Alerte sur les fongicides SDHI : "Nous ne savons pas si cela va créer une catastrophe sanitaire"

Bien-être

ENVIRONNEMENT – Dans une nouvelle étude, des chercheurs de l’Inserm mettent en garde contre les fongicides SDHI, utilisés notamment dans l’agriculture, qui seraient nocifs pour la santé humaine. Pierre Rustin, le directeur de ces travaux, nous en dit plus.

Ils seraient "toxiques pour les cellules humaines". Des scientifiques de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont réalisé une étude pour connaître les dangers des fongicides SDHI, des pesticides commercialisés en France et utilisés dans l’agriculture.

Les chercheurs ont analysé les effets de ces pesticides sur la santé humaine, et ils ne sont pas vraiment rassurants. Massivement utilisés sur les cultures et donc contenus dans de nombreux aliments, ces fongicides seraient nocifs pour les cellules humaines, et leur utilisation "à usage préventif" inquiète. LCI a interrogé Pierre Rustin, le directeur de l’étude, pour en savoir plus sur ces substances et leurs conséquences sur les consommateurs.

LCI : Qu’est-ce qu’un fongicide SDHI ?

Pierre Rustin : Les fongicides sont une sous-classe des pesticides. C’est une substance qui est destinée à bloquer la vie des champignons et des moisissures. Mais la plupart n’ont pas une action spécifique vis-à-vis des champignons. Malheureusement, ils sont aussi capables de bloquer la respiration d’autres organismes vivants : insectes, vers de terre, abeilles…

Les fongicides SDHI sont surtout utilisés dans l’agriculture, sur les champs de blé, de fraises, de raisins et de beaucoup de fruits en général. C’est employé très fortement en France. C’est également cette substance qui est utilisée pour traiter la pelouse des terrains de foot et de golf.

On ne peut pas utiliser ces pesticides juste par précaution- Pierre Rustin

Vous pointez également du doigt le fait qu’ils soient utilisés à usage préventif…

Oui, c’est de la folie d’utiliser ces fongicides en préventif. Ils sont en effet utilisés en prévention des infections, ce qui favorise les résistances à cette substance. Cela cause l’apparition de nouveaux fongicides tous les 4 ou 5 ans. Au bout d’un moment, cela va créer de multiples résistances, et les champignons vont devenir imperméables à toutes ces substances.

On ne peut pas déverser dans les champs des produits dont on ne connaît pas toutes les conséquences. C’est comme si chez vous, vous aviez des cafards. Vous utiliseriez des pesticides pour les faire partir, mais vous n'en remettriez pas tous les ans, juste par principe de précaution, sinon il y aurait des conséquences sur la maison. C’est le même principe, on ne devrait pas les utiliser juste par précaution.

Qui peut être touché par ces fongicides ?

Nous savons déjà que l’homme est imprégné par ces fongicides, puisque nous en avons retrouvés dans les cheveux humains. Chez l’animal, le rat en particulier, cela crée des tumeurs, même si ce ne sont pas exactement les mêmes tumeurs que chez l’homme. Contrairement à ce que les firmes déclarent, cela montre que ces fongicides ne sont pas détruits rapidement dans l’organisme.

Ce qui est également très clair, c’est que cela va avoir un impact énorme sur la biodiversité. Ces substances tuent tout, y compris ce qui est nécessaire à la biodiversité.

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Quels peuvent être les risques de ce fongicide sur l’être humain ?

Les fongicides SDHI bloquent la succinate déshydrogénase (SDH), qui est une enzyme qui permet la respiration cellulaire. Nous nous sommes aperçus, sur des patients ayant une mutation génétique, que lorsque l’on bloque la SDH, cela cause des maladies neurologiques, telles que Parkinson ou Alzheimer. Ces maladies peuvent apparaître rapidement ou très lentement, cela varie selon les individus.

À l’heure actuelle, nous sommes incapables de prédire ce qu’il va se passer et de savoir si ce sera pareil pour tous les individus. Nous ne savons pas si cela va créer une catastrophe sanitaire, ou non. Mais le danger est certain, la toxicité cellulaire est absolument claire. On observe d’ailleurs déjà des maladies neurologiques dans le monde paysan.

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