Champion du monde et d’Europe de handball : l’éclatante revanche d’Olivier Krumbholz, coach légendaire des Bleues

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REBOND - Champion d'Europe ce dimanche un an après avoir été champion du monde, l'entraîneur Olivier Krumbholz a conduit les handballeuses françaises au sommet. À la tête des Bleues depuis 1998, il avait pourtant été viré sans ménagement en 2013, avant de revenir trois ans plus tard…

On n’osait pas trop, sur le moment, mais on a quand même tenté le coup. Le coup de fil à Olivier Krumbholz, ce mardi 11 juin 2013 au soir, alors que le sélectionneur de l’équipe de France de handball féminin venait d’être démis de ses fonctions après quinze ans de bons et loyaux service, et ce alors qu’il avait tout juste qualifié les Bleues pour le Mondial à venir... 

Une conversation à laquelle on a fortement repensé, ce dimanche, en le voyant remporter l’Euro 2018 à Paris, un an après avoir été sacré champion du monde avec cette même équipe de France en Allemagne, ce qu’il a qualifié (la victoire de ce dimanche) de "l’événement le plus incroyable de [sa] carrière"...

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En 2013, la voix est lasse, marquée par la déception, quand il nous dit : "Le président de la Fédération était désolé. Il a qualifié mon éviction de ‘prise de risque’. Il n’y a donc pas de véritable justification. À mon avis, cette décision est prise depuis cinq mois. La manière est peu élégante." Puis le malheureux d'ajouter : "Dans toutes les équipes, il y a des tensions. Mais il est évident que certaines de mes joueuses ont joué un rôle dans cette affaire. Tout se passait bien avec le groupe, pourtant. Cette excuse, c’est de la manipulation intellectuelle."

Humainement, c'est quelqu'un d'extraordinaire. Il a une aura particulière. On est toutes mobilisées autour de lui, on lui fait confiance.- Estelle Nzé-Minko ce dimanche après le sacre

C’est en fait en décembre 2012, lors d’un Euro conclu par une piteuse 9e place, que le coach se brouille avec plusieurs joueuses cadres de son vestiaire, qui lui reprochent un tempérament trop impulsif, et un management particulièrement sévère. Lui-même reconnaît alors que "le mal est profond". Son discours ne passe plus. Ses échecs consécutifs lors des quatre tournois olympiques auxquels il a participé (2000, 2004, 2008 et 2012) feront le reste...

"Intérim"

"On a observé des lacunes sur ces expériences olympiques. Il nous fallait amener quelque chose de plus avec l’un des meilleurs techniciens du monde", lance, à l’époque, le directeur technique national Philippe Bana, pour justifier la nomination d’Alain Portes. Lequel ne fera pas mieux puisque, après une 6e place au Mondial 2013, une 5e place à l’Euro 2014, et une 7e place au Mondial 2015, il sera limogé à son tour... Avant  même les JO 2016. Il faut dire que ce sont là les pires résultats des Bleues au XXIe siècle. Soit durant la seule période où Olivier Krumbholz ne se trouvait pas aux commandes.

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Alors c’est vers lui que la Fédération s’est de nouveau tournée, officiellement pour qu’il assure "l’intérim". Car le coach, en dehors des sacro-saints JO, avait tout de même quelques états de service à faire valoir : champion du monde en 2003, vice-champion du monde en 1999, 2009 et 2011, et médaillé de bronze en Championnat d'Europe en 2002 et 2006. Le tout alors que la France était loin d’être une des meilleures nations du handball féminin... Ce qu’elle est ensuite devenue. Avec lui.

Il a compris que nous n’avons pas besoin d’être prises par la main pour nous mettre au travail.- Camille Ayglon en 2016

Suivront en effet une finale olympique à Rio et une médaille de bronze à l’Euro, dès 2016, avant le nouveau sacre mondial de 2017, puis celui, européen, et inédit, de ce dimanche. Bien sûr, ce qui a changé chez lui, entre avant et après son retour, n’est pas de l’ordre de sa science du jeu, jamais remise en cause.  "Ce n’est plus le même homme, nous confiait Valérie Nicolas, sa gardienne emblématique des premières années, en 2016. Je crois que le fait d’avoir été exclu de l’équipe de France lui a fait ouvrir les yeux et prendre du recul. Il est beaucoup plus cool maintenant."

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"Aujourd’hui, il est plus zen, plus serein, confirmait alors Camille Ayglon, qui a traversé les deux ères Krumbholz jusqu'à l'apothéose de ce dimanche. Il y a plus d’échanges avec lui, on est presque en osmose avec le staff. Il a compris que nous n’avons pas besoin d’être prises par la main pour nous mettre au travail."  Le coach autoritaire s’est fait flexible et à l’écoute, signe d’intelligence s’il en est. Estelle Nzé-Minko, ce dimanche auprès de l’AFP, dans l’euphorie de Bercy : "Humainement, c'est quelqu'un d'extraordinaire. Il a une aura particulière. On est toutes mobilisées autour de lui, on lui fait confiance. En fait, il nous aime. Il n'a pas besoin de le dire mais ça se sent. C'est vraiment très fort." Maintenant, tout est dit.

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