Virus chinois : peut-on vraiment s'en protéger avec un masque ?

Virus chinois : peut-on vraiment s'en protéger avec un masque ?
Bien-être

BARRIÈRE - En Chine, beaucoup d'habitants portent des masques respiratoires face à l'épidémie mortelle de pneumonie causée par un virus jusqu'ici inconnu. Quelle est l'efficacité de cette mesure de protection, encore très peu utilisée en France ?

Pékin au nord. Shanghai à l'est. Shenzhen au sud. Le nouveau coronavirus apparu autour d'un marché de la ville de Wuhan se répand dans toute la Chine et s'est déjà étendu à plusieurs pays d'Asie, mais aussi jusqu'aux Etats-Unis où un homme revenant de la région considérée comme l'épicentre de l'épidémie a été diagnostiqué comme touché par la mystérieuse pneumonie qu'il engendre. Face à ce cousin du meurtrier Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), dont il est désormais confirmé qu'il est transmissible entre humains, beaucoup de Chinois portent des masques, cette précaution étant même désormais obligatoire à Wuhan. Les autorités de Macao, notamment, l'ont aussi imposée à tous les employés de casino. Mais cette protection est-elle vraiment efficace ?

En Asie, le geste est ancré dans les mœurs. "En Chine, lorsqu’une personne est grippée, elle porte un masque pour éviter de contaminer les gens qu’elle croise dans la rue ou dans les transports en commun, nous explique le professeur Jean-Christophe Lucet, en charge de la prévention des infections à l'hôpital parisien Bichât. "Cela ne sert pas uniquement à se protéger de la pollution, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent en Occident. C’est devenu, au fil du temps, une mesure d’hygiène courante, au même titre que se laver les mains."

Lire aussi

Et il en va de même pour la maladie respiratoire qui se propage actuellement. "Le coronavirus chinois, un peu comme la grippe, peut se transmettre principalement de deux façons : par les postillons, la toux et les éternuements qui contiennent des gouttelettes infectées amenées à se propager dans l'air, mais aussi par les mains, rien qu'en touchant celles d’une personne infectée qui a éternué ou toussé et ne se les est pas lavées ensuite." D'où l'intérêt de ce masque. A condition qu'il ne s'agisse pas d'un simple masque anti-projections, comme celui qu'utilisent nos chirurgiens et personnels soignants, souligne le professeur Lucet : "N'ayant pas de propriété filtrante, il n'empêche pas celui qui le porte d'être potentiellement contaminé par le virus. Pour s'en prémunir, un masque de protection respiratoire, de type FFP2 et équipé d'un filtre, doit être utilisé."

En apparence, le fonctionnement de ce dispositif médical est assez rudimentaire : il contient plusieurs épaisseurs avec un filtre, qui permet d’empêcher les agents infectieux d’entrer en contact avec les muqueuses. Mais reste encore à bien s'en servir. Dans son règlement sanitaire international de 2009, revu après la pandémie de grippe A (H1N1), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soulignant que "dans la collectivité, les avantages du port du masque n’ont pas été démontrés", "contrairement à ce qui se passe dans les espaces clos où l’on est en contact étroit avec une personne présentant des symptômes de type grippal",  met en garde : "Le fait de mal utiliser un masque peut en réalité accroître le risque de transmission au lieu de le réduire. S’il faut utiliser des masques, cela doit être associé à une formation sur le bon usage de ce dispositif".

S’il est porté correctement et qu’il s’accompagne du lavage des mains, il est très fiable.- Le Professeur Lucet.

"Ce qui est important, c'est de respirer à travers le filtre et pas sur les côtés, pour que les microbes et les virus restent bloqués à l'extérieur du masque. S’il est porté correctement et qu’il s’accompagne du lavage des mains, ce dispositif est très fiable", nous assure de son côté le Professeur Lucet. 

Un geste "encore tabou" en France

Outre la méconnaissance des bonnes pratiques, le port du masque est souvent mal perçu dans la culture française et occidentale. "Faible acceptabilité", peut-on lire sur le site internet du ministère de la Santé. Extrêmement rare dans les rues, les transports en commun, les open spaces, ce mode de protection fait pourtant partie des recommandations de l’Inpes afin de ne pas transmettre le virus de la grippe à son entourage. "En France, ce geste est encore tabou, regrette Jean-Christophe Lucet. On peut se sentir un peu ridicule en le portant, voire stigmatisé, alors qu'en Chine, c'est d'une grande banalité. C’est dommage, car cela permet probablement de limiter la circulation des virus."

Toute l'info sur

Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Les dernières informationsLes pays les plus touchés par le Covid-19

En vidéo

Quelle est l’origine du mystérieux virus chinois ?

Lire aussi

En France, pour l'heure, aucun cas d'infection n'a été signalé. Le risque de propagation du virus chinois est "faible", mais il n'est "pas exclu", a toutefois déclaré mardi 21 janvier la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. En 2009, face au risque de diffusion de la grippe A/H1N1, le gouvernement avait commandé un milliard de masques anti-projections et 723 millions de masques de protection. Pour la plupart, ils n'ont jamais été utilisés... "Ils sont certainement encore disponibles aujourd’hui. Par ailleurs, nous utilisons des masques de protection respiratoire pour un certain nombre de maladies infectieuses, comme la tuberculose. Dans l'éventualité où le virus franchirait nos frontières, l’approvisionnement en masques ne devrait pas poser de problème", estime le professeur Lucet. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Lutte contre l'islamisme : Macron et Darmanin à Bobigny cet après-midi

CARTE - Covid-19 : à quel stade en est l'épidémie, département par département ?

Stéphane, témoin du meurtre de Samuel Paty : "A 30 secondes près, on aurait pu faire quelque chose"

EN DIRECT - Covid-19 : des élèves français et leurs enseignants placés en quarantaine en Grèce

Enseignant tué : ce que disait son cours sur la liberté d'expression

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent