Alzheimer : des chercheurs français mettent au point une méthode "plus fine" de diagnostic de la maladie

Bien-être

AVANCÉE - Diagnostiquer plus tôt la maladie d'Alzheimer pour mieux la traiter, voilà le défi que de nombreux chercheurs tentent de relever depuis des années. Une équipe de scientifiques français vient de réaliser une avancée : elle annonce avoir découvert une méthode de diagnostic bien plus précise que celle utilisée jusqu'ici. L'un de ses membres nous l'explique.

La maladie d'Alzheimer, dont la journée mondiale se tient ce samedi 21 septembre, ne devrait plus pouvoir se faufiler entre les mailles du filet bien longtemps. Alors que, selon l'association France Alzheimer, une personne sur deux ne serait pas diagnostiquée de cette maladie qui touche déjà 1,2 million de Français, une équipe de chercheurs associant l’Inserm, l’Université de Paris et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) annonce avoir trouvé une nouvelle méthode de diagnostic par imagerie, bien plus précise que celle qui est actuellement utilisée.

Selon leur étude, publiée dans Neurobiology of Aging, elle permettrait de reconnaître la maladie d’Alzheimer dans 91% des cas, contre 80% avec l’analyse anatomique du cortex cérébral par IRM pratiquée aujourd'hui. Maxime Bertoux, chercheur Inserm dans l'unité des troubles cognitifs dégénératifs et vasculaires et auteur principal de l'étude, nous explique plus précisément de quoi il en retourne.

En quoi consiste concrètement cette découverte ?

Maxime Bertoux : "Il faut savoir que dans le cerveau, les deux-tiers du cortex sont enfouis dans des plis, que l'on nomme les sillons cérébraux. Ceux-ci se forment au cours de l'enfance et s'estompent avec le vieillissement. Dans de précédents travaux, nous avions découvert qu'en cas de maladie neurodégénérative, l'atténuation de ces plis était accélérée. C'est donc à partir de ces connaissances que nous avons cherché à savoir comment cela s'appliquait concrètement pour Alzheimer.

Dans ce but, nous avons effectué une IRM cérébrale chez 51 patients atteints de la maladie, à un stade précoce ou avancé, ainsi que chez 29 participants contrôles non atteints, avant d'utiliser un logiciel récemment développé à NeuroSpin, le centre de neuroimagerie du CEA. Celui-ci nous a permis de créer une sorte de "moule" en négatif du cerveau pour mesurer différents paramètres des sillons cérébraux, dont leur largeur, leur profondeur, ou encore l’amincissement de la matière cérébrale de part et d’autre. Nous avons alors pu observer, entre les patients atteints de la maladie d'Alzheimer et les participants du groupe de contrôle, des différences morphologiques pour une poignée de sillons cérébraux. Ces différences permettaient de déterminer l’état de santé des participants dans 91% des cas, contre seulement 80% avec les mesures actuellement effectuées."

Cette méthode est-elle simple à mettre en place ?

Maxime Bertoux : "Cette méthode est très facile à mettre en place puisqu’elle se base sur une IRM et lorsque vous avez une suspicion de maladie neurodégénérative, vous faites cet examen dans l’écrasante majorité des cas. Il suffit donc de récupérer les résultats de cet examen et, avec un logiciel, les analyser pour extraire les informations et les comparer à une base de données de personnes malades ou non. Pour l'instant, le logiciel existe, c'est d'ailleurs celui que nous avons utilisé, mais il faudra le développer afin qu'il puisse automatiser toute la procédure.

Théoriquement, cela ne coûterait rien d’autre que le développement de ce logiciel et peut-être la formation des personnels médicaux à son utilisation."

Lire aussi

En quoi est-ce une découverte importante ?

Maxime Bertoux : "Chaque découverte est importante dans le sens où elles ajoutent à chaque fois un pavé dans le chemin qui nous permettra un jour un meilleur diagnostic de la maladie. Celle-ci a la particularité d'aller au-delà des méthodes d’IRM actuelles. Elle est plus fine et donc potentiellement plus sensible, ce qui doit encore se vérifier dans l'application clinique. 

D'autre part, si cette méthode ne permet pas de présager l'apparition de la maladie, je pense qu'elle possède un fort potentiel sur ce plan. Il faut en effet énormément de données pour prédire les choses et je pense que si nous appliquions cette méthode à énormément de patients, comme c’est déjà le cas dans certaines cohortes nationales ou internationales, nous pourrions justement identifier certains marqueurs qui permettraient peut-être de prédire la maladie d’Alzheimer, ou en tout cas son avancée. Et plus tôt les patients sont pris en charge, plus il est possible d'appliquer rapidement des mesures adéquates en termes d’aides sociales et médicales, d’accompagnement des patients et de leur famille… Ce qui permet en plus de réduire les coûts pour la sécurité sociale."

Voir aussi

Quelle est la suite logique de ces travaux ?

Maxime Bertoux : "Nous allons d’abord appliquer cette méthode à d’autres maladies pour vérifier que ce que le 'déplissement' des sillons que nous avons observé est bien spécifique à la maladie d’Alzheimer et n'est pas simplement général à toutes les maladies neurodégénératives.

Il faudra également recruter d’autres patients pour vérifier que ce qu’on observe chez 80 patients s’observe aussi chez 1.000 ou 10.000 autres. Il faudra enfin déterminer si cette méthode fait aussi ses preuves avec les aléas de la pratique clinique. C’est-à-dire que dans le cadre de la recherche, pour être certains de ce que nous allons montrer, nous excluons par exemple de nos groupes tous les patients qui ne vont pas avoir des représentations typiques de la maladie ou qui vont avoir des tests qui sont un peu entre deux."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter