Compléments alimentaires à base de plantes : attention danger, alerte l'Académie de pharmacie

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LA PILULE QUI PASSE MAL - Alors que le marché des compléments alimentaires s'envole, l'Académie de pharmacie alerte, dans un rapport publié jeudi, sur la dangerosité de certaines plantes aux propriétés laxatives utilisées dans ces gélules, pilules et capsules. A usage prolongé, elles pourraient entraîner dépendance et lésions internes définitives.

Face aux dangers qu'ils représentent, l'Académie de pharmacie demande à ce qu'ils soient retirées de la liste des compléments alimentaires autorisés. Dans un document publié jeudi, l'organisation fait part de ses inquiétudes face à certains compléments alimentaires à base de plantes ayant des effets proches des médicaments, mais sans être aussi bien encadrés.  


Ceux contenant de l'aloé (uniquement quand c'est le suc qui est utilisé, le gel ne posant pas de problème), des racines de rhubarbe de Chine, du séné (fruit, foliole) et de l'écorce de bourdaine ou de cascara (un arbuste et un arbre) font partie des produits incriminés. Ces plantes contiennent toutes un point commun : elles contiennent des principes actifs (appelés "hétérosides hydroxyanthracéniques") identiques à ceux de médicaments classés comme "laxatifs stimulants".

Des risques de dépendance et de lésions définitives

Ces laxatifs "stimulants" sont en fait, précise le rapport, des "laxatifs puissants, mais irritants pour le tube digestif". Leur "usage prolongé provoque une dépendance, il n'est plus possible d'aller à la selle sans médicament. A long terme, des lésions définitives de la paroi interne de l'intestin peuvent apparaître", ce qu'on appelle la "maladie des laxatifs".


Pour appuyer ses propos, l'Académie de pharmacie relève qu'en 2009, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a inscrit toutes ces plantes sur le registre des végétaux contenant des substances toxiques, tandis que "La World Gastroenterology Organization considère les plantes à hétérosides hydroxyanthracéniques comme des laxatifs de dernière intention, en raison de leurs effets indésirables, des populations à risque et des précautions nécessaires à leur emploi. L’ANSM, l’EMA et l’OMS considèrent, eux, que "leur utilisation doit demeurer exceptionnelle, en respectant des posologies maximales définies" et que " la surveillance médicale de leur emploi est nécessaire".

Un manque de recul pointé du doigt

En tout, la liste des substances autorisées dans les compléments alimentaires comprend 540 espèces végétales. Elle est établie par un arrêté du ministère de l'Economie datant du 24 juin 2014. "Un certain nombre de plantes de cette liste sont à leur place. Mais 25% devraient relever du monopole pharmaceutique et 20% sont des plantes médicinales issues d'autres cultures, sur lesquelles on manque de recul", estime auprès de l'AFP Pierre Champy, spécialiste de pharmacognosie, soit l'étude des médicaments d'origine animale et végétale. Pire, signale-t-il, "certaines plantes sont interdites au titre des médicaments mais autorisées comme compléments alimentaires". C'est notamment le cas du cimicifuga, un arbre d'Amérique du Nord dont des extraits sont utilisés en gélules pour, prétendument, combattre les effets de la ménopause.

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