Comment les coureurs du Tour de France 2019 gèrent-ils la canicule ?

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Canicule : la France face à une vague de chaleur exceptionnelle

CYCLISME – À partir de ce mardi, et alors que le Tour de France 2019 entre dans sa troisième semaine, les coureurs devront composer avec la canicule qui frappe le pays. Ce qui implique quelques adaptations.

"La chaleur, c’est mon prochain axe de travail", annonçait solennellement Thibault Pinot en 2015, après que Christopher Froome et Richie Porte ont tué dans l’œuf toute concurrence lors de la première ascension de cette édition. Cette semaine, le leader français de Groupama-FDJ aura l’occasion de cueillir les fruits de ce travail, lui qui aborde, après une démonstration de force ce week-end dans les Pyrénées, la troisième semaine de l’édition 2019 à la 4e place du classement général, au moment même où la canicule va faire sévèrement grimper la température, et ce à deux jours des Alpes.

Ce mardi, au départ de la 16e étape figurant une boucle (relativement plate) autour de Nîmes, le thermomètre affichait déjà 37 degrés à 13h30, et devrait monter progressivement au fil de l'après-midi, pour atteindre la barre des 40 degrés. Et les prévisions pour les jours à venir ne laissent rien augurer de plus frais. Dès lors, tous les coureurs doivent prendre des dispositions, alors que leurs organismes trinquent depuis deux semaines. Une bonne nouvelle tout de même les concernant : l’étape du jour, consécutive à un jour de repos, ne présente pas de difficulté majeure. Mais les trois étapes à venir, entre jeudi et samedi dans les Alpes, s’annoncent, elles, infernales.

Garder la tête froide

"Quand on roule en plaine ou dans une vallée, à quarante à l’heure, on va suffisamment vite pour se refroidir avec le vent. Mais quand on arrive en montée à 18 km/h, que le bitume fond, on va prendre une telle accumulation de chaleur qu’en l’espace de trente minutes, on peut prendre deux à trois degrés d’écart", compare ainsi, dans L’Équipe, Denis Riché, nutritionniste de l’équipe Groupama-FDJ. Pour qui la première clé, dans pareil contexte, est de garder la tête froide, sans mauvais jeu de mots : "Pour être capable de supporter des contraintes thermiques défavorables et d’en faire un avantage, il faut être frais, à l’abri du stress, ne pas disperser son énergie. La chaleur, c’est la survie. Si on est déjà en survie face au stress, on aura déjà moins de moyens pour supporter cette chaleur."

On leur sert une eau à environ 20 °C, surtout pas glacée.Hubert Long, docteur de l’équipe Total Direct Energie

Mais, bien sûr, on ne lutte pas contre la chaleur via la seule psychologie, surtout dans une étape de 177 km avec une dépense énergétique maximale. Et, bien sûr, quand l’effort physique conjugué au cagnard font grimper la température corporelle, il s’agit, en premier lieu, de s’arroser plus fréquemment qu’à l’accoutumée. Mais pas seulement. "On donne aussi des antithermiques comme le paracétamol, un à deux grammes qui empêchent une hausse élevée de la température du corps, détaille Hubert Long, docteur de l’équipe Total Direct Energie, dans Le Parisien. Il faut éviter l’hyperthermie. L’autre axe, c’est l’hydratation maximale, en n’oubliant pas les sels minéraux car on en élimine beaucoup par sudation. On leur sert une eau à environ 20 °C, surtout pas glacée. Il y a aussi le passage de serviettes fraîches sur des zones réflexogènes comme la nuque."

L’idée étant, en l’occurrence, de limiter les gros dégâts que peuvent causer le franchissement de certaines vallées. Mais les spécialistes précisent cependant que le gros du travail des équipes médicales s’effectue à la fin desdites étapes. "On va peser les coureurs. S’ils ont perdu plus d’un kilo, il faut agir immédiatement, ajoute le docteur Long. Il faut savoir que, dans une étape classique, le coureur perd à peu près un kilo. Lors de chaleurs intenses, j’ai vu des gars perdre 3 kilos !"

Voilà pour les grandes bases. Charge, ensuite, à chaque équipe, selon sa volonté ou ses moyens, de mettre en œuvre des dispositifs plus spécifiques. L’axe de travail évoqué par Thibault Pinot en 2015 implique ainsi, chez Groupama-FDJ, des séances récurrentes... de sauna. Pour exercer, puis habituer le corps. Et pas seulement à la canicule. Thibault Pinot, dans L’Équipe ce mardi : "L’an dernier, on a eu un été chaud, et j’ai rajouté des séances de sauna chez moi. J’avais un peu peur des phénomènes opposés de la chaleur en course et de la climatisation dans les hôtels. Le bilan a été bon, je n’ai pas eu de problèmes de santé. Enfin un grand Tour où je ne tombais pas malade." Car oui, c’est une des conséquences souvent insoupçonnées de la canicule : le méchant coup de froid qui fait éternuer sous le cagnard.

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