"Elle est devenue toute rouge, puis violette, puis bleue et s'est évanouie" : le calvaire des parents confrontés aux spasmes du sanglot

Bien-être

FÂCHÉ... TOUT BLEU - Pour les parents concernés, c'est un cauchemar. Les spasmes du sanglot peuvent toucher les enfants à partir de quelques mois, et ce jusqu'à 5 ans environ. L'enfant, en colère, retient sa respiration jusqu'à devenir bleu et, parfois, s'évanouir. Pour les pédiatres, ce trouble totalement bénin est dû à la manipulation que les enfants essaient d'exercer sur leurs parents.

Thelma est une petite fille de bientôt 14 mois. Adorable, elle cause pourtant bien du souci à ses parents. Depuis ses huit mois, elle fait ce que l'on appelle des "spasmes du sanglot". Autrement dit, elle tombe dans les pommes chaque fois qu'elle s'énerve trop. Un trouble qui atteindrait près de 5% des enfants. "La première fois, elle est tombée alors qu'elle était à quatre pattes et elle a commencé à pleurer. Elle est devenue toute rouge, puis violette, puis bleue et s’est évanouie dans mes bras. Je l’ai passée à son père, je criais, j’étais complètement paniquée. C’était horrible", se souvient sa mère, Vanessa. L'enfant se réveille finalement en quelques secondes, alors que son père lui souffle sur le visage.

"Le pédiatre chez qui j'ai tout de suite pris rendez-vous m’a assuré que ça n’était pas du tout grave, qu’il fallait que je me détende. 'Plus vous serez paniquée et plus elle le fera', m’a-t-elle dit", nous rapporte cette maman. Une position que partage Anne Piollet, pédiatre à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme. "Il s’agit d’un chantage du petit. Il n'arrête bien sûr pas volontairement de respirer mais se met dans une telle colère qu'il ne va plus pouvoir gonfler ses poumons. Et lorsqu'il le fait, il sait à qui il s’adresse", assure-t-elle. "Il ne faut surtout pas se jeter sur eux pour les cajoler et céder à tous leurs caprices. Au contraire, il faut leur montrer que ça ne vous impressionne pas et que ça n’est pas grave." Bien sûr, précise la médecin, si l'enfant s'apprête à s'évanouir, il est de rigueur de l'accompagner pour ne pas qu'il se blesse en tombant.

Elle tombe dans les pommes une à trois fois par jour.- Vanessa, maman de Thelma

Mais malgré les efforts de ses parents pour ne pas y prêter trop attention, le scénario se reproduit désormais quasiment tous les jours. "Thelma tombe dans les pommes une à trois fois par jour", nous assure la maman, complètement désemparée. "Je note dans un carnet toutes les crises. Je n’arrive pas à voir de cohérence. Il y a des fois un jour ou deux sans rien, et puis après six dans une journée. Ça peut arriver si elle tombe et qu’elle a eu peur, parce qu’on ne la prend pas assez vite dans les bras, parce que sa nounou à la crèche quitte la pièce et qu’elle n’est pas contente. Parfois, c’est parce qu’on lui nettoie le visage."

Moralement et socialement, ces crises sont difficiles à vivre pour Vanessa. "Ça nous est déjà arrivé dans un restaurant. Les gens pensaient qu’elle était en train de mourir. C’était très sympa comme ambiance, se remémore-t-elle avec ironie. Le patron du restaurant a cru qu’elle était en train de s’étouffer, donc tout le monde a accouru. Tout le monde était complètement choqué. Elle était toute grise." Si les médecins lui assure qu'il n'y a rien à faire, Vanessa espère désormais seulement que ces crises vont se faire oublier pour l'entrée à l'école de Thelma. 

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Des spasmes d'une autre envergure

Pour Apolline, six ans, la première rentrée scolaire n'a malheureusement rien changé. Depuis ses neuf mois, la petite fille fait aussi des spasmes du sanglot, qui ont rapidement évolué vers la "forme pâle" du trouble. Celle-ci se caractérise par des spasmes qui sont cette fois déclenchés par une douleur ou une peur. L'enfant devient dans ce cas livide. "Au départ, elle ne s'évanouissait pas. Elle ne respirait plus et virait au bleu", nous explique son père, Fabrice. "Les gens de la crèche et nous, ses parents, étions habitués. Ça pouvait se déclencher à la moindre contrariété." Au fur et à mesure cependant, les crises se sont de plus en plus manifestées à la suite de chocs physiques. Dès lors lorsqu'elle se cogne simplement à un objet, la petite fille a le réflexe de retenir sa respiration et tombe dans les pommes, "avec la tête qui part en arrière, les yeux qui se révulsent, elle se fait pipi dessus...". Apolline, inconsciente pendant plusieurs minutes, se réveille ensuite "complètement dans les vap'" et doit dormir plusieurs heures d'affilée pour récupérer.

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Aussi impressionnants que bénins.- Fabrice, papa d'Apolline

Ces situations, aussi impressionnantes que bénignes, précise son père, sont évidement handicapantes pour la petite fille. Celle-ci a pour l'instant interdiction de faire de la natation sans surveillance étroite, au risque de se noyer. Ses parents sont également obligés de prévenir toute personne susceptible de s'en occuper, ne serait-ce que quelques heures, "comme les moniteurs de centre aéré par exemple". 

Les nombreux examens qu'a passés Apolline ont éliminé tout soupçon d'épilepsie ou de trouble neurologique. Ils ont en revanche révélé une immaturité vagale, qui pourrait être à l'origine de ces spasmes. Conséquence : "Son cœur ne fonctionne plus pendant quelques secondes lors des crises", décrit son père. Ces crises devraient cependant disparaître un jour. "La question, c'est : quand ?"

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