Cancer du sein : certains polluants présents dans l'alimentation favoriseraient les métastases

Bien-être

AVANCÉE - S'accumulant au fil de la chaîne alimentaire, les polluants organiques persistants (POPs) étaient jusque-là soupçonnés de favoriser le cancer du sein. Une nouvelle étude de chercheurs de l'Inserm et de l’Université de Paris suggère que certains d'entre eux, à savoir les PCB et la dioxine, pourraient notamment accélérer le développement des métastases de cette maladie.

Avec environ 54.000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme. Près de 12.000 d'entre elles en décèdent tous les ans. Si, lorsque le cancer ne touche que le sein, le taux de survie à 5 ans est de 99%, il chute à 26% lorsque des métastases distantes sont retrouvées.

Selon une nouvelle étude, menée par une équipe de chercheurs de l'Inserm et de l'Université de Paris et publiée dans Environment International, le développement de ces métastases pourrait être directement lié à la présence de certains polluants organiques persistants (POPs), substances que le corps n'est pas capable d'éliminer, dans les tissus adipeux.

Dioxines et PCB associés à la taille de la tumeur et à la présence de métastases

Lipophiles, les POPs s'accumulent naturellement dans la graisse présente dans l'organisme. Les auteurs de l'étude ont donc mesuré la concentration de quarante-neuf POPs – dont la "dioxine de Seveso", qui regroupe plusieurs types de dioxines, un déchet des procédés d’incinération et plusieurs PCB générés par divers procédés industriels, – dans des échantillons de tissu adipeux environnant les tumeurs de quatre-vingt-onze femmes souffrant d'un cancer du sein.

Leur analyse a permis de mettre en évidence une association entre la concentration en dioxine et en PCB (pour deux de ceux qui ont été mesurés) et la taille de la tumeur, le niveau d'invasion ainsi que le stade métastatique des ganglions lymphatiques, petits organes qui assurent la filtration de la lymphe. La présence de métastases à distance de la tumeur a d'autre part été liée à la concentration en dioxine dans le tissu adipeux chez les femmes en surpoids.

La possible présence d'un signal favorisant la migration des cellules tumorales

Selon les chercheurs, ces phénomènes pourraient s'expliquer par le possible envoi par la dioxine et certains PCB d'un signal qui favoriserait la migration des cellules tumorales, renforçant ainsi l’agressivité du cancer. "Le tissu adipeux fonctionne comme une glande 'endocrine' (sécrétant des hormones dans la circulation sanguine) et nous avions précédemment montré que les POPs étaient responsables d’une inflammation de ce tissu adipeux changeant la nature et le comportement des adipocytes (cellules du tissu adipeux). La sécrétion excessive de molécules inflammatoires et le relargage des POPs stockés par ces adipocytes, pourraient alors favoriser la formation de métastases", suggère dans un communiqué de l'Inserm Xavier Coumoul, auteur principal de l'étude.

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En raison de l'échantillon réduit des participantes à l'étude "qui favorise les biais statistiques et rend certaines sous-catégories de population étudiées peu représentatives", le chercheur souligne cependant que d'autres études seront nécessaires pour confirmer ces résultats. 

"Si elle ne permet donc pas de tirer des conclusions fermes sur le lien entre POPs et agressivité du cancer du sein, elle propose en revanche une piste inédite, en particulier chez les patientes en surpoids. Cette piste devrait être explorée par de futures études impliquant un plus grand nombre de patientes pour offrir des résultats statistiques plus représentatifs", conclut-il.

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