"Il n'y a pas d'épicerie du coin en mer" : que mangent les skippers du Vendée Globe ?

"Il n'y a pas d'épicerie du coin en mer" : que mangent les skippers du Vendée Globe ?
Vendée Globe 2020 : l’Everest des mers

À TABLE ! - Plongés dans la course, les navigateurs du Vendée Globe n'ont pas le temps de se préparer de bons petits plats. Alors, que mangent-ils ? Samantha Davies, Louis Burton et Charlie Dalin ouvrent à LCI leurs bannettes et sacs de nourriture.

Mieux vaut avoir le ventre plein pour gravir "l'Everest des mers". Les Sables-d'Olonne derrière eux, les 32 marins d'eau salée encore engagés font désormais face à l'immensité bleue. Pendant un peu plus de deux mois, pour les plus rapides, sur plus de 40.000 kilomètres, ils vont être confrontés à de nombreux défis physiques et psychologiques. Pour tenir le coup, seuls en pleine mer, une bonne alimentation est essentielle, au même titre qu'un sommeil suffisant et une hydratation régulière. Car, pour pouvoir réussir son Vendée et arriver au bout de sa traversée du globe, la performance passe aussi par l'assiette.

La nourriture, c'est l'huile dans le moteur des skippers. Une composante de la course dont il ne faut pas négliger l'importance. En 2016, Louis Burton l'a appris à ses dépens. Il avait commis l'erreur de la mettre de côté. "J'avais considéré que ce n'était pas central dans la préparation. J'en ai pas mal souffert. J'avais des repas lyophilisés qui avaient l'avantage d'être légers mais pas beaucoup de goût", raconte à LCI le skipper de Bureau Vallée 2, qui a depuis pris "un virage à 180 degrés". "Aujourd'hui, j'ai à bord uniquement de la nourriture de grande qualité et mise sous vide. J'y accorde énormément d'importance." 

Jusqu'à 6000 kcal dépensés

Appareiller sur un Vendée Globe, c'est prévoir 80 à 90 jours de provisions, parfois plus, tout en tenant compte des besoins et des envies qui ne sont pas les mêmes, que l'on soit sous les chaleurs des tropiques ou dans les immensités glaciales du Grand Sud. La dépense énergétique quotidienne nécessaire à un marin solitaire est estimée en moyenne à 4000 kilocalories, et jusqu'à 6000 dans les zones les plus extrêmes de la planète. Soit deux fois plus d'apport calorique qu'un Terrien.

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"Il faut absolument réussir l'avitaillement", nous confie Charlie Dalin, qui participe à sa première édition sur son monocoque Apivia. "On ne peut pas s'arrêter sur la route pour acheter quelque chose qu'on aurait oublié. Il n'y a pas d'épicerie du coin en mer." 

"Il faut viser juste sur ce qu'on emmène. Si on a en a trop, c'est du poids en trop qu'on a embarqué, et on sait que le poids est l'ennemi de la performance. Si on n'en a pas assez, cela veut dire se rationner en fin de course, ce qui n'est pas bien non plus. C'est un calcul qui n'est pas simple", ajoute le skippeur de 36 ans, qui s'est attaché les services d'une nutritionniste spécialisée pour valider les plats et les quantités journalières à emporter. 

Lyophilisé ou appertisé

Que trouve-t-on, concrètement, dans l'assiette des navigateurs ? Pour une grande partie de la flotte, l'avitaillement est constitué de 40 à 50% de produits appertisés et 50 à 60% d'aliments lyophilisés. Et, bien évidemment, chacun a sa préférence, avec les avantages et les contraintes qui leur sont inhérents. 

"Moi, j'aime les plats lyophilisés", indique à LCI Sam Davies, à bord du voilier Initiatives-Cœur. "Ils ont fait de grands progrès en termes de variété et qualité gustative. Il y a des pâtes bolognaise, des currys, du poulet-patates douces... Je ne suis pas végétarienne mais je préfère les plats sans trop de viande. Je trouve qu'elle a du mal à bien se réhydrater. Ce n'est pas terrible de manger si ce n'est pas réhydraté, on peut avoir mal au ventre."

J'ai rencontré un fabricant qui me prépare des plats comme des bocaux de grands-mères- Louis Burton, skippeur Bureau Vallée 2

"Il y a pas mal le choix, mais lorsqu'on en mange, on a l'impression que lorsqu'on prend du poisson, du poulet... ça a un peu toujours le même goût", s'amuse Charlie Dalin. "Ma nutritionniste m'a poussé à emmener des plats appertisés pour des questions de qualité. Les aliments sont mieux conservés." 

Les produits sous vide, c'est aussi le choix alimentaire qu'a fait Louis Burton. "J'ai rencontré un fabricant, le Bon Bag, qui est un cuisinier traditionnel français. Il me prépare des plats comme des bocaux de grands-mères. La nourriture est conditionnée dans des sachets appertisés, qui ont des DLC (dates limites de consommation) hyper longues. J'agrémente ça d'une super huile d'olive, qui est faite par des amis en Provence. Ça relève le goût des plats que je mange."

À bord, pas de grande cuisine donc. Il faut dire que sur leur voilier, dans un espace réduit à une dizaine de m², où il est difficile de tenir debout, ils n'ont pas d'autre choix. Les équipements sont sommaires. "Pour des questions de poids et de consommation électrique, je n'ai pas de réfrigérateur ou congélateur. Je n'ai ni four ni micro-ondes. J'ai juste un petit réchaud de randonnée. En termes d'ustensile de cuisine, j'ai une casserole, une bouilloire, une cuillère en bois, une fourchette et une cuillère à soupe. On est loin du service en porcelaine des grands-parents", sourit Charlie Dalin. "L'objectif c'est de partir très léger. La casserole me sert à réchauffer mes plats sous vide et la bouilloire à chauffer l'eau pour hydrater mes plats lyophilisés." 

Il y a un danger grave à bord : la brûlure- Samantha Davies, skippeuse Initiatives-Cœur

Malgré tout, un danger guette les skippers. À bord de son Banque Populaire X pour son tout premier Vendée Globe, Clarisse Crémer en a fait la douloureuse expérience. La skippeuse morbihannaise a expliqué s'être brûlée le pubis en renversant sa tasse de thé. "Il y a un danger grave qui est la brûlure", confirme Sam Davies, qui a pour habitude de préparer son porridge dans son mug fétiche. "J'ai un petit réchaud de camping pour faire chauffer l'eau. Il faut faire vachement attention."

Plaisirs (non) coupables

Au-delà de servir de repères dans leurs journées, où il est facile de perdre la notion du temps, manger leur permet aussi d'apaiser leurs maux. Comme vous, lorsque vous dégustez un carré de chocolat sur le canapé, les 32 engagés ont parfois besoin d'un peu de réconfort. Un moment lors duquel ils s'accordent quelques excès. "Tous les jours, j'ai un quartier libre pendant lequel je mange un peu ce que je veux. C'est comptabilisé mais c'est dans les extras", reconnaît Charlie Dalin. 

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"J'ai  le droit à plus d'un carré de chocolat par jour", nous glisse malicieusement Sam Davies. "Nos bateaux sont très physiques donc je n'ai pas à m'inquiéter sur ma ligne. Ça peut être un plaisir ou une motivation pour la journée. Le Vendée Globe, c'est très long. Si j'ai un gros changement de voile que je dois faire et que le bateau est à nouveau en route avec la nouvelle voile, je me fais un petit plaisir." Outre du chocolat, elle a emmené dans ses sacs des pâtes, du riz, du fromage, de la charcuterie, du thé, du lait, des gâteaux, des fruits secs, du pain, des smoothies et quelques produits frais pour les premières semaines. 

"C'est un élément de plaisir qui permet de garder le moral, ce qui n'est pas à négliger", abonde Louis Burton. "Quand on est dans un environnement où il y a énormément de privations, comme sur le Vendée Globe, on ressent encore plus de plaisir. Avoir le ventre bien rempli, ça permet de se libérer l'esprit." Un temps calme avant de retourner voguer vers l'inconnu. 

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