Bricoleur, écolo, recordman en série : qui est Francis Joyon, le flamboyant vainqueur de la Route du Rhum ?

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PORTRAIT - Vainqueur sur le fil et nouveau recordman de la Route du Rhum, Francis Joyon, 62 ans, rajoute à son palmarès impressionnant la transatlantique en solitaire la plus prestigieuse. Un titre qui couronne une vie de succès et d'engagement pour une certaine idée de la voile.

Du jamais-vu depuis 40 ans. À l'issue d'un finish exceptionnel face à François Gabart, Francis Joyon, 62 ans, remporte sa première Route du Rhum et bat le record de l'épreuve, en 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes. À la barre d'un bateau vieux de 12 ans, le skipper a coiffé sur le poteau son jeune concurrent qui a fait toute la course en tête sur son multicoque dernier cri. Une victoire avec 7 minutes et 8 secondes d'avance après une semaine de duel, soit l'écart le plus court depuis la première édition de la Route du Rhum, en 1978.

Recordman en série

Pour l'expérimenté Francis Joyon, c'est un double succès. À la fois le couronnement d'une vie de records et une récompense pour sa vision de la voile, faite de recyclage et de bricolage. "Le premier record du monde qu'il a fait avec nous, le bateau avait 22 ans et il a porté le record à 72 jours, ça donne une belle image", raconte Patrice Lafargue, patron d'Idec. C'était en 2004 et Francis Joyon signait un exploit retentissant en améliorant le record du tour du monde en solo de plus de 50 jours, et en devenant le premier à boucler ce tour du monde sur multicoque sans escale. 


Depuis, le marin enchaîne les records, en solitaire ou en équipage : distance parcourue en 24 heures, traversée de l'Atlantique nord, de l'océan Indien, un nouveau tour du monde en 2008. Son dernier coup d'éclat date de janvier 2017, quand il a enlevé le Trophée Jules Verne en un temps ahurissant de 40 jours et 23 heures, battant ainsi le record du tour du monde en équipage, sans escale et sans assistance. Depuis, Joyon s'est préparé pour sa Route du Rhum.

Bricoleur de vieux bateaux

Au départ de la Route du Rhum, Francis Joyon était loin d'être le favori, face aux trimarans de dernière génération utilisés par ses concurrents François Gabart (Macif), Armel Le Cléac'h (Banque-Populaire), Thomas Coville (Sodebo) et Sébastien Josse (Edmond-de-Rothschild). Le bateau de Joyon, Idec Sport, a été conçu en 2006, une éternité à l'échelle de la technologie de la discipline. Maintes fois modifié, le trimaran avait remporté les éditions 2010 et 2014 de la transatlantique sous d'autres noms, avec à la barre Franck Cammas puis Loïck Peyron. 


Confiant, le skipper prévenait dès le départ : "J'ai le bateau le plus puissant de la flotte, conçu pour naviguer dans le vent du mauvais temps des quarantièmes rugissants et des cinquantièmes hurlants", et les avaries dont ont été victimes ses concurrents lui ont donné raison. Et le futur gagnant avait déjà presque un discours de favori avant de prendre la mer : "J'ai un peu de pression, car on m'a dit : 'Ton bateau a gagné il y a huit ans, il y a quatre ans, donc si tu ne gagnes pas là tu es vraiment un âne !'" Ils n'étaient pas nombreux à le penser.


Cette victoire avec un bateau recyclé sonne comme un souvenir de la première Route du Rhum de Francis Joyon, en 1990. Le skipper raconte : "J'ai récupéré une épave, plus que ça, c'était deux coques abandonnées qui faisaient 21 m de long. Et 15 jours avant le départ, les organisateurs ont décidé que les anciens bateaux devaient se conformer aux nouvelles normes". Cette nouvelle norme imposait une longueur de 18 m. Le skipper, qui a débuté comme charpentier de marine, s'exécute et modifie in extremis son bateau : "J'ai dû couper à l’arrache sur le départ". Avec 3 m de coque en moins, il s'élance et termine dixième de l'épreuve.

Navigateur écolo

Si Joyon est bricoleur, c'est notamment parce qu'il est écolo. "Moi je suis très sensible par ce qu'il se passe sur la planète. Construire un bateau neuf c'est aussi avoir une empreinte carbone très lourde. Là, l'empreinte carbone n'est pas trop lourde parce qu'on utilise quelque chose d'existant, on le fait vivre et durer, ça correspond bien à ma philosophie quand j'étais jeune et que je recyclais des morceaux de coques et que je retapais des bateaux pour aller courir. Je me sens plus en paix avec moi-même que le fait de faire un bateau neuf de A à Z", explique le skipper. 


En 2008, déjà, Francis Joyon expliquait sa difficulté à faire des compromis par l'impératif écologique : "Cela m'inquiète d'avoir vu la banquise aussi disloquée. Cela confirme le réchauffement. Quand on en fait le tour, on est conscient que la planète n'est pas si grande que cela. Même si je le fais mal, il faut faire passer le message pour la protéger et continuer à exister."

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