Comment le cancer a-t-il évolué en près de 30 ans ? Davantage de malades mais moins de décès

Bien-être

PHOTOGRAPHIE - En compilant et en analysant les données attenantes à 74 types et sous-types de cancers en France entre 1990 et 2018, Santé Publique France et l’Institut national du cancer (INCa) ont livré mardi un portrait détaillé de ces maladies et de leur évolution sur vingt-huit ans. Chez certains cancers, les différences selon le sexe et l'âge sont marquées.

C’est une photographie de vingt-huit années qui laisse une impression mitigée. Pour la première fois, un rapport de Santé Publique France et de l’Institut national du cancer (INCa) permet d’estimer l’incidence (c'est-à-dire le nombre de personnes touchées) de 74 types et sous-types de cancers et les tendances par âge.

Si leur incidence reste plutôt stable chez l’homme, elle continue d’augmenter chez la femme, notamment pour le cancer du poumon. La mortalité est en revanche en baisse chez les deux sexes de façon générale, mais l’est de façon plus prononcée chez le sexe masculin.

Cancer du sein : hausse du dépistage, baisse de la mortalité

Avec 58.459 cas chez la femme en 2018, le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme et le nombre de malades ne cesse d'augmenter. Depuis 1990, son incidence a même doublé. Selon les auteurs du rapport, cette hausse est attribuable pour moitié à l’augmentation des facteurs de risque. Ils soulèvent entre autres l’évolution défavorable des facteurs hormonaux et reproductifs (diminution du nombre moyen d’enfants par femme, des pratiques d’allaitement ainsi que ménopause plus tardive notamment), l’obésité, la consommation d’alcool - qui serait responsable à elle seule de 15% des cas de cancer du sein en France - ou encore les possibles effets, encore "non établis", du travail de nuit ou des perturbateurs endocriniens. 

L’autre moitié de cette augmentation des cas s’expliquerait par le vieillissement de la population. Si l’incidence de ce cancer progresse en effet nettement à partir de 30 ans, chez des femmes non concernées par le dépistage du cancer du sein, elle atteint un pic entre 70 et 74 ans. En revanche, précisent les auteurs du rapport, "l'incidence du cancer du sein est également influencée par l'évolution des pratiques de dépistage. […] La mise en place d’un dépistage organisé s’accompagne habituellement d’une augmentation temporaire de l’incidence et d’une part de surdiagnostic (cancer qui n’aurait pas évolué avant le décès du patient et qui concerne davantage les cancers in situ non pris en compte dans cette étude)".

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Chez la femme, ce cancer est aussi le plus meurtrier. Si le taux de survie à 5 ans est de 88% pour les cancers diagnostiqués entre 2005 et 2010, 12.146 décès ont été enregistrés en 2018. Le taux de mortalité évolue en revanche inversement au nombre de cancers, avec une baisse moyenne de 1,3% par an entre 1990 et 2018, en raison notamment des progrès thérapeutiques réalisés et l’augmentation du nombre de cancers diagnostiqués à un stade précoce, et donc plus faciles à soigner. Les huit dernières années, la diminution du nombre de décès s’est même accélérée, avec 1,6% de disparitions en moins. Cette tendance s’observe surtout chez les femmes de moins de 60 ans, souligne le rapport.

Cancer de la prostate : le nombre de décès divisé par deux depuis 1990

Chez les hommes, le cancer le plus répandu est celui de la prostate, avec 50.430 cas déclarés en 2015. Mais si le nombre de cancers diagnostiqués a fortement augmenté jusqu'en 2005, passant de  21.000 en 1990 à environ 66.000, son incidence a ensuite chuté jusqu'en 2012. Ce cancer, extrêmement rare chez les moins de 50 ans est très fréquent chez les hommes de 70 à 74 ans. Parmi les facteurs de risques, les auteurs du rapport citent l'âge, l’origine ethnique, et des antécédents familiaux. "Parmi les facteurs environnementaux, les perturbateurs endocriniens du fait de leur mode d’action sont considérés comme des facteurs de risque potentiel de plusieurs cancers hormono‑dépendants, dont celui de la prostate", note aussi le rapport. 

En revanche, avec 8.512 décès estimés en 2015, le cancer de la prostate n’est que la troisième cause de décès par cancer chez l’homme, derrière ceux du poumon et colorectal. Rare chez les hommes de moins de 60 ans, son taux de mortalité croit rapidement après 90 ans. Le nombre de décès a malgré tout été divisé par deux depuis 1990, et ce dans toutes les tranches d'âges. Contrairement au cancer du sein, les scientifiques n'attribuent pas cette baisse au dépistage plus fréquent "car elle a débuté chez les jeunes avant la diffusion du dosage du PSA [qui permet de révéler une éventuelle anomalie de la prostate, ndlr.]". "Elle est attribuée, pour une grande part, à l’amélioration des traitements, notamment au traitement des cancers évolués, par différentes formes d’hormonothérapie qui conduisent à une augmentation de la survie sans que nécessairement le cancer soit guéri." 

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Cancer du poumon : hausse du nombre de cas et de mortalité chez les femmes, de plus en plus fumeuses

Deuxième cancer chez l'homme et troisième chez les femmes, le cancer du poumon inquiète le monde médical. Avec 46.363 nouveaux cas en 2018, il reste relativement stable chez l'homme depuis 1990. Chez la femme en revanche, l’incidence a fortement augmenté depuis 28 ans avec une hausse moyenne de 5,3% du nombre de cas chaque année. Toutes les tranches d'âge sont touchées avec un risque qui augmente de façon constante, passant de 0,5% pour les personnes nées en 1920 à 2% pour celles nées en 1950.

Chez l'homme, et bien qu'il représente la première cause de décès par cancer, la mortalité n'a cessé de diminuer (-1,2% par an en moyenne) entre 1990 et 2018, en particulier chez les hommes de moins de quarante ans. Chez les femmes, le nombre de décès augmente, comme l'incidence, fortement (+3,5 % par an en moyenne) et ce de façon plus importante chez celles qui sont âgées de 50 et 60 ans. "Ces tendances sont en grande partie liées aux différences de comportement tabagique selon le sexe. L’écart observé entre les femmes et les hommes s’amenuise, en relation avec l’augmentation importante de la consommation de tabac chez les femmes", souligne le rapport. La baisse de la mortalité chez les hommes pourrait pour sa part être due aux effets positifs de la réduction du tabagisme.

Grâce à cette moindre consommation de cigarettes, mais aussi d'alcool chez la gent masculine, les cancers de l'œsophage et de l'estomac, de la lèvre-bouche-pharynx et du larynx ont chacun reculé de 2,5% par an en moyenne depuis 1990, tout comme leur taux de mortalité. Pour les auteurs, ces chiffres ne font que motiver la poursuite des actions de prévention.

Cancer colorectal : en baisse grâce au dépistage et à la baisse du tabagisme

Avec  43.336 cancers colorectaux diagnostiqués en 2018, ce type de maladie est la troisième la plus fréquente chez l’homme et la deuxième chez la femme, à l'inverse donc du cancer du poumon. Ils atteignent une progression marquée à l'âge de 50 ans mais se déclarent la plupart du temps chez les hommes entre 85 et 89 ans et chez les femmes entre 90 et 94 ans. Malgré tout, le nombre de cas masculins diminue en moyenne chaque année de 0,6% depuis 1990, en particulier chez les plus de 60 ans. Chez les femmes, le taux d’incidence de ce cancer est stable depuis 1990, malgré une légère augmentation avant 50 ans.

En 2018, 17.117 décès ont été attribués à ce cancer, dont 54 % chez l’homme. Le nombre de morts diminue malgré tout chez les deux sexes de façon identique (-1,6% par an en moyenne). Des chiffres encourageants qui s'expliqueraient par la mise en place du dépistage organisé ainsi que par une diminution de la prévalence de l’exposition à certains facteurs environnementaux, comme le tabac. Les auteurs du rapport tiennent également à rappeler qu'ont été prouvés "l’effet protecteur d’une alimentation riche en fibres et l’effet néfaste du surpoids/obésité, d’une vie sédentaire, du tabac, de l’alcool et de la consommation élevée de viande transformée".

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