Epidémie de pneumonie d'origine inconnue en Chine : comment naît et meurt un virus ?

Epidémie de pneumonie d'origine inconnue en Chine : comment naît et meurt un virus ?
Bien-être

DÉCRYPTAGE - Un virus non identifié se propage depuis plus d'un mois en Chine, faisant plusieurs victimes et infectant des centaines de personnes. Comment naît et se développe un tel agent infectieux ? Comment peut-on s'en prémunir ? Christophe Batejat, de l'Institut Pasteur, répond à nos questions.

Un mystérieux virus, jusqu’alors inconnu, est à l’origine d’une grave maladie pulmonaire en Chine. Apparu le mois dernier sur un marché de poissons de Wuhan, métropole du sud du pays, l’agent infectieux suscite l'inquiétude car il appartient à la même famille que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui, en 2002-2003, avait fait 774 morts dans le monde. Lundi, un expert chinois a confirmé que ce virus était transmissible entre humains. Six personnes sont déjà mortes et une dizaine d'autres se trouvent actuellement dans un état critique. 

LCI a contacté Christophe Batejat, responsable adjoint de la cellule d'intervention biologique d'urgence à l'Institut Pasteur, pour comprendre comment un agent infectieux peut donner lieu à une telle épidémie.

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LCI : Comment naît un virus ? 

Christophe Batejat : Bien souvent, une source animale est à l'origine de la contamination. Le virus est présent naturellement dans son organisme, et souvent depuis très longtemps. Pour une cause quelconque, l’homme et l’animal infecté vont entrer en contact. Un contact ponctuel ou répété qui va conduire, au bout d’un moment, à une contamination. Le virus peut être transmis de deux manières : soit par un animal qui sert d’intermédiaire, soit directement par l’animal qui lui sert de réservoir naturel. Au Moyen-Orient, pour le coronavirus du Mers (qui a fait des dizaines de victimes après son apparition en 2015, ndlr), il s'agirait a priori du chameau. Les marchés alimentaires, où un melting-pot d’espèces animales se croise, sont particulièrement propices à la propagation de ce type de virus, en particulier dans les pays où le mode de vie de la population est encore très rural. 

Comment fait-on pour trouver son origine ? 

Christophe Batejat : Pour remonter jusqu'à la source du virus, nous menons ce que l'on appelle une enquête épidémiologique. Dès qu'une personne infectée est prise en charge, elle reçoit un questionnaire détaillé. Ce dernier permet de savoir où elle s'est rendue, avec qui et avec quoi elle est entrée en contact. Puis un travail de recoupement est mené pour essayer de cibler les localisations géographiques intéressantes et les animaux susceptibles d'être à l'origine de la contamination. C’est un travail long et fastidieux car les sources sont souvent multiples. Concernant le virus qui se propage actuellement en Chine, on s’aperçoit que tout le monde n’est pas passé par le fameux marché de Wuhan. Soit il y a des contaminations secondaires, soit il y a au moins un autre point qui a donné lieu à des contaminations. 

Dès lors que le virus est capable de se passer de l’animal et de se propager d’être humain à être humain, l’épidémie peut prendre une ampleur beaucoup plus importante.- Christophe Batejat.

Comment mesure-t-on la dangerosité d'un agent infectieux ?

Christophe Batejat : Pour évaluer la dangerosité d'un virus, nous comparons le nombre de décès et de cas sévères par rapport au nombre total de cas signalés. Au départ, il n’y a pas de test de dépistage précis. Nous savons juste que tels et tels symptômes peuvent être associés, et on procède par élimination. Ce n’est pas une grippe, ce n’est pas une pneumonie, etc. Et, au fur et à mesure, on évolue vers une définition de cas de plus en plus précise. Pour l’instant, le virus ne semble pas extrêmement virulent ni hautement pathogène. Mais il faudra voir sur la durée, car il y a des mutations. Au fur et à mesure du passage d’un humain à un autre, il peut acquérir certains caractères ou en perdre. 

 

Comment se répand un virus de ce type ?

Christophe Batejat : Dès lors que le virus est capable de se passer de l’animal et de se propager d’être humain à être humain, l’épidémie peut prendre une ampleur beaucoup plus importante. Certains agents infectieux sont plus virulents que d'autres. Ainsi, le coronavirus du Mers au Moyen Orient était transmissible d'humain à humain. Il a été à l'origine de quelques cas d'infections secondaires, mais n'a pas provoqué d'épidémie. Le Sras, quant à lui, était beaucoup plus contagieux. Sa propagation a été plus rapide et, en conséquence, le nombre de victimes était bien plus élevé.

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Un pays peut-il s'en préserver an mettant en place, comme actuellement, des contrôles dans les aéroports ?

Christophe Batejat : Les exemples dans le passé ont montré qu'on y parvient difficilement. Surtout quant le virus peut se transmettre avant même de provoquer les symptômes. Le virus Ebola, lui, ne se transmettait pas avant l'apparition des symptômes. Par conséquent, il était plus simple de l'isoler. 

Globalement par ailleurs, les contrôles aux frontières via des capteurs de températures ou des caméras thermiques ont une efficacité assez limitée. Un Japonais ayant séjourné début janvier en Chine a été infecté par le virus. Il avait pris un antipyrétique du type Doliprane. De ce fait, il a pu passer sans problème les contrôles de température à l'arrivée au Japon. 

En vidéo

Virus en Chine : des caméras thermiques pour repérer d'éventuels malades

Combien de temps met un virus avant de faire ses premières victimes ?

Christophe Batejat :  En fonction de l'agent pathogène, la durée d'incubation, autrement dit le temps écoulé entre l'infection par le virus et l'apparition des premiers symptômes, varie de quelques jours à plusieurs semaines. Ensuite, l'état de santé global du patient entre en compte. Plus la personne est âgée, plus le risque de complications voire de décès est élevé. 

Comment fait-on pour le neutraliser ? S’éteint-il de lui-même ? 

Christophe Batejat :  Il arrive qu'un virus à l'origine d'une épidémie disparaisse de lui-même. A partir du moment où il existe plusieurs sources de contamination possibles, c'est plus rare. Pour éradiquer un agent infectieux d'origine inconnue, la méthode la plus efficace est de l'isoler, en mettant en place un système de surveillance et de diagnostic efficace, notamment auprès des personnes provenant des zones endémiques. 

Quand peut-on dire que nous en sommes arrivés à bout ? 

Christophe Batejat : On laisse toujours un système de surveillance en place. C'est toujours le cas, par exemple, pour le Sras. Pourtant, il n'a pas resurgi depuis 2003. 

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