Contraception gratuite pour les mineures de moins de 15 ans : le Planning familial veut aller plus loin

Bien-être

RÉACTION - Dans un document révélé par l'AFP ce mercredi, le gouvernement veut étendre la gratuité de la contraception, qui concerne déjà les 15-17 ans, aux jeunes filles de moins de 15 ans. Bien que satisfaite, Véronique Sehier, co-présidente du planning familial, réclame cependant la mise en œuvre d'autres dispositions pour avoir une réelle influence sur le nombre de grossesses non désirées.

Les jeunes filles de moins de 15 ans pourront bientôt profiter d'une prise en charge "intégrale" des frais liés à la contraception. Selon l'avant-projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, auquel l'AFP a pu avoir accès, le gouvernement compte en effet étendre aux moins de 15 ans le dispositif créé en 2013 pour les mineures de 15 à 17 ans. Celles-ci "bénéficient de la gratuité de la contraception prescrite par un médecin ou une sage-femme et de la dispense d'avance de frais sur ces soins", ainsi que de "la confidentialité de ces actes lorsqu'elles le souhaitent".

Alors que 1.000 jeunes filles de 12 à 14 ans tombent chaque année enceinte en France et que 770 ont recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG), Véronique Sehier, co-présidente du planning familial, estime auprès de LCI que cette mesure est essentielle, mais doit être accompagnée d'autres dispositions.

Une égalité d'accès à la contraception inscrite dans la loi depuis 1974

"Il est important de savoir que, conformément à la loi de 1974, la contraception gratuite est déjà accessible à tous les mineurs, sans limite d'âge, dans tous les centres de planification et d'éducation familiale", indique-t-elle. "Le problème, c'est qu'il n'en existe pas partout et que cela crée une inégalité d'accès sur le territoire." Pour faire face à ces disparités, la direction du planning familial réclame de longue date la multiplication de ces lieux, mais aussi un accès à la contraception au travers des médecins ou des sages-femmes.

En 2013, un premier pas a donc été effectué lorsque les autorités ont mis en place l'accès gratuit à la contraception sur prescription pour les mineures au-delà de 15 ans. En prévoyant de faire de même pour les moins de 15 ans, "le gouvernement ne fait que rétablir une égalité d'accès qui aurait dû exister depuis le début", considère Véronique Sehier.

Une éducation à la sexualité encore insuffisante

Pour elle, et dans le but d'éviter le plus de grossesses non désirées possible, cela doit encore aller plus loin. "D'après un rapport de 2015, l'ouverture à la gratuité et à la confidentialité chez les professionnels de santé pour les 15-17 ans est très peu connue", rapporte-t-elle. Et d'insister : "Elle doit donc s'accompagner d'une véritable campagne d'information, mais surtout de la mise en œuvre de l'éducation à la sexualité dans tous les établissements scolaires dans les modalités prévues par la loi de 2001.

Alors que celle-ci prévoit "au moins trois séances annuelles et par groupes d'âge homogène" de l'école primaire au lycée, rares sont en effet les élèves qui cumulent plus de trois d'entre elles dans toute leur scolarité. "Les questions de sexualité, c'est toujours un peu épineux, donc c'est souvent le dernier sujet qu'on aborde, regrette la co-présidente du planning familial. Et puis il faut que cela soit fait par des personnes formées, donc il faut y mettre les moyens et que ça soit fait de façon régulière."

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Des inégalités d'accès à la contraception qui persistent même après 18 ans

Parce qu'il n'est pas toujours facile de parler de sa sexualité avec ses parents, même après 18 ans, et que la précarité à cet âge est souvent toujours de mise, Véronique Sehier dit également souhaiter que la mesure de gratuité et de confidentialité soit étendue aux 18-25 ans. "Aujourd'hui, les personnes les plus concernées par les grossesses non prévues sont les jeunes entre 20 et 25 ans", assure-t-elle.

Selon une étude de septembre dernier réalisée par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), service statistique public sous la tutelle de plusieurs ministères, les jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans seraient effectivement 27,3 pour 1.000 à avoir recours à une IVG, soit le taux le plus élevé parmi toutes les tranches d'âge étudiées (de 15 à 49 ans). Les 25-29 ans se situeraient juste derrière, avec 27,1 avortements pour 1.000 femmes.

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