je m'entraîne moins souvent que d'habitude, je continue à m'entretenir physiquement pour rester active et être dans une démarche de performance de haut niveau. Je suis plus dans la réflexion, j'attends de voir ce qui se passe. Je ressens aussi le besoin de faire autre chose, je prends des cours d'écriture en anglais, je lis des livres... Je m'occupe autrement. Et il arrive que, parfois, avec Race, on s'engueule parce qu'être en couple en confinement, ce n'est pas toujours évident (rires). Mais on n'est pas les plus à plaindre. On essaie de faire au mieux pour trouver nos repères dans ce moment assez inédit. 

J'essaie de mettre en place un projet pour venir en aide au CHU de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe- Ysaora THIBUS, escrimeuse française

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LCI : Vous êtes originaire de la Guadeloupe. Avez-vous des nouvelles de vos proches confinés ? 

Ysaora THIBUS : J'avais pensé à rentrer en Guadeloupe avant que le confinement soit annoncé. Mais, comme j'avais beaucoup voyagé avant, notamment en Italie, je n'avais pas envie de prendre le risque parce que, là-bas, je vis avec ma grand-mère. C'est une inquiétude quotidienne pour moi. Ma mère travaille dans une clinique, où elle gère les stocks, donc c'est vrai que je regarde vraiment ce qui se passe là-bas. Il n'y a pas non plus de secret parce qu'on s'appelle tous les jours, on se donne de nos nouvelles. D'ailleurs, j'essaie de mettre en place un projet pour venir en aide au CHU de Pointe-à-Pitre. Je ne sais pas encore quelle forme cela va prendre mais j'aimerais bien faire cela pour aider à mon échelle malgré la distance.

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