50 euros contre un don de selles : pris d'assaut, l'hôpital Saint-Antoine abandonne en "catastrophe" son étude

50 euros contre un don de selles : pris d'assaut, l'hôpital Saint-Antoine abandonne en "catastrophe" son étude

Bien-être
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FIASCO - L'hôpital Saint-Antoine, à Paris, a été contraint de mettre un coup d'arrêt à son étude REBALANCE-UC. L'établissement, qui promettait un dédommagement de 50 euros en échange de dons de selles, croule sous les appels, rendant la situation totalement ingérable. L'un des médecins regrette auprès de LCI cette "catastrophe" dont de nombreux patients vont pâtir.

La nouvelle avait circulé comme une traînée de poudre. Suite à une affiche postée sur les réseaux sociaux par un internaute, le grand public a pris connaissance d'une offre plutôt intéressante : l'hôpital parisien de Saint-Antoine propose de faire don de ses selles, en échange d'un chèque de 50 euros. De quoi attirer de nombreux intéressés. Trop même.


Joint par téléphone, le professeur de gastro-entérologie Harry Sokol affirme à LCI que lui et ses collègues ont été contraints de mettre un terme à l'étude suite à "une communication désastreuse", qui a donné lieu à un nombre accablant d'appels. La majorité des intéressés semblent en effet avoir seulement accordé un intérêt particulier à la somme d'argent allouée à leur défécation, sans prendre en compte le caractère scientifique et plutôt lourd de la démarche.

Une selle, 50 euros : pas si simple

"Il ne s’agit pas d’acheter des selles aux gens pour les analyser comme ça. C’est une étude, un essai clinique de transplantation de microbiote fécal chez des patients qui ont une maladie qui s’appelle la rectocolite hémorragique. Dans ce cadre-là, on recherche des donneurs de selles comme il y a des donneurs de sang", indique Harry Sokol.


Comme pour les dons de sang donc, les donneurs sont sélectionnés sur de nombreux critères : être âgés de 18 à 49 ans, affiliés à un régime de sécurité sociale française, ne pas avoir voyagé dans des zones tropicales ou pris d'antibiotiques récemment, ne pas avoir d'antécédent médical particulier... "Quand on met tous les critères bout à bout, il ne reste logiquement plus beaucoup de monde", souligne le gastro-entérologue. 


Une fois ces critères réunis, les volontaires devaient ensuite se soumettre à un large bilan biologique avec "énormément de prises de sang et d'examens de selles". Et enfin, une consultation avec un médecin. "C’est n’est pas 'je donne mes selles, on me donne 50 euros'. Il s'agit d'un dédommagement dans le cadre de la recherche qui se justifie tout à fait par la lourdeur de la procédure", précise le spécialiste.

Nous avons bloqué le numéro de téléphone, mais les gens appellent maintenant directement le standard de l’hôpital.Harry Sokol, gastro-entérologue à l'hôpital Saint-Antoine

Suite à l’incompréhension qu'a suscité cette annonce, le nombre d'intéressés qui se sont manifestés a donc été tel que l'hôpital a dû arrêter l'étude. "C’est une véritable catastrophe. Nous ne pouvons même plus décrocher le téléphone. Nous avons bloqué le numéro, mais les gens appellent maintenant directement le standard de l’hôpital qui ne s’en sort plus. Certaines personnes débarquent aussi à l’hôpital. Et vous imaginez bien que l’écrasante majorité des gens ont été attirés par la somme d'argent et ne sont pas sérieux." Harry Sokol n'a pas été en mesure de nous dire quand l'étude allait être relancée. Il regrette amèrement les conséquences de ce fiasco : une liste d'attente de patients volontaires qui voient leurs espoirs de guérison reportés à une date indéterminé.

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