Crème de Victoria Beckham à base de sang : les soins cosmétiques "vampires", est-ce que ça rajeunit vraiment ?

Bien-être

LA BEAUTÉ À TOUT PRIX - Depuis quelques temps, les aspirants à la jeunesse éternelle se sont trouvé une nouvelle marotte : le sang. Dans le plasma qui le compose, des "facteurs de croissance" auraient un effet miracle sur la peau et la repousse des cheveux. Lubie ou vérité scientifique ?

Dracula serait-il en train de faire du lobbying ? Il y a quinze jours, Victoria Beckham s'affichait sur Instagram badigeonnée de sa toute nouvelle crème... faite à base de son propre sang. "Le Dr Barbara Sturm a prélevé mon sang et a créé des facteurs guérissants faits de mes propres cellules, un procédé hautement anti-inflammatoire et régénérateur. Je vais le tester cette semaine, matin et soir", annonçait-elle dans sa vidéo. La semaine dernière, c'était au tour de l'actrice française Frédérique Bel de s'afficher sur le réseau social. Les traits crispés, installée dans un fauteuil médical, elle expliquait : "On va encore me prendre mon sang pour l’injecter dans mes cheveux et essayer de les faire pousser." Ce soin, qui consiste à prélever du plasma pour le réinjecter dans le cuir chevelu, est cette fois dispensé par la clinique londonienne du Dr. Dray.

Urée, chanvre, bave d'escargot... Depuis des années, les cosmétiques passent par toutes sortes de modes. Mais cette tendance (plutôt repoussante) à s'étaler ou à s'injecter du sang pour retrouver une seconde jeunesse est-elle vraiment efficace ? Nous avons consulté la littérature scientifique pour le savoir.

Un produit utilisé depuis plusieurs années en médecine du sport

Les cosmétiques fabriqués à partir de sang utilisent en réalité du plasma riche en plaquettes (PRP), soit un plasma centrifugé pour obtenir un concentré de plaquettes environ cinq fois supérieur au taux normal. Un produit riche en facteurs de croissance, capable entre autres, d'accélérer la cicatrisation d'une peau lésée.

Si son apparition dans la médecine esthétique est plutôt récente, son utilisation en tant qu'agent réparateur et régénérant a déjà fait ses preuves en médecine du sport. Le PRP est ainsi utilisé depuis plusieurs années en rhumatologie et traumatologie, pour cicatriser les tendons ou traiter les lésions musculaires. Son avantage ? Être autologue. Autrement dit, le donneur et le receveur sont une seule et même personne, ce qui écarte les risques de rejets, de toxicité et de transmission de maladie.

Une repousse des cheveux confirmée par la science

"Le plasma est une sorte de booster pour faire cicatriser la peau, pousser les nerfs, etc.", nous résume Antoni Calmon, le médecin en esthétique qui prend soin des cheveux de Frédérique Bel depuis la clinique londonienne du Dr. Dray. Une trentaine de petites injections de ce plasma, préalablement prélevé grâce à une prise de sang, sont faites sous le derme du cuir chevelu, à la main. "Pour des hommes qui sont pas mal dégarnis, je fais une cinquantaine de petites injections. [...] Ce n'est pas si douloureux, ça donne l’impression que quelqu’un vous tire les cheveux", décrit-il. Les résultats (plus ou moins variables selon les personnes) seraient visibles à partir de la troisième séance, au rythme d'une tous les trois mois, au prix de... 600 euros chacune.

Mais d'après une récente étude faite par des chercheurs canadiens et américains, Frédérique Bel ne jetterait pas son argent par les fenêtres en s'infligeant ces injections. Celles-ci seraient bel et bien efficaces pour encourager la croissance des cheveux "grâce à la libération de facteurs de croissance et de cytokines". "Chez les patients atteints d’alopécie androgénétique, 3 injections mensuelles de PRP [plasma riche en plaquettes, ndlr.] (une séance par mois pendant 3 mois) ont montré une efficacité supérieure à celle du placebo, mesurée par l’évolution de la densité totale des cheveux (cheveux / cm2) au cours de la période de traitement", assurent ces scientifiques. En décembre 2018, une étude de deux chercheurs indiens avait montré que chez sept des vingt hommes qu'ils avaient traités avec des injections de plasma, une amélioration de 50% à 75% avait été constatée.

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Des effets sur la peau encore à prouver

Quant à la crème au sang de Victoria Beckham, en réalité réalisée à partir de plasma, son efficacité n'est pas encore prouvée (malgré les commentaires dithyrambiques de certaines blogueuses). Comme toute crème hydratante, son rôle n'est pas de pénétrer en profondeur dans la peau, mais de protéger, voire de restaurer son film hydrolipidique. A moins que la peau ne soit préparée par micro-needling, une technique qui consiste à faire une multitude de petites piqûres dans la peau pour favoriser l'entrée des actifs (ici, du plasma), son action ne paraît pas évidente. D'autant que les preuves d'efficacité des injections de plasma dans la peau, qui pénètre alors plus profondément qu'avec un micro-needling, semblent encore incertaines.

En octobre 2018, sur la base de l'analyse de 108 études, des chercheurs chinois concluaient que le PRP "pourrait jouer un rôle dans la régénération des tissus, sur le stress oxydatif et la revascularisation". L'équipe de chercheurs nord-américains, elle, est davantage dubitative : "Il ne sera possible de déterminer les protocoles de PRP normalisés et efficaces pour traiter les affections dermatologiques telles que les cicatrices d’acné, les brûlures au visage et le vieillissement de la peau qu'après la réalisation d’études contrôlées rigoureuses et randomisées". Des doutes partagés par le chirurgien plasticien et esthétique Guy Magalon. "On a beaucoup de cas cliniques montrant que la cicatrisation d’un ulcère, d’un mal perforant plantaire, a été miraculeuse, mais nous avons besoin, au stade où on en est, de preuves", affirmait-il lors des Journées de Dermatologie Interventionnelle de Paris en 2014.

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Antoni Calmon, lui, assure que le plasma - qui peut être mélangé pour les injections à de l'acide hyaluronique, à de la vitamine C ou E - permet de "stimuler" et de  "pulper" la peau pour éviter qu'elle ne s'affine. "Quand on en injecte régulièrement, on freine clairement le vieillissement, soutient-il. Au lieu de prendre douze mois par an, on en prend 6." A plusieurs centaines d'euros la séance, mieux vaut y croire !

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