Cancer : des chercheurs découvrent que le cerveau joue un rôle clé dans son développement

Bien-être

AVANCÉE - Le cancer causé par des neurones ? Voilà l'étonnante découverte d'une équipe de chercheurs de l'Inserm. Dans une étude publiée dans la revue Nature, elle prouve que le cerveau contribue au développement de la maladie. Une découverte qui ouvre la voie à de nouvelles voies thérapeutiques.

Il s'agit d'une découverte majeure dans la recherche contre le cancer. Dans une étude parue au sein de la revue Nature le 15 mai, une équipe de chercheurs de l’Inserm, dirigée par Claire Magnon, annonce avoir démontré que le cerveau est mêlé de façon importante au développement d’une tumeur cancéreuse, du moins pour les cancers de la prostate.

D'après leurs recherches, l'organe fabrique des neurones, aussi appelés cellules nerveuses, capables de migrer via la circulation sanguine, d'alimenter la tumeur et de multiplier les métastases. Une importante découverte qui pourrait donner lieu à la création de nouveaux traitements.

Des neurones retrouvés dans les tumeurs de patients

En 2013, Claire Magnon avait déjà mis en lumière l’infiltration de fibres nerveuses dans les tumeurs de la prostate. Celles-ci avaient été associées à la survenue et à la progression du cancer. D’autres études avaient ensuite permis d’élargir cette découverte à d’autres cancers. Forte de cette avancée, la chercheuse a décidé de creuser davantage en s’intéressant au rôle des neurones dans la formation de ce réseau nerveux.

Elle a pour cela étudié les tumeurs de cinquante-deux patients atteints d’un cancer de la prostate. Et sa découverte s’avère tout aussi importante que la précédente : des cellules nerveuses immatures produisant une protéine appelée doublecortine (DCX), habituellement produite pour la création ou le renouvellement de neurones, sont présentes dans la tumeur où ils atteignent leur maturité. Une présence qui favorise, selon les auteurs de l'étude, l'aggravation de la maladie et la prolifération des métastases. "Cette découverte étonnante atteste de la présence de progéniteurs neuronaux DCX+ en dehors du cerveau chez l’adulte. Et nos travaux montrent qu’ils participent bien à la formation de nouveaux neurones dans les tumeurs", explique Claire Magnon dans un communiqué de presse.

Une migration inattendue des neurones immatures

En étudiant ensuite des souris transgéniques, porteuses de tumeurs, la chercheuse constate par ailleurs que, lors de l’établissement d’une tumeur, les cellules immatures retrouvées au niveau de cette dernière étaient moins nombreuses dans le cerveau. "Il y avait deux explications : soit les cellules DCX+ [les cellules exprimant la protéine DCX]mourraient dans cette région sans qu’on en connaisse la cause, soit elles quittaient cette zone, ce qui pouvait expliquer leur apparition au niveau de la tumeur", indique-t-elle. Différentes expériences montrent finalement que la deuxième hypothèse est la bonne : les cellules migrent en traversant la barrière hémato-encéphalique, chargée de protéger le cerveau et d'habitude très étanche. "Rien ne permet pour l'instant de savoir si ce problème de perméabilité précède l’apparition du cancer sous l’effet d’autres facteurs, ou si elle est provoquée par le cancer lui-même, via des signaux issus de la tumeur en formation", poursuit la chercheuse.

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Vers de nouveaux traitements ?

Si d'autres travaux seront nécessaires pour approfondir cette découverte, elle ouvre déjà la voie à une nouvelle piste thérapeutique. Il serait en effet envisageable de tuer ces cellules nerveuses immatures avant qu'elles n'atteignent la tumeur. "Chez la souris, on s'est rendu compte que quand on détruisait ces cellules au niveau du cerveau, quand on empêche la migration de ces cellules et donc la présence de ces cellules dans la tumeur, on bloquait le développement de la tumeur", affirme ainsi Claire Magnon à France Inter.

Des observations cliniques montrent par ailleurs que des patients atteints d'un cancer et prenant des bêtabloquants, une famille de médicaments connue pour bloquer l'activité des neurones, présentent un meilleur taux de survie. "Il serait intéressant de tester ces médicaments en tant qu’anticancéreux" estime la chercheuse.

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