Changement d’heure : sommes-nous tous égaux face aux bouleversements qui y sont liés ?

Bien-être

DÉRÈGLEMENT - Jongler de l'heure d'été à l'heure d'hiver, et inversement, est un stratagème qui ne plaît pas à tout le monde. Les organismes de certaines personnes auraient notamment plus de mal à s'adapter que d'autres. À l'occasion du passage à l'heure d'hiver, un médecin du sommeil nous aide à mieux connaître les effets de ce changement sur la santé.

Il a beau se répéter deux fois par an depuis 1976, le changement d'heure fait toujours autant débat. Chaque année, les pour et les contre opposent leurs arguments. Lorsque certains vantent ses intérêts énergétiques et le bénéfice supplémentaire de la lumière du jour, d'autres évoquent la perturbation de notre horloge biologique capable de créer, chez les plus fragiles, de sérieux problèmes de santé.

Alors qu'il joue directement sur notre temps de sommeil, le changement d'heure est-il vraiment si néfaste pour notre corps ? À l'occasion du passage à l'heure d'hiver depuis ce dimanche 27 octobre, nous avons posé la question à Bertrand de La Giclais, médecin du sommeil et responsable du centre du sommeil d’Annecy-Argonay.

De légères perturbations du sommeil possibles

"Une heure de décalage n'a pas grand effet sur l'organisme", annonce d'emblée celui qui est aussi membre actif de la Société française de recherche et de médecine du sommeil (SFRMS). "C’est comme si l’on se rendait à Londres : il y a une heure de moins et pour autant, le pli est vite pris. Le décalage horaire en tant que tel ne commence en réalité à s'exprimer qu'au-delà de 3h."

Pour autant, concède le médecin, selon le changement d'heure opéré,  le sommeil peut être légèrement perturbé en raison de l'avance ou du retard dans la sécrétion de mélatonine, une hormone naturellement fabriquée par l'organisme lorsque la lumière décroît. Celle-ci favorise l’endormissement et le maintien dans le sommeil. Lors du passage à l'heure d'été, les premiers matins peuvent aussi être plus difficiles, les mécanismes physiologiques nécessaires au réveil mettant plus de temps à s'activer.

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Le risque d'infarctus en hausse lors du passage à l'heure d'été

En revanche, décaler son rythme d'une heure peut s'avérer bien moins anodin pour les personnes qui souffrent de problèmes de santé, tels que l'hypertension ou les maladies cardiaques. Selon une étude américaine présentée lors de la session annuelle de l'American College of Cardiology à Washington en 2016 et publiée dans la revue Open Heart, passer à l'heure d'été, et donc perdre une heure de sommeil, augmenterait de 25% le risque d'être frappé par une attaque cardiaque le lundi suivant ce changement. Une étude suédoise, publiée six ans plus tôt dans la revue New England Journal of Medicine, évoque de son côté une hausse du risque de 5%. Bien que très différents, ces résultats démontrent, pour le cardiologue Patrick Assayag, interviewé par TF1, "qu’il y a forcément des mécanismes physiopathologiques sous-jacents liés à un stress cellulaire".

En revanche, si, en 1990, un sondage Sofres cité dans un rapport du Sénat indiquait que "19% des médecins font état d'une augmentation de la consommation de médicaments et singulièrement de tranquillisants, au moment du changement d'heure", Bertrand de La Giclais, lui, affirme n'avoir jamais noté ce phénomène au cours de sa carrière. "Pour certaines personnes, l’adaptation est certes plus longue, mais de là à engendrer une hausse de la consommation de médicaments… Le temps d’aller chez un médecin, le décalage est déjà absorbé."

Décaler son heure de coucher de 30 minutes 3 jours avant pour un changement d'heure en douceur

Pour limiter au maximum les effets du changement d'heure, le médecin du sommeil conseille de décaler son heure de coucher de trente minutes, trois jours avant. Ainsi, lors du passage à l'heure d'été, il suffit de se coucher trois jours de suite à 22h30 au lieu de 23h pour que, le jour J, le changement de fuseau horaire passe presque inaperçu. "Passer de l'heure d'été à l'heure d'hiver (ndlr : comme ce sera donc le cas ce week-end) est en revanche bien plus facile, puisque notre horloge biologique tourne plutôt sur 25 heures, alors que l’alternance jour/nuit fonctionne sur 24 heures. Nous avons de ce fait tous une aptitude à nous endormir plus tard."

Pour le spécialiste, le secret réside aussi dans le fait de ne pas s'en faire une montagne. "L’astuce est de ne jamais penser à l’heure précédente, un peu comme dans le cas d’un décalage horaire. Si vous partez aux États-Unis, il ne faut pas sans arrêt penser à l’heure qu’il est en France, au risque de laisser trop de place à la fatigue. Psychologiquement, c’est une arme efficace."

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