Une lampe made in Bretagne pour aider les dyslexiques à lire

Bien-être

INVENTION – En 2017, des chercheurs bretons annonçaient avoir découvert que la dyslexie pouvait être liée à une particularité visible dans le fond des yeux. Avec une entreprise basée à Rennes, ils ont développé, à partir de ces observations, une lampe capable d'améliorer considérablement la lecture des porteurs de ce trouble. Une innovation mondiale qui apporterait satisfaction à près de 90% des utilisateurs.

Dans notre société, la lecture et l'écriture font partie des premiers apprentissages. Si ces deux facultés sont censées être maîtrisées dès les premières années de la scolarité, la tâche s'avère être extrêmement difficile pour certains enfants. Au-delà de toutes les difficultés d'ordre sociales ou étant rattachées à un handicap, un trouble peut aussi en être la cause : la dyslexie. Cette altération spécifique et significative de la lecture touche entre 8 et 10% de la population.

Pour tenter de pallier au mieux cette incapacité à mémoriser la forme visuelle des mots et à les reconnaître globalement, la mise en place de mesures pédagogiques et d'une rééducation orthophonique individualisée restent les meilleures solutions. Une innovation, découverte par deux chercheurs de l'université de Rennes et inventée par la start-up française Lexilight, pourrait cependant révolutionner le quotidien des dyslexiques.

Lexilight, ou l'aboutissement d'une découverte scientifique

En 2017, une équipe de physiciens rennais fait une découverte. Alors qu'ils observent les yeux de 30 personnes dyslexiques et de 30 personnes non-dyslexiques, ils notent que les personnes du premier groupe présentent toutes deux récepteurs de lumière, appelées taches de Maxwell, parfaitement identiques. Ces taches sont normalement asymétriques, de façon à permettre au cerveau de pouvoir créer une image équilibrée en fonction de ce que perçoit chacun des deux yeux. Selon les scientifiques, le fait que ces récepteurs soient ici symétriques peut entraîner la formation d'"images-miroirs" entre lesquelles le cerveau est incapable de choisir. C'est ainsi que, chez les dyslexiques, la différence entre un b et un d peut être difficile à faire. Partant de là, les chercheurs approfondissent leur découverte et se rendent compte qu’en modulant l’onde lumineuse d’une certaine façon, il est possible de rendre le texte net à nouveau pour une personne dyslexique. Leur étude est publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

Voir aussi

Afin de mettre en pratique ces notions théoriques, les chercheurs sollicitent Thomas Watt Lighting Pro, fabricant d'éclairages LED. Ensemble, ils conçoivent une lampe de bureau capable d'améliorer significativement la lecture des dyslexiques en agissant sur la manière dont leurs yeux perçoivent les lettres. "Nous avons travaillé de concert pendant un an pour développer ce produit et le valider scientifiquement", nous raconte Jean-Baptiste Fontes, fondateur et PDG de Lexilight. La lampe est fabriquée pour diffuser une lumière dont les ondes peuvent être adaptées à chaque utilisateur. Car, explique notre interlocuteur, "il n'y a pas qu'une dyslexie". Grâce à deux petits boutons, qui sont des fonctions mathématiques de l’onde lumineuse, le lecteur peut régler la pulsation et la modulation de l'onde afin de l'adapter à sa vue.

Près de 90% des utilisateurs satisfaits

"La version 1 de cette lampe existe depuis maintenant un an, et 300 personnes ont pu la tester afin de valider, avec les chercheurs, l’efficacité de la technologie. En tout, 87% des utilisateurs ont rapporté un bénéfice immédiat", rapporte Jean-Baptiste Fontes. Si elle est aujourd'hui commercialisée au prix de 549 euros, le fondateur assure que sa société n'est pas encore "du tout dans une phase commerciale". Ainsi, tout client non satisfait peut renvoyer la lampe et se faire rembourser. "Nous avions besoin d’une crédibilité scientifique et maintenant que nous sommes sûrs que la lampe fonctionne, il nous faut encore plus de retours pour pouvoir discuter avec les mutuelles. Mais la volonté est d'être très rapidement subventionnés, au moins sur une partie", assure Jean-Baptiste Fontes.

Une deuxième version, plus design et dotée d'améliorations technologiques, devrait sortir d'ici la fin de l'année. "Nous avons par exemple ajouté une fonction de réglage de l’intensité lumineuse. C'est important car parfois, les élèves se retrouvent à côté d’une fenêtre. La lumière de la lampe y est atténuée." Cette nouvelle mouture, entièrement fabriquée à Saint-Malo, en Bretagne, sera vendue au même prix que sa grande sœur.

Lire aussi

Il s'agit d'une innovation mondiale.- Jean-Baptiste Fontes, fondateur de Lexilight

"Il s'agit d'une innovation mondiale", se réjouit Jean-Baptiste Fontes. "Et de se dire que l'on peut apporter une aide aux dyslexiques, chez qui le taux d'échec scolaire est malheureusement plus probable, constitue une réelle source de motivation".

À l'heure actuelle seuls quelques outils de "contournement" existent pour épauler les porteurs de ce trouble. Une loupe sous forme de réglette permet ainsi aux lecteurs de distinguer plus nettement les caractères de la ligne lue, tandis qu'un autre système de réglette "à trou" permet quant à lui de l'isoler des autres lignes du texte. La personne n'est ainsi pas déconcentrée par les caractères environnants. Beaucoup de dyslexiques affirment en effet voir les lettres "danser" sous leurs yeux. Jean-Baptiste Fontes, dont le petit frère est lui-même dyslexique, évoque également "la technique de la feuille transparente jaune" qui, posée sur le texte, permettrait de mieux distinguer les lettres. "Il existe aussi depuis quelques années un stylo capable de scanner le texte et de l'énoncer à voix haute dans des écouteurs."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter