Qui est Katelyn Ohashi, la gymnaste qui vient de révolutionner son sport avec un enchaînement époustouflant ?

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PORTRAIT – En réalisant des enchaînements jusqu’alors jamais vus dans la gymnastique, avec une grâce et un sens du rythme sans pareils, Katelyn Ohashi a cassé Internet, cumulant plus de 30 millions de vues de sa prestation à travers le monde. Focus sur une authentique révolutionnaire.

Visuellement, ce n’est qu’une compétition universitaire de gymnastique à Los Angeles, qu’on parle du décor, du public clairsemé, voire de la silhouette de la gymnaste, éloignée des standards des Jeux olympiques. Mais tendez un peu l’oreille au moment de lancer la vidéo ci-dessous : la frénésie des spectateurs, leurs hurlements sans mesure, l’électricité qui flotte, sont autant d’éléments qui font penser à un événement majeur de l’histoire du sport.

Parmi tous les exercices de la gym, celui au sol demeure sans doute le plus conventionnel, pour ne pas dire le plus conservateur. C’est donc la surprise, ô combien agréable, de voir cette jeune femme, dimanche, mêler des pas de danse aux figures, sans jamais cesser de coller au rythme de la musique de Michael Jackson, ni se départir de son sourire communicatif, qui a ainsi fait basculer cette petite foule dans une liesse immense. Consciente qu’elle venait de voir l’impensable de ses yeux.

Isn't it ironic ?

Les juges lui accorderont la note parfaite (et rarissime) de 10.0, avant qu’Internet ne s’empare des images et ne les rendent virales : plus de 31 millions de personnes les ont vues ce mardi. Et ce n’est sans doute qu’un début. Katelyn Ohashi, 21 ans, vient ainsi de devenir une star mondiale de son sport. Ce qui, au regard de son parcours, est assez ironique.

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La dernière fois qu’elle s’est offerte au regard du grand public américain, elle avait 16 ans. En 2013, lors de l’American Cup, compétition de prestige réunissant les meilleurs gymnastes du monde dans le cadre du circuit Coupe du monde, elle livre un duel devenu mythique avec Simone Biles, 16 ans aussi, et l’emporte de justesse. Les deux jeunes femmes représentent alors l’avenir doré de la gymnastique US. 

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Trois ans plus tard, en 2016, Simone Biles décroche quatre médailles d’or aux Jeux olympiques de Rio. Quand Katelyn Ohashi est, elle, devant sa télévision... Trois ans plus tôt, son dos lâche. Puis ses épaules. Fractures. Lésions. Fractures. Lésions. Il lui faudra cinq ans pour retrouver l’usage de son corps. Cinq ans qui auront suffi à l’écarter pour de bon du circuit Elite.

En vérité, j’étais heureuse d’être blessée.- Katelyn Ohashi

"Il fut un temps où j’étais sur le toit du monde. J’étais imbattable. Mais les gens continuaient de me dire que je n’étais pas assez bonne", rembobine-t-elle en août dernier, pour le site The Player's Tribune. Elle évoque les restrictions alimentaires, les pesées plusieurs fois par jour... "J’allais systématiquement faire de l’exercice après un repas, juste pour me sentir suffisamment bien avant d’aller me coucher", raconte encore la native de Seattle.

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C’est ce poids, au sens propre comme au figuré, qui a, selon elle, déclenché cette succession de blessures. "En vérité, j’étais heureuse d’être blessée, avoue-t-elle. Avant mes blessures, on disait que j’étais trop maigre. Ensuite, j’étais devenue trop grosse. On me comparait toujours à un oiseau qui ne peut pas voler... La gym était ma vie. Mais je me détestais. Il m’aura fallu du temps, avec UCLA (l’équipe universitaire américaine de gymnastique, ndlr), pour trouver un nouvel objectif et un nouveau chemin à suivre, pour renouer avec l’amour de mon sport." Et l’amour de son corps.

"Un 10 n’est pas assez"

C’est donc dans le sport universitaire, très suivi aux États-Unis mais bien moins contraignant que le niveau Elite, qu’elle choisit de s’épanouir. Via une alimentation plus libre et une plus grande solidarité avec les autres athlètes. En conséquence de quoi, elle se met, en parallèle, à publier des récits détaillés de ses compétitions, visant à aider les jeunes gymnastes à s’accepter. 

"La gymnastique scolaire est souvent la récompense d’années d’abus, a-t-elle notamment écrit sur Instagram en 2017. Pourtant, c’est le moment de découvrir, de profiter, d’apprendre, de prendre nos vies en main." Ce qu’elle est parvenue à faire en croquant dans son sport à pleines dents, plutôt que de le quitter. La UCLA, admirative, a donc jugé, en tweetant la vidéo de sa prestation de dimanche, que "la note de 10.0 n’est pas assez pour ce programme au sol".

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