Pourquoi vous ne devez pas (forcément) prendre des antibiotiques si vous avez la gastro-entérite

Bien-être
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AVERTISSEMENT - La gastro-entérite fait son grand retour en ce mois de novembre. Mais, si la maladie peut être très violente, ce n'est pas une raison pour prescrire des antibiotiques à tour de bras, met en garde le chercheur Jean-Marie Cohen. Car, dans neuf cas sur dix, ceux-ci sont inefficaces. Cela risque en outre de favoriser l'antibiorésistance, responsable de 13.000 décès par an en France.

Dans certaines régions, le seuil épidémique de la gastro-entérite a déjà été atteint en cette mi-novembre. C’est le cas de l’Île-de-France, des Hauts-de-France, du Grand Est et des Pays-de-la-Loire. Nombreux sont donc les patients à consulter leur médecin généraliste, voire à se rendre aux urgences.


Malgré la violence des symptômes et le désagrément qu'ils peuvent causer, il n'est dans la grande majorité pas nécessaire de prendre des antibiotiques. Le médecin et chercheur au réseau d'observation des maladies et des épidémies Open Rome Jean-Marie Cohen nous explique les dangers de leur prescription abusive.

Des antibiotiques inefficaces contre la gastro dans 9 cas sur 10

"La plupart du temps, la prescription d’antibiotiques se fait chez les enfants", explique celui qui est aussi chercheur au laboratoire Parcours santé systémique à l'université de Lyon. Cela s'explique par deux cas de figure : soit ce sont les parents qui sont très inquiets et qui font pression sur le médecin pour se voir prescrire ce genre de médicaments, soit il s'agit du médecin, qui, pas très sûr de l'origine de cette gastro-entérite, préfère se protéger en conseillant ce traitement.


Or, précise-t-il, "les antibiotiques sont inefficaces contre la gastro car elle est virale dans neuf cas sur dix". Les antibiotiques, eux, ne sont efficaces que contre les bactéries. "Quand vous mangez un gâteau contaminé parce qu’il a traîné un peu trop longtemps dehors où qu’il n’a pas été gardé au frais, vous avez là une gastro d’ordre bactérienne qui nécessite un antibiotique", donne pour exemple Jean-Marie Cohen. En dehors de ce cas de figure, la meilleure façon de soigner la gastro-entérite, rappelle-t-il, est de veiller à la bonne hydratation et au repos du malade.

13.000 Français meurent chaque année de l'antibiorésistance

Si le docteur Cohen milite autant pour l'utilisation raisonnée des antibiotiques, c'est parce que ceux-ci sont de moins en moins efficaces. "Lorsque l'on se sert des antibiotiques, cela tue toutes les bactéries qui y sont sensibles, y compris celles qui n'étaient pas visées par le traitement. Ne restent alors que celles qui y sont résistantes. Et le jour où un malade développe une infection, il se peut que celle-ci soit provoquée par une bactérie devenue résistante aux antibiotiques. Ceux-ci ne feront donc pas effet".


L'année dernière, une septuagénaire américaine est ainsi décédée après avoir développée une infection due à une bactérie résistante à 26 antibiotiques différents. En France, deuxième consommateur d'antibiotiques au sein de l'OCDE, plus de 13.000 personnes décèdent chaque année de l'antibiorésistance.

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Résistance aux antibiotiques : quelles sont les causes ?

Dans cette situation, le plus gros problème est l'état du stock d'antibiotiques. Car si, dans les années 50, les scientifiques en trouvaient trois à quatre nouveaux chaque année, les découvertes se font beaucoup plus rares. Elles sont désormais de l'ordre d'un antibiotique tous les dix ans environ. La faute, notamment, au fait que le marché est beaucoup moins rentable que celui de médicaments donnés au long cours. "Les firmes pharmaceutiques ont peu investi dans cette recherche", explique l'Inserm. De quoi, aujourd'hui, considérer ces armes anti-bactériennes comme "un trésor de l'Humanité" à utiliser avec grande modération.

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