Certains médicaments pourraient bientôt être prescrits par les pharmaciens : vraie ou fausse bonne idée ?

Bien-être

DÉBAT - Selon les informations de Franceinfo, les pharmaciens pourraient bientôt délivrer à des patients des médicaments normalement sur ordonnance, en cas de "petites urgences", les soirs et les week-ends. Une nouvelle qui réjouit autant les pharmaciens qu'elle divise les médecin généralistes. On fait le point.

C'est une idée qui fait débat. D'après les informations de Franceinfo, le député La République en marche (LREM) et rapporteur du projet de loi Santé, Thomas Mesnier, va déposer un amendement pour permettre aux pharmaciens de délivrer des médicaments normalement prescrits sur ordonnance, en cas de "petites urgences", les soirs et les week-ends. L'examen du projet de loi de santé est prévu mardi prochain en commission, puis le 18 mars en séance publique.

Si cette nouvelle est chaleureusement accueillie par les pharmaciens, elle l'est beaucoup moins par les médecins généralistes, qui craignent notamment un manque de suivi et des conflits d'intérêt.

Cystites, conjonctivites ou encore angines potentiellement concernées par la mesure

"Ça correspond à un vrai besoin, se réjouit auprès de LCI Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine. Parfois, nous sommes coincés parce que nous avons besoin de pouvoir donner une réponse au patient vis-à-vis d'un soin urgent qui n'a pas forcément besoin d'un diagnostic médical." Parmi les pathologies qui devraient être concernées figurent ainsi, nous rapporte-t-il, les cystites, les conjonctivites, les pathologies de la sphère ORL comme les angines, la diarrhée... 

Une mesure qui n'est autre qu'une fausse bonne idée pour le docteur Pascal Charbonnel, vice-président du Collège de la médecine générale. "Si un pharmacien délivre un médicament pour traiter une cystite par exemple, le diagnostic n'aura pas été posé et cela peut entraîner des conséquences délétères. Peut-être que ce n'est pas ce médicament qu'il faut donner, peut-être que ce n'est pas un problème de cystite, peut-être qu'il ne faut pas de médicament. La décision doit être médicalisée. Ce n'est pas le boulot des pharmaciens et ils n'ont pas la formation adaptée", assène-t-il.

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Le besoin d'une évolution du système de santé

Le pharmacien, lui, cite l'exemple de la Suisse, de l'Ecosse ou du Canada qui ont déjà adopté ce système. "Au Québec ils appellent ça des ordonnances collectives. S'il y a une épidémie de gastro, les autorités de santé donnent le protocole qu'il faut utiliser en présence de tel ou tel symptôme et le patient peut aller chez le pharmacien. Les pays qui ont adopté ce système ont désengorgé les urgences et les soins non programmés."

Bien que d'accord avec le fait que le système doive changer pour plus d'efficacité, le médecin considère de son côté que le désengorgement des cabinets médicaux et des urgences doit passer par un autre biais. "Si nous n'avions pas des tas de rendez-vous inutiles, type le certificat de sport pour jouer aux échecs en compétition, ça irait déjà beaucoup mieux !, assure-t-il. Il faut mettre en place un système de régulation qui fasse que lorsqu'il y a une demande urgente, on arrive à y répondre. Ce n'est pas en faisant faire le boulot des médecins aux pharmaciens que nous allons améliorer le système." Parmi les axes de progression, il cite notamment les téléconsultations, "qui permettent d'avoir un avis bien plus rapide".

La problématique du conflit d'intérêt

Le docteur Pascal Charbonnel avance aussi la problématique des conflits d'intérêt, qui entraînerait une surconsommation de médicaments. "Il faut reconnaître que les pharmaciens sont un peu juges et partis. Même s'ils sont de bonne volonté, l'enfer est pavé de bonnes intentions..." D'après lui, la rupture de stock des vaccins antigrippaux cet hiver serait en partie due à la vaccination par les pharmaciens de personnes qui n'étaient pas ciblées.

Gilles Bonnefond, lui, insiste sur le fait que la délivrance de médicaments se fera de toute façon dans le cadre d'un protocole "parfaitement défini, en accord avec les médecins et vérifié par les autorités de santé".

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Quant à l'argument tendant à dire que de toute façon, la délivrance en dépannage d'un médicament normalement sur ordonnance par les pharmaciens est déjà pratiquée, Pascal Charbonnel n'y voit rien qui pourrait le convaincre. "Ce n'est pas parce que c'est déjà pratiqué que c'est une bonne idée !"

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