Pourquoi Eddie Jones, le sélectionneur de l'Angleterre, est LA star de cette Coupe du monde de rugby

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Coupe du monde de rugby 2019 au Japon

RUGBY – L’Angleterre, finaliste de la Coupe du monde opposée samedi 2 novembre à l’Afrique du Sud (10h sur TF1), doit beaucoup à son sélectionneur australien, Eddie Jones, devenu, au fil du tournoi, la coqueluche du public.

Quand Eddie Jones prend ses fonctions de sélectionneur, le rituel ne varie jamais, ou si peu. Et tout porte à croire que la méthode fonctionne, au regard de ses résultats : une finale de Coupe du monde avec l’Australie en 2003, un sacre mondial avec l’Afrique du Sud en 2007, une victoire historique face aux Springboks (34-32) avec le Japon en 2015, et donc la finale de ce samedi (à suivre dès 10 heures sur TF1) à Yokohama, contre les même Sud-Africains, cette fois à la tête de l’Angleterre.

La technique du paquet de bonbons

Le demi de mêlée du XV de la Rose, Ben Youngs, 30 ans et 94 sélections, racontait ainsi dans L'Equipe du 31 octobre son premier entretien individuel avec le charismatique coach australien, peu après son arrivée à l’automne 2015 : "On s’est assis et, au début, on a un peu discuté de mon jeu. J’essayais de l’impressionner quand il m’a sorti : ‘Tu dois maigrir.’ Je pesais 92 kg, il voulait que je descende à 88. J’ai dit que c’était d’accord et là, il m’a carrément lancé un paquet de bonbons ! J’étais un peu sous le choc mais il a juste demandé : ‘Tu les veux ?’ J’ai répondu que non et il a souri : ‘C’est un bon début.’ J’ai adoré la façon dont il m’a fait passer son message. C’était direct, transparent et plein d’humour."

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Autant d’adjectifs qui décrivent régulièrement le sélectionneur-star, lequel a ensuite révélé avoir remplacé les bonbons par des canettes de bière pour d’autres joueurs. "À chaque fois, je leur ai offert un choix", a rembobiné l’intéressé durant ce Mondial. "Une des choses que j’ai apprises et que je fais mieux qu’avant, c’est demander à quelqu’un de changer certains aspects. Il faut susciter une réaction émotionnelle. Avant, j’utilisais un langage direct, je tapais du poing sur la table. Aujourd’hui, j’ai trouvé ce truc pour que le joueur se souvienne de ce moment jusqu’à la fin de ses jours."

Même ma femme est pour les All Blacks...- Eddie Jones avant la demi-finale face à la Nouvelle-Zélande

Après l’impensable victoire de son équipe face à la Nouvelle-Zélande (19-7 le 26 octobre) en demi-finales, Eddie Jones a révélé par quel autre moyen original il était parvenu à motiver ses troupes dans les heures ayant précédé la rencontre : "Nous avons parlé de Nadia Comaneci (une gymnaste roumaine de 14 ans ayant remporté cinq médailles aux JO de 1976, NDLR). Personne ne pense qu’on peut jouer un match parfait au rugby ? Eh bien personne ne pensait non plus qu’on pouvait ne totaliser que des 10 en gymnastique. Pourquoi ne pas avoir l’ambition de disputer le match parfait ? Je leur ai dit d’imaginer une rencontre où l’Angleterre, pendant 80 minutes, serait en total contrôle. N’est-ce pas un rêve formidable ?"

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Un rêve devenu réalité depuis. Le match s'est déroulé à 62% (!) dans le camp des All Blacks, dont le capitaine Kieran Read dira : "Ils nous ont dominés dans tous les rucks, on n'a eu aucun ballon rapide." Réduire les Néo-Zélandais à l’impuissance n’est pas donné à tout le monde. Fanfaronner avant de les affronter, non plus. "Que ceux qui pensent qu’on va gagner lèvent la main, avait-il lancé aux journalistes en conférence de presse trois jours avant ce match. Alors personne ? Tu vois, personne ne nous voit gagner, mec. En plus il y a 120 millions de Japonais qui supportent les All Blacks, leur 2e équipe. Même ma femme est pour eux..." La pression aussi, du coup.

On n’a qu’à imaginer qu’on affronte 15 Donald Trump- Eddie Jones avant le match contre les États-Unis

C’est sans doute le plus grand tour de force d’Eddie Jones dans cette Coupe du monde : avoir accaparé toute l’attention, et préservé ses joueurs de toute agitation directe. Ce qu’il n’avait, en revanche, peut-être pas prévu, c’est qu’il deviendrait, dans la manœuvre, le pôle d’attraction, pour ne pas dire la star de cette équipe d’Angleterre qui ne craint plus rien, ni personne.

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Signe qui ne trompe pas : l’Agence France Presse lui a consacré mercredi une dépêche titrée "Les bons mots d’Eddie Jones" et compilant ses meilleures "punchlines" du Mondial 2019, ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’alors. "On n’a qu’à imaginer qu’on affronte 15 Donald Trump", avait-il déclaré avant le match contre les États-Unis. Puis, sur la mise au ban de George Ford lors du quart de finale contre l’Australie : "Je ne l'ai pas écarté, j'ai changé son rôle, et il a été brillant. Peut-être devriez-vous, les mecs (les journalistes, NDLR), commencer à écrire différemment. Le rugby a changé. Venez et rejoignez-nous dans le monde du rugby moderne. Donnez-moi vos e-mails, je vous enverrai une invitation."

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