Vendée Globe : le Pot-au-Noir, là où le vent n'en fait qu'à sa tête

Vendée Globe : le Pot-au-Noir, là où le vent n'en fait qu'à sa tête
Vendée Globe 2020 : l’Everest des mers

PIÈGE - Après plus d'une semaine en mer, le Pot-au-Noir est en ligne de mire pour les participants du 9e Vendée Globe. Une zone redoutée qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur la course.

Demandez-leur, les skippers vous diront qu'ils préfèrent l'avoir dans leur sillage. Après avoir appareillé depuis les Sables-d'Olonne, le 8 novembre, les 32 marins encore engagés sur la 9e édition du Vendée Globe barrent actuellement pour redescendre l'Atlantique. Alex Thomson (Hugo Boss) et ses premiers poursuivants foncent vers le Pot-au-Noir, qu'ils traverseront à l'aller puis au retour, à la mi-janvier. 

Située entre le 8° et le 3° Nord, cette zone de convergence intertropicale (ZCIT) forme une ceinture de la pointe du Brésil aux côtes africaines, qui délimite les deux hémisphères. Cette bande de plusieurs centaines de kilomètres est l'endroit précis où se rencontrent les alizés du Nord-Est et du Sud-Ouest. Leur affrontement crée un no man's land météorologique très instable pour quiconque le traverse. 

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C'est un endroit spectaculaire et impressionnant- Samantha Davies, skippeuse Initiatives-Cœur

Dans cette zone tampon, les températures élevées de l'eau (entre 27° et 29°) et de l'air (entre 35° et 40°) génèrent une très forte évaporation. Le taux d'humidité, proche de 100%, favorise la formation de cumulonimbus, de gros nuages à la forme d'enclume en haute altitude, très noirs à la base, qui chargent le ciel et occasionnent par alternance des pluies diluviennes, des violents orages, des grains éphémères et des calmes plats. "C'est un endroit spectaculaire et impressionnant", explique à LCI la skippeuse britannique Samantha Davies (Initiatives-Cœur), en lice pour son troisième tour du monde, après 2008 et 2012. "Les conditions sont très changeantes. Il y a beaucoup de changements de voile, c'est très fatigant."

Étymologiquement, le Pot-au-Noir n'a aucun lien avec le monde maritime. Il ferait référence, selon les explications, à une jarre capverdienne ou à la traite des Noirs, débutée au XVIe siècle, au cours de laquelle les négriers, profitant de l'avancée lente des navires dans cette zone de basses pressions, passaient les esclaves malades par-dessus bord. Plus sûrement, ce mot fait écho à un jeu apparenté au colin-maillard, dans lequel une personne, les yeux bandés, devait en trouver d'autres. Lorsqu'elle risquait de se cogner dans quelque chose, on la mettait en garde contre le "pot-au-noir", une zone dangereuse, sous peine de finir la partie avec un œil au beurre noir. Par extension, la formule "pot-au-noir" fait allusion à un piège.

On reste à la merci d'un système de vents, qui est complètement sporadique et instable- Louis Burton, skipper Bureau Vallée 2

Dans le contexte du Vendée Globe, l'expression trouve tout son sens. Cette zone intertropicale, tant redoutée par les skippers, rend les projections de navigation quasiment illisibles. Il est impossible pour les marins de prévoir les changements de temps et donc de planifier leur trajectoire à l'avance. 

"C'est très compliqué à aborder. On essaie de gérer au mieux. On arrive avec les poteaux satellitaires à voir l'évolution des nuages et on sait reconnaître quand il est en train de se former ou de se déformer. Mais on reste à la merci d'un système de vents, qui est complètement sporadique et instable", nous décrit le navigateur Louis Burton (Bureau Vallée 2). "On arrive parfois à négocier certains nuages, mais des fois, il y a des trucs tellement gros qui se forment qu'on se fait prendre dans la pétole, sans pouvoir rien faire. Ce passage est une vraie angoisse, pas en termes de navigation mais au niveau compétition."

On peut rester englué dedans pendant des jours et des jours- Samantha Davies, skippeuse Initiatives-Cœur

Ainsi, à la barre de leur voilier, les participants peuvent avoir la chance de naviguer sous des grains violents ou bien le malheur de devoir s'éterniser sur une mer calme, sans un brin d'air à l'horizon. "On peut rester englué dedans pendant des jours et des jours", reconnaît Sam Davies. "Ça peut être très long."

"Je suis déjà arrivé sur le Pot-au-Noir dans une Transat Jacques Vabre à la 4e position et j'en suis ressorti à la 9e position, sans avoir rien pu faire et en m'étant fait doubler par des bateaux que je voyais passer à dix kilomètres sur ma gauche ou sur ma droite", se souvient Louis Burton, évoquant "un sentiment d'impuissance" face aux éléments. "C'est une zone particulièrement injuste parfois et donc c'est une grosse angoisse. Mais on sait qu'une fois qu'on a dépassé cet endroit, on passe dans l'hémisphère sud. C'est une sorte de porte d'entrée, une porte vers la délivrance, une fois qu'on en est sorti."

Exigeante, sa traversée peut-elle aller jusqu'à ruiner tout espoir de victoire finale ? "On peut perdre, oui", assure Sam Davies. "C'est une réalité. On peut perdre à cause du Pot-au-Noir. C'est un passage redoutable", abonde Louis Burton, engagé, lui aussi, sur son troisième Vendée Globe. "Mais on peut aussi gagner grâce à lui. C'est arrivé à Alain Gautier en 1992 qui raconte qu'il a eu un bol pas possible, à l'aller, dans cette zone-là. Ça lui a permis de prendre énormément d'avance sur ses concurrents. Et il a réussi à la faire fructifier pour l'emporter." La preuve que tout y est possible, à condition d'avoir le vent pour soi.

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