Accusée de s'être soustraite à un contrôle antidopage, Clémence Calvin donne sa version des faits

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MARATHON – Demeurée introuvable depuis le 27 mars, date d’un contrôle antidopage auquel elle se serait soustraite, la marathonienne Clémence Calvin est réapparue, mercredi 10 avril. À l’occasion d’une conférence de presse peu commune, la vice-championne d’Europe tricolore s’est expliquée…

Après l’appel du 18 juin, celui du 7 avril. C’était en 2019, ce dimanche dans l’émission Stade 2. André Giraud, président de la Fédération française d’athlétisme (FFA), a invité solennellement Clémence Calvin à s’exprimer, "afin de savoir ce qui s’est passé le 27 mars au Maroc". Ce jour-là, à Marrakech plus exactement, la vice-championne d’Europe du marathon se serait soustraite à un contrôle antidopage inopiné, ce qui pourrait lui coûter quatre ans de suspension. Et puis plus rien. Silence radio total.... Jusqu’au mercredi 10 avril et une conférence de presse organisée par ses avocats.

Sur le coup, à aucun moment je n’aurais pu imaginer qu’il s’agissait d’un contrôle.Clémence Calvin

"Je n’ai pas parlé avant, parce que je suis en premier lieu une athlète et, avec ma famille et mes proches, on voulait me préserver. Et vu l’ampleur que cela a pris, je les remercie. Sur le coup, à aucun moment je n’aurais pu imaginer qu’il s’agissait d’un contrôle. J'étais avec mon fils. C'était d'une grande violence", a-t-elle notamment déclaré, un coup froide comme la glace, un autre semblant prête à exploser de fureur, avant de fondre en larmes en reconnaissant un des journalistes présents dans l’assistance, parce qu’elle a "vécu des moments forts avec lui"...

On rembobine. Le 5 avril, le quotidien Le Monde révèle que le mari de la marathonienne, par ailleurs son entraîneur, Samir Dahmani, a eu une altercation avec l’un des préleveurs mandatés par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). C’est pendant cette confrontation que Clémence Calvin aurait pris la fuite, poursuivie par une autre préleveuse. Il faut aussi savoir que les athlètes ont pour obligation de se géolocaliser, en vue de ces contrôles par surprise. La Française était censée se trouver à Ifrane, lieu d’entraînement habituel du couple, et non à Marrakech.

Je tends mon fils à son père. À ce moment-là, une des personnes me tape le bras violemment. Mon petit tombe sur le sol et se met à pleurer.Clémence Calvin

"Mon mari voulait se reposer et s’occuper de notre enfant, alors nous avons choisi un lieu où il pouvait le distraire et où je pouvais m'entraîner", a expliqué ce mercredi celle qui avait été désignée athlète féminine de l’année en 2018 par la FFA. Un changement de géolocalisation non communiqué marquant donc le point de départ d’un bras de fer judiciaire entre la marathonienne et l’AFLD, visant à établir s’il y a eu, ou non, refus de se soumettre à ce contrôle.

Clémence Calvin a ainsi détaillé les événements du 27 mars : "A 17h30, j'ai récupéré mon fils à la garderie, cela faisait deux jours que j'étais arrivée à Marrakech. On a fait une petite balade dans le quartier, mon mari était allé chercher un gâteau pour l'anniversaire de mon fils, il me l'a laissé. J'étais dans la rue, à jouer avec lui et d’autres enfants. Et trois personnes sont arrivées en me saisissant le bras et en disant : 'Police française, il est où Dahmani ?' Je n'ai pas compris. On est ensuite allé dans la direction où il était. Puis je tends mon fils à son père. À ce moment-là, une des personnes me tape le bras violemment. Mon petit tombe sur le sol et se met à pleurer. Mon mari commence alors à se disputer avec ces gens, et je me suis écartée. C'est vraiment la première fois que je me faisais attaquer de la sorte."

À aucun moment, ils ne se sont présentés comme des représentants ou des contrôleurs.Clémence Calvin

La coureuse a ensuite ainsi justifié sa fuite : "On a cherché à faire ausculter mon fils par un médecin. Puis de savoir ce qu'on pouvait faire. C’était notre priorité. On a pris un taxi, on a trouvé une pharmacie ouverte. Et on a repris nos esprits. Ces gens n’ont jamais décliné leur identité. Ce n’est que le soir, en rentrant vers minuit, qu’on a appris qu’ils étaient de l’AFLD, quand il y a eu une enquête de voisinage là où on était logés. On a entendu tambouriner aux portes. Ces trois personnes, deux hommes et une femme, ont arpenté le quartier en se présentant comme la police française et disant qu’ils cherchaient ‘les Français'."

Ce qui a fait dire à l’un de ses avocats, Me Arnaud Péricard, que "le contrôle ne semble pas correspondre aux règles", arguant au passage que sa cliente a été récemment contrôlée à plusieurs reprises, dont la dernière à Martigues le 17 mars, soit dix jours avant les faits. Chaque fois avec un résultat négatif. Clémence Calvin a abondé : "A aucun moment, ils ne se sont présentés comme des représentants ou des contrôleurs. Et je n'ai reçu aucun document. Ils cherchaient mon mari. Quand je lui ai demandé qui sont ces gens, il m'a dit : 'Je ne sais pas, ils sont fous, je ne sais pas ce qu'ils veulent.' Ça fait 12 ans que je suis athlète de haut niveau. Je n'ai jamais eu de problème avec l'AFLD. Ce que j'ai vécu le 27 mars, c'était tout sauf un contrôle."

Son mari risque six mois de prison

Une version démentie dans la foulée par l’AFLD, la qualifiant d’"allégations dénuées de tout fondement", niant toute violence de ses préleveurs, et assurant qu’il n’y avait pas le moindre policier durant ce contrôle, mais des contrôleurs certifiés parmi lesquels Damien Ressiot, le directeur des contrôles... Pour le reste, Clémence Calvin s’est vue notifier un "no show" (manquement à ses obligations liées aux contrôles antidopage) et une suspension à titre provisoire, comme son compagnon, pour "obstruction à un contrôle antidopage" le concernant. Un délit passible de six mois de prison et 7 500 euros d’amende. Et l'AFLD entend bien, a-t-elle indiqué ce mercredi, "donner des suites judiciaires" à l'affaire... La participation de l'athlète au marathon de Paris, dimanche 14 avril, est donc pour l'heure impossible. Mais elle va saisir le Conseil d'Etat en référé pour s’aligner.

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