Baisse de la qualité du sperme : une étude suisse confirme la tendance mondiale

Bien-être

REPRODUCTION - Le sperme suisse est de mauvaise qualité, selon une étude parue ce mercredi. Chiffre inquiétant : 60% des jeunes Suisses se trouvent en-dessous des normes de l'OMS. C’est la première fois que de telles recherches ont été menées à l’échelle d’un pays.

En Suisse, la qualité du sperme inquiète. Il contiendrait trop peu de spermatozoïdes, provoquant ainsi des difficultés pour procréer, selon une étude publiée ce mercredi 22 mai par la revue spécialisée Andrology. 

C’est la toute première recherche menée à l’échelle d’un pays, à laquelle s’est attelée le département de médecine génétique et de développement de l’université de Genève. Au total, 2 523 jeunes Hommes de 18 à 22 ans conçus et nés en Suisse ont été les cobayes de cette étude, réalisée entre 2005 et 2017. 

47 millions de spermatozoïdes par ml

Trois facteurs déterminent la fertilité : la concentration de spermatozoïdes par millilitre (ml) de sperme, mais aussi leur mobilité et la morphologie des principaux concernés. Et selon l’étude d’Andrology, 60 % des jeunes Suisses ont au moins l’un de ces trois paramètres en dessous des normes de l’Organisation Mondiale de Santé (OMS). 

Dans le pays, la concentration médiane du sperme se quantifie à 47 millions de spermatozoïdes par ml, ce qui place les Suisses "en queue de peloton", d’après les auteurs de l’étude. A l’échelle européenne, seuls le Danemark et la Norvège, tous deux avec 41 millions par ml, sont en dessous. En tête des pays européens, se trouve l’Espagne, avec une concentration de 62 millions par ml. Là encore, difficile de comparer puisque les recherches menées dans les autres pays se sont toutes restreintes à une région, à une ville ou à un groupe d’individus. Dans les pays développés à travers le monde, la concentration de spermatozoïdes est passée de 99 à 47 millions par ml en cinquante ans.

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A partir de quand devient-il difficile de procréer ? Dès 40 millions de spermatozoïdes par ml selon Serge Nef, professeur de l’université de Genève interrogé par Le Monde. Mais c’est surtout en deçà de 15 millions par ml, d’après l’OMS, qu’un homme rencontre de réelles complications pour concevoir un enfant. 

L’étude fait le lien entre tabagisme maternel et dégradation de la qualité du sperme. 18% des jeunes Suisses dont la concentration est inférieure à 15 millions par ml avaient leur mère qui fumait durant la grossesse. Serge Nef pointe également du doigt le taux important de cancers des testicules dans le pays, en progression constante depuis 35 ans et équivalent aujourd’hui à 10 cas pour 100.000 hommes. 

L'environnement, facteur principal ?

Une étude précédente de l’ancien Institut de veille Sanitaire (INVS) avait démontré un lien avec l’environnement, expliquant que les hommes vivant dans des zones agricoles étaient les plus touchés par une dégradation de leur sperme, probablement du fait de leur exposition à des pesticides. Une autre étude réalisée à Taïwan avait quant à elle exposé que la pollution de l’air détériorait la qualité du sperme. Ici, pas de conclusion hâtive puisque la Suisse est l’un des seuls pays épargnés par ce problème environnemental, avec des niveaux de concentration de particules fines dans l’air bien en dessous de ses voisins européens.

Toujours est-il que les causes directes de cette dégradation sont encore à l’étude, les chercheurs ayant prévu de revenir vers les 2 523 conscrits dans une dizaine d’années pour de nouveaux prélèvements. 

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