Combattre les tumeurs cancéreuses grâce à des bactéries "cheval de Troie", une nouvelle piste pour traiter le cancer

Bien-être
LA RECHERCHE AVANCE - Des scientifiques américains ont annoncé mercredi avoir réussi à détruire des tumeurs cancéreuses chez la souris grâce à des bactéries programmées pour agir localement. À la surprise des chercheurs, d'autres tumeurs, qui n'étaient pas initialement ciblées, ont aussi été traitées.

Un cheval de Troie pour détruire les tumeurs. Alors qu'un rapport de Santé Publique France et de l’Institut national du cancer (INCa) publié mardi montrait une augmentation du nombre de cancers en France depuis 1990, des scientifiques de l’école d’ingénieurs de Columbia et de la Columbia University Irving Medical Center (CUIMC) ont annoncé mercredi avoir réussi à éliminer, grâce à un nouveau traitement, des tumeurs chez des souris de laboratoire et qu'à traiter d'autres tumeurs qui n'étaient pas initialement ciblées.


Cette prouesse a été réalisée grâce à des bactéries programmées pour agir directement sur des tumeurs, faisant travailler en parallèle le système immunitaire de la souris malade. Elle pourrait permettre, à l'avenir, de pouvoir les traiter localement et de stimuler le système immunitaire afin qu’il puisse combattre de lui-même les cellules cancéreuses les plus coriaces.

CD47, une protéine ciblée pour aider le système immunitaire à se défendre

Dans leur étude, parue mercredi dans la revue Nature Medicine, les scientifiques expliquent avoir créé une souche de bactéries non pathogènes capables de coloniser les tumeurs solides chez la souris et d’y délivrer de puissantes immunothérapies, méthode qui consiste à traiter le cancer en utilisant le propre système immunitaire du malade. Injectées dans les tumeurs, ces bactéries sont programmées pour se multiplier, puis s’auto-détruire lorsque leur nombre atteint un seuil critique. En disparaissant, elles délivrent des agents thérapeutiques. Seule une petite partie des bactéries survit, pour assurer la subsistance de la population et donc la poursuite du traitement délivré dans les tumeurs.


Lors de leur action, ces bactéries ciblent particulièrement la protéine CD47, dont le rôle est en quelque sorte d’envoyer le signal "ne me mangez pas", empêchant les cellules cancéreuses d’être consommées par les cellules immunitaires naturellement présentes dans le corps humain. "Mais le CD47 est présent ailleurs dans le corps et son ciblage systémique entraîne une toxicité importante, comme en témoignent les récents essais cliniques, explique dans un communiqué l'auteur principal de l'étude, Sreyan Chowdhury. Pour résoudre ce problème, nous avons conçu une bactérie qui cible exclusivement CD47 dans la tumeur et évite les effets secondaires systémiques du traitement".

Vers un futur traitement adapté aux humains ?

Résultat : cette thérapie a non seulement permis d’achever la régression de lymphomes chez la souris, mais aussi de contrôler de façon significative des lésions tumorales distantes où aucune bactérie n’a été injectée. "Voir que les tumeurs non traitées réagissent aussi au traitement des lésions primaires est une découverte inattendue, s’enthousiasme dans ce même communiqué Tal Danino, professeur assistant en génie biomédical. [...] Cela signifie que nous pourrons concevoir des bactéries pour amorcer les tumeurs localement, puis inciter le système immunitaire à rechercher les tumeurs et les métastases trop petites pour être détectées par imagerie ou par d'autres approches."


L'équipe de chercheurs est actuellement en train de réaliser d'autres essais pour valider sa découverte, ainsi que des études de toxicologie et de sécurité. Les résultats positifs déjà obtenus pourraient donner lieu, par la suite, à des essais cliniques sur des patients.

Depuis une décennie, l'immunothérapie révolutionne la lutte contre le cancer. En utilisant les ressources du corps humain pour combattre les cellules cancéreuses, il permet d'éviter les effets secondaires de la chimiothérapie. Si révolutionnaire soit-il, ce traitement n'est efficace que chez une minorité de patients. Il existe aussi de fortes disparités d’un type de cancer à l’autre. Allier cette méthode avec le domaine émergent de la biologie synthétique pourrait donc permettre de faire d'importantes avancées pour toucher davantage de cancers.

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