L'Arabie saoudite organise en grande pompe son premier combat de catch féminin (mais couvre les catcheuses)

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PREMIERE - De célèbres catcheuses américaines ont combattu jeudi 31 octobre dans des costumes bien plus couvrants qu'à l'accoutumée lors du tout premier match féminin organisé en Arabie saoudite, royaume ultra-conservateur qui tente de changer son image par le sport.

L’année dernière encore, cela aurait été inimaginable. En a témoigné le début de scandale alors né d’une simple apparition fugace de catcheuses en tenues traditionnelles à l’échelle de ce sport, c’est-à-dire très courtement vêtues, sur un écran géant du King Saud University Stadium de Djedda, en Arabie saoudite, où se tenait le premier "Crown Jewel" organisé dans le royaume wahhabite, très épris de catch. Cet événement sportif, parmi les plus suivis dans le monde, était resté, en 2018, exclusivement masculin. Et cette vidéo promotionnelle diffusée sans y prendre garde avait choqué l’opinion saoudienne, contraignant les autorités à s’excuser publiquement pour ces images "indécentes" (on les cite).  

"C'est n'importe quoi"

Un an plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. Car non seulement l’événement phare de la célèbre World Wrestling Entertainment (WWE), qui a signé en 2018 un lucratif partenariat avec l’Arabie saoudite pour que le "Crown Jewel" ait lieu sur ses terres, s’est invité dans un encore plus grand stade, le King Fahd de la capitale Ryad, mais des femmes ont, en outre, été autorisées à y combattre pour la toute première fois. C’était jeudi soir et l’envoyé spécial de l’AFP a relaté que, lorsque les deux combattantes sont montées sur le ring avec leurs cheveux blonds à l’air libre, un adolescent assis en tribunes a rigolé puis chuchoté à l'un de ses amis : "C'est n'importe quoi."

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La Canadienne Natalya et l’Américaine Lacey Evans, figures de la discipline, portaient, en revanche, des combinaisons noires recouvertes de très amples t-shirts, pour se conformer à la loi locale selon laquelle les femmes, même étrangères, doivent cacher leurs formes, sous peine d’emprisonnement. "Le sport d'accord, mais ces spectacles de femmes, honnêtement... Que les femmes conduisent, c'est déjà un choc pour moi. Je ne suis pas contre mais il faut s'habituer", a réagi, à titre d’exemple évocateur, Ali, 40 ans, venu assister au spectacle avec ses deux enfants (dont une fille).

"Women’s Right"

L’organisation de ce combat historique s'inscrit dans un double contexte. D’un côté, la WWE accorde une place grandissante à ses combattantes. Simples faire-valoir aux apparitions minutées il y a encore quelques années, les catcheuses occupent désormais une place proéminente à chaque manifestation, quand ce n'est pas le combat principal. Témoin, la dernière édition de Wrestlemania, grand-messe de ce sport-divertissement, qui avait vu Becky Lynch, Charlotte et l'ex-star du MMA Ronda Rousey conclure ce show aux dizaines de millions de téléspectateurs

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De l’autre, le prince héritier, Mohammed Ben Salmane, a lancé un grand plan de développement nommé "Vision 2030", visant à moderniser l’image ultra-conservatrice du pays, notamment à travers le sport. Ainsi, depuis 2016, les femmes peuvent s’inscrire dans des clubs de gymnastique et les filles pratiquer le sport à l’école. Et depuis 2018, les Saoudiennes sont autorisées à se rendre dans des stades, au sein de sections leur étant dédiées et dans trois villes seulement (Djedda, Dammam et Riyad)... Coïncidence savoureuse, ou du moins très ironique, relevée par Le Monde : l’une des combattantes ayant disputé le combat de jeudi soir à Ryad  a pour prise de finition (celle censée mettre fin au combat) un coup nommé "Women’s Right". Oui, "Droit des femmes" en anglais.

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