Roland-Garros : Clara Burel et Hugo Gaston, un coup de jeune qui fait du bien

Dans la grisaille parisienne, Clara Burel est l'une des 3 dernières représentantes françaises, avec Caroline Garcia et Fiona Ferro.

JEUNESSE - À 19 et 20 ans, Clara Burel et Hugo Gaston font souffler un vent de jeunesse sur le tennis tricolore. Tous les deux qualifiés pour le troisième tour de Roland-Garros, ils représentent le futur pour les années à venir.

Ils sont l'éclaircie tricolore dans le ciel grisâtre de Roland-Garros. Encore méconnus du grand public il y a quelques jours, Clara Burel et Hugo Gaston, titulaires d'une "wild-card", une invitation des organisateurs, ne pensaient certainement pas apparaître en haut de l'affiche. Pourtant, après moins d'une semaine dans le tournoi, la Brestoise de 19 ans et le Toulousain, d'un an son aîné, représentent, avec Caroline Garcia et Fiona Ferro, les dernières chances tricolores du côté de la porte d'Auteuil. Novices dans le grand tableau à Paris, ils vont disputer pour la première fois de leur jeune carrière un troisième tour du Grand Chelem.

"Depuis le début de la semaine, c'est un peu fou ce qui se passe. Je ne m'y attendais pas forcément", a calmement commenté Clara Burel, après avoir écarté jeudi au deuxième tour la Slovène Kaja Juvan (7-6 (8-6), 6-2), qui l'avait dominée en finale des Jeux de la jeunesse en 2018. "C'est vraiment cool qu'on soit tous les deux au troisième tour (avec Hugo Gaston, ndlr). On a beaucoup joué en junior ensemble. On se connaît depuis un moment. Et donc, réussir aussi chez les pros, c'est vraiment cool." Proches en dehors des courts, ces deux espoirs ont pourtant connu des parcours de vie radicalement différents. 

Le retour gagnant de Burel

Couvée dans le giron fédéral, la 357e au classement WTA a été présentée, dès son plus jeune âge, comme le futur au féminin du tennis tricolore. Mais la prometteuse finaliste de l'Open d'Australie et de l'US Open chez les juniors a été stoppée dans sa progression au haut niveau. Éliminée au premier tour à Melbourne en 2019, elle a traversé une terrible épreuve dans la foulée : une opération au poignet qui l'a obligée à mettre sa carrière sur pause. "Malheureusement, après plusieurs années de problèmes à mon poignet gauche, j'ai dû être opérée. Ce n'était pas une décision facile mais je suis heureuse que ce se soit bien passé", avait-elle partagé sur Instagram. "Je vais commencer ma rééducation bientôt et je reviendrai plus forte que jamais."

Et la Costarmoricaine, championne du monde junior en 2018, a tenu parole. Pendant le confinement, elle a mis les bouchées doubles pour se remettre d'aplomb. Elle s'est ainsi rapprochée de Thierry Champion, le directeur du haut niveau à la Fédération française de tennis (FFT). L'ancien coach de quelques-uns des meilleurs joueurs français (Monfils, Gasquet, Escudé...), qui s'était déjà occupé de sa réathlétisation au moment de sa blessure, l'a pris sous son aile avec Alexia Dechaume, son entraîneure. Ils l'ont alors fait énormément travailler lors d'un stage à Perros-Guirec en vue des échéances à venir. 

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Un travail qui a porté ses fruits avec une première victoire sur le circuit principal, obtenue à Strasbourg, juste avant Roland-Garros, sur l'Ukrainienne Kateryna Bondarenko. Invitée à Paris par les organisateurs, l'ex-numéro 1 mondiale juniors a montré qu'elle avait sous la raquette. Pour son tout premier match dans le tableau principal du Grand Chelem parisien, Clara Burel a remporté la rencontre la plus tardive jamais terminée, avec une balle de match à plus de minuit passé, face à la Néerlandaise Arantxa Rus (6-7 (7-9), 7-6 (7-2), 6-3). Dans son élan, elle a pris le meilleur sur Kaja Juvan en 1h37. "C'est une grosse revanche", a savouré celle qui devrait se situer aux alentours de la 240e place mondiale lundi. "Cette défaite avait vraiment fait hyper mal."

Dotée d'une qualité de frappe en coup droit, la cogneuse de fond de court est en train de marquer, à seulement 19 ans, l'histoire des Internationaux de France. Quatrième Française dans l'ère Open à atteindre le troisième tour, pour sa première participation au tableau principal, après Catherine Tanvier (1982), Nathalie Herreman (1983) et Cécille Calmette (1985), la Bretonne peut devenir la quatrième titulaire d'une "wild-card" à passer en deuxième semaine. Par le passé, seules Alexia Dechaume (1994), sa coach, Jarmila Groth (2010) et Pauline Parmentier (2014), ont réussi à rallier les huitièmes de finale du tournoi parisien. Pour les rejoindre dans ce cercle fermé, elle devra se défaire samedi d'une vieille connaissance en la personne de Zhang Shuai. La Chinoise, 39e mondiale qui a battu Alizé Cornet (6-4, 7-6) au tour précédent, lui avait barré la route au deuxième tour à Strasbourg fin septembre. "J'ai une belle revanche à prendre", a confirmé Burel. 

Avec Gaston, la taille n'est pas importante

Une revanche, Hugo Gaston est aussi en train d'en prendre une. Passé par l'Insep à 15 ans, il avait été jugé trop petit (1,73m aujourd'hui) pour pouvoir faire du tennis. Mais cette critique qui aurait pu le démoraliser l'a rendu plus fort. Fils d'un président du club, la petite balle jaune a toujours été sa vocation. Vainqueur à 16 ans de l'Orange Bowl, un des tournois phares chez les juniors jadis remporté par Roger Federer, il a appris à adapter son jeu à sa taille avec une palette technique très variée. Il est ainsi capable d'enchaîner une amortie suivie d'une balle en cloche millimétrée pour déstabiliser son adversaire. Et, à Roland-Garros, cela lui réussit, puisque sur les 18 Français engagés, le gaucher, fan de Nadal, est le seul à avoir survécu à l'hécatombe. 

Pour sa première participation, il se retrouve aux portes des huitièmes de finale, après avoir écarté son compatriote Maxime Janvier au premier tour (7-6, 6-4, 6-3) et le Japonais Yoshihito Nishioka au deuxième tour (6-4, 7-6, 3-6, 6-2). "Je ne m'y attendais pas forcément, mais j'ai réussi à bien jouer du début à la fin sans me mettre trop de pression. Je suis très content du résultat. Il y a beaucoup d'émotion. Je ne m'attendais pas à ces deux victoires, mais je suis rentré sur le court pour tout donner", a indiqué le porte-drapeau de la délégation tricolore aux JOJ à Buenos Aires en 2018, où, galvanisé et hermétique à la pression, il avait rapporté trois médailles : l'or en simple et le bronze en double avec Clément Tabur et double mixte avec Clara Burel.

À Paris, le 239e joueur mondial a montré qu'il apprenait vite. Jusqu'à ses débuts à Roland, sa seule expérience en Grand Chelem se résumait à une défaite en janvier dernier au premier tour de l'Open d'Australie face à l'Espagnol Jaume Munar. Neuf mois plus tard, le voilà à porter sur ses seules épaules les ultimes espoirs tricolores. "Je ne vais pas me mettre une pression supplémentaire à cause de ça. Ce serait mieux si on était plus nombreux, mais ça fait partie du jeu", a-t-il lâché. Mais cette fois-ci, au troisième tour, la barre sera placée haut (trop haut ?), puisqu'il affrontera ce vendredi Stan Wawrinka, triple vainqueur en Grand Chelem et titré à Roland-Garros en 2015. Un sacre que le gamin, âgé alors de 14 ans, avait regardé à la télé.

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