Jauge, protocole, tests et joueurs exclus... le Covid a pris de revers Roland-Garros

Le Grand Chelem parisien doit cohabiter avec la menace du virus comme l'US Open l'a fait avant lui.
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CORONAVIRUS - Le Grand Chelem parisien, qui n'accueillera que 1000 personnes par jour, a mis en place des mesures drastiques pour se prémunir contre le virus. Ce qui se révèle à double tranchant pour les joueuses et joueurs.

C'est un fait : cette édition 2020 de Roland-Garros s'écrira au rythme du coronavirus. En pleine résurgence de l'épidémie de Covid-19, qui avait conduit à sa reprogrammation au tout début de l'automne, le tableau final du tournoi parisien s'ouvre, ce dimanche 27 septembre, dans un climat anxiogène, malgré les efforts de l'organisation pour maintenir coûte que coûte l'événement. Les qualifications, toujours en cours, ont permis de se rendre compte de ce que vont vivre les joueuses et joueurs pendant la prochaine quinzaine : jouer sans public, vivre cloîtrés dans un hôtel et devoir se plier à un protocole sanitaire (trop ?) strict. Pas de quoi les enthousiasmer, à l'heure où même la météo n'invite pas clairement à l'optimisme. 

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Drôle d'ambiance à la porte d'Auteuil

Organisé pour la première fois aussi tard dans l'année, le Grand Chelem parisien se jouera en effet quasiment à huis clos, avec seulement 1000 spectateurs par jour. Fixée avant l'été à 20.000 (dont 10.000 pour les finales), réduite à 11.500 le 7 septembre puis ramenée à 5000 dix jours plus tard, la jauge quotidienne a de nouveau été abaissée, a confirmé le Premier ministre Jean Castex, interrogé jeudi 24 septembre sur France 2. "Nous appliquerons à Roland-Garros les mêmes règles qu'ailleurs", a-t-il affirmé, suite au passage de Paris et de sa petite couronne en zone "d'alerte renforcée". Dans le détail, ce ne sont en fait que 750 spectateurs grand public qui auront accès au stade chaque jour, a précisé ce vendredi 25 septembre Stéphane Morel, directeur général adjoint du pôle marketing et développement économique de la FFT. Les 250 places restantes iront aux "invités de nos partenaires, en nombre très, très restreint (200)" et "aux élus et personnalités qui doivent accéder au stade".

Habituellement bourdonnante, la ruche de 12 hectares, située porte d'Auteuil, va sonner désespérément creux. Disputés dans un silence de cathédrale, avec pour seuls bruits les exclamations des joueurs et le son des raquettes qui tapent la balle, les qualifications ont déjà donné le ton de ce que sera le tournoi parisien. Avec seulement 1000 personnes, qui devront porter le masque en permanence, l'ambiance sera feutrée, avec des allées vides et des tribunes plus que clairsemées. "Nous sommes convaincus que nous aurions pu accueillir 5000 personnes, le site est immense... Malheureusement c'est comme ça", a déploré le directeur du tournoi Guy Forget ce vendredi 25 septembre sur franceinfo. Heureusement, est-on amené à se satisfaire, les organisateurs, joueurs, staff et journalistes ne seront pas comptabilisés parmi le millier de spectateurs autorisés par jour.

Tous logés à la même enseigne

Et tout ce petit monde cohabitera, plus au moins, ensemble. Une "bulle" sanitaire, bien que le terme "bulle" soit réfutée par l'organisation de Roland-Garros, a été mise en place pour tenter de protéger les joueurs et leurs staffs. Ils seront logés dans deux hôtels, à proximité du complexe parisien. "Nous ne raisonnons pas (comme) dans un film de science-fiction, en termes de bulle sanitaire hermétique, c'est un fantasme. (...) Il n'y a pas d'illusion d'un endroit magique où on serait protégé de tout", a confié Jean-François Vilotte, directeur général de la FFT. Il n'empêche que dans les faits, cela y ressemble fortement. Toutes les joueuses et tous les joueurs, sans exception, dormiront dans ces établissements réservés par les organisateurs. Y compris Serena Williams, qui a pourtant ses habitudes dans la capitale française. "J'espérais loger dans mon appartement à Paris", a regretté l'Américaine, autorisée pendant l'US Open à louer avec d'autres tenniswomen une maison à New York. 

Pour déterminer qui dormira où, le choix a été fait au "ranking". Les mieux classés séjourneront dans un hôtel, les classés 60 et plus dans un autre, plus bas dans la rue. Par ailleurs, les joueuses et les joueurs ne sont pas autorisés à quitter leur lieu de villégiature, sauf pour se rendre à Roland-Garros, uniquement les jours de matchs, à Jean-Bouin pour s'entraîner ou un impératif médical. Un non respect de cette consigne pourrait amener à une disqualification et un retrait de l'accréditation. Et les organisateurs de Roland-Garros ne plaisantent pas à ce sujet. "Dimanche, un joueur était bloqué dans un embouteillage à 500 mètres de l'hôtel à cause du Tour de France ", a raconté à l'AFP le Dr Bernard Montalvan, responsable du protocole sanitaire du Grand Chelem parisien. "Il a appelé pour savoir s'il pouvait descendre" et rentrer à pied, "on lui a répondu non".

La peur panique du faux positif

Car, malgré cette "bulle" imposée, chez les organisateurs, la peur du "cluster" demeure constante. Chez les joueurs, c'est plutôt la peur du test positif qui l'emporte. Pour limiter les risques de contagion, un protocole Covid drastique a été mis sur pied. À leur arrivée à l'hôtel, joueurs et membres des staffs sont soumis à un test PCR, suivi d'un confinement de 24 heures, jusqu'à la notification du résultat négatif. Un deuxième test doit ensuite être réalisé à J+2. "Des heures d'attente teintées d'anxiété quand on sait que le virus est souvent asymptomatique, que les cas de faux positifs sont relativement fréquents et que le joueur ainsi que tous les gens en contact rapproché avec ce dernier sont malgré tout immédiatement sortis du tournoi", écrit Alizé Cornet, 52e au classement WTA, qui raconte ce Roland-Garros particulier dans les colonnes du Parisien. "C'est vrai que ça fait peur, on a l'impression d'être dépendants, de jouer à pile ou face", appuie le 194e mondial Enzo Couacaud.

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Cinq participants - deux testés positifs au Covid-19 et trois autres déclarés "cas contacts" - ont déjà été sortis du tableau des qualifications du Grand Chelem parisien. C'est le cas de Damir Dzumhur, 114e mondial, et son coach Petar Popovic. Tous les deux été testés négatifs lors d'un premier examen avant que de nouveaux tests n'infirment les résultats de l'entraîneur. Conformément au protocole sanitaire du tournoi, ils ont alors été évincés. "Il n'a pas été autorisé à faire un deuxième test. Je suis effondré", a écrit le Bosnien dans une story Instagram. "Si un entraîneur qui a été malade dort avec son joueur, dans la même chambre, alors qu'il sait qu'il peut être testé positif, le joueur sera contact à risques. C'est pour cela qu'on a déconseillé, dans le protocole, aux entraîneurs de dormir dans la même chambre", a justifié le Dr Bernard Montalvan. 

Malgré eux, les athlètes se retrouvent spectateurs de leur vie, suspendus aux résultats d'un test. Avec l'espoir de ne pas être un "faux positif", à l'instar de Fernando Verdasco. Le vétéran espagnol, 36 ans et 58e mondial, a réalisé un test PCR positif avant le tirage du tableau principal.  L'ancien demi-finaliste de l'Open d'Australie avait bien été touché par le virus... mais en août et était resté asymptomatique. Les trois autres tests qu'il a ensuite réalisé dans trois laboratoires différents ont tous conclu qu'il était négatif. Mais rien n'y a fait. il devra se passer de tournoi. "Bannis sans ménagement et enfermés sur place pour 7 à 10 jours, tel le cauchemar vécu par certains Français à New York", rappelle Alizé Cornet, qui craint de vivre à son tour pareille mésaventure. "Une angoisse qui reviendra hanter mes nuits à la même récurrence que les tests effectués (...) tous les cinq jours". De quoi avoir la boule au ventre avant même de pouvoir entrer sur le court.

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