Allaiter avec des prothèses ou après une réduction mammaire, c'est possible ?

Bien-être
MATERNITÉ - La pose de prothèses et la réduction mammaire font partie des deux opérations esthétiques les plus pratiquées en France. Nous avons demandé à une consultante en lactation si de telles interventions étaient par la suite compatibles avec un projet d'allaitement.

Durant les dix dernières années, l'augmentation mammaire est une opération en plein essor. En 2016, l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery (ISAPS) dénombrait 42.000 augmentations mammaires par prothèse en silicone en France, ce qui en fait l'opération la plus répandue. La réduction mammaire, elle, se place juste derrière, avec plus de 20.000 interventions.


Mais ces opérations, si nécessaires qu'elles puissent être pour le psychique et le physique des patientes, peuvent elles se corréler avec un projet d'allaitement ? LCI fait le point avec Léa Cohen consultante en lactation.

L'opération par l'aréole, ou l'allaitement compromis

"Dans l'absolu, il est tout à fait possible d’allaiter si l'on a des prothèses ou subi une réduction mammaire", assure Léa Cohen. Mais tout dépend de la technique utilisée lors de l'opération. Certains chirurgiens favorisent en effet, pour des questions d'esthétique, l'opération par l'aréole. Celle-ci est ôtée pour insérer la prothèse dans le sein, où retirer des tissus dans le cas d'une réduction, avant d'être recousue. La cicatrice est alors très peu visible. Mais dans ce cas, les deux nerfs qui relient l'aréole à la colonne vertébrale, et donc au cerveau, sont sectionnés. "Or, il faut que le cerveau reçoive un message pour enclencher la production d’hormones et la fabrication du lait pour le lendemain. Et si les nerfs sont déconnectés, cela ne fonctionne pas", explique la consultante en lactation. Ceux-ci peuvent, dans certains cas, se "reconnecter", mais il peut persister un dysfonctionnement qui fera que le sein ne produira que peu, ou pas, de lait.


Lors de l'opération, il est également possible que les canaux lactifères qui mènent au mamelon soient sectionnés. Là encore, ceux-ci peuvent "repousser", mais cela est très long et incertain. Dans le cas d'une "déconnexion", le lait ne peut tout simplement plus sortir du sein. "Il disparaît alors et l'allaitement est impossible", résume Léa Cohen. Pour les autres techniques d'opération, lors desquelles le chirurgien passe plutôt par l'aisselle ou le dessous du sein par exemple, le problème ne se pose normalement pas.

Le risque de l'engorgement

Dans le cas d'une pose de prothèse, et quelle que soit la technique avec laquelle elle a été opérée, la femme doit être particulièrement attentive à l'engorgement de ses seins. Causé par une plus grande quantité de lait, ce gonflement l'est aussi, et surtout, par l'augmentation du flux sanguin et de la lymphe dans le tissu mammaire. "En raison de la prothèse, il y a beaucoup moins de place dans le sein et cela peut être très douloureux. Si celui-ci s'engorge de façon importante, cela peut même être dangereux, car le tissu mammaire risque d'éclater", insiste la consultante en lactation. Les alvéoles, gorgées de colostrum [liquide sécrété par la glande mammaire les premiers jours suivant l'accouchement, avant la montée de lait, ndlr.] depuis le milieu de la grossesse, risquent d'autre part d’être écrasées et de ne pas fonctionner ensuite.


Dans ce cas, Léa Cohen conseille dès le troisième jour, où intervient généralement cet engorgement, d'appliquer de la glace sur sa poitrine. "C’est comme lorsque vous vous tordez la cheville et qu’elle enfle. L’œdème est plein de lymphe et vous mettez de la glace pour la faire désenfler." Et d'ajouter : "Il est aussi possible d'appliquer des feuilles de chou crues sur ses seins. Elles ont la qualité de réduire la quantité de lymphe."

Des tissus en moins et une lactation moindre

La réduction mammaire, elle, présente un autre problème : celui de la réduction du tissu. Dans le sein, la graisse, les tissus, les alvéoles et les canaux sont en effet mélangés. Lorsque le chirurgien enlève, par exemple 300 grammes de tissus, il lui est presque impossible de faire le tri. "Il se peut que les seins n'aient pas assez de matière pour réaliser le premier allaitement". Si la consultante parle du premier allaitement, c'est parce que le fait de donner le sein à un enfant stimule la production de ce tissu. "Une mère qui avait fait une réduction mammaire à 15 ans a eu du mal à allaiter son premier enfant, donne pour exemple Léa Cohen. Elle produisait environ 50% de ce dont son bébé avait besoin, et devait compléter par un dispositif d'aide à la lactation (DAL). Elle a cependant persévéré pendant  plusieurs années et tout est ensuite allé très bien pour son deuxième enfant, avec une production de lait normale."

Avant de se lancer dans de telles opérations, il est donc important de prendre en considération ses projets futurs, même si cela n'est pas toujours évident lorsque l'on prend la décision d'augmenter ou de réduire la taille de sa poitrine à l'adolescence. "Si la patiente ne s'est pas bien renseignée - ce qui est souvent c’est le cas - et qu’elle n’imagine pas être peut-être amenée à allaiter plus tard, elle peut être séduite par l’argument de la cicatrice peu visible."

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